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Sanctions américaines contre le Rwanda : la presse congolaise entre pression diplomatique, doutes sur l’accord de paix et tensions internes

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À Kinshasa, les journaux de ce mercredi 4 Mars 2026 affichent une convergence rare : les sanctions américaines visant le Rwanda constituent un tournant diplomatique, mais restent insuffisantes face à la persistance de l’insécurité dans l’Est de la RDC. D’INFOS27 à ECONEWS, en passant par LE POTENTIEL et MEDIACONGO, la presse analyse les répercussions politiques, sécuritaires et diplomatiques de ces mesures, tout en soulignant l’impatience de l’opinion publique.

Selon INFOS27, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege appelle à isoler le régime rwandais. Le quotidien rapporte qu’il salue les sanctions américaines visant les Forces de défense rwandaises et quatre de leurs hauts responsables, accusés de soutenir le M23 dans l’Est congolais. Pour lui, ces mesures représentent « un pas important », mais demeurent en deçà des attentes face à ce qu’il qualifie de « guerre illégale d’agression et d’occupation » menée par Kigali depuis 2021. ECONEWS évoque, de son côté, un « séisme diplomatique » et estime que, « après les généraux, Kagame est le prochain sur la liste », présentant ces sanctions comme une victoire diplomatique du président Félix Tshisekedi. Toutefois, le journal souligne que l’opinion réclame davantage, notamment le retrait immédiat des troupes rwandaises et une possible mise au ban du président Paul Kagame.

LE POTENTIEL adopte une lecture comparative en établissant un parallèle entre le Rwanda et l’Iran, estimant qu’un État franchissant certaines « lignes rouges » s’expose à un isolement international. Le quotidien suggère que le soutien présumé à l’AFC-M23 pourrait entraîner des conséquences diplomatiques similaires à celles subies par Téhéran. Sur le terrain cependant, MEDIACONGO rappelle que huit mois après la signature de l’Accord de paix de Washington du 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda, la mise en œuvre des engagements humanitaires reste jugée « largement insuffisante » par le Baromètre des Accords de Paix en Afrique. L’accord, présenté comme historique, apparaît encore fragile dans la région des Grands Lacs.

Sur le plan interne, la question du numérique retient également l’attention. INFOS27 rapporte que le ministère congolais de la Justice annonce des poursuites strictes contre les infractions en ligne, affirmant que « le cyberespace n’est pas une zone de non-droit ». L’ACP précise que les procureurs sont appelés à garantir la protection des victimes, la confidentialité des procédures et la dignité des personnes concernées, dans le respect des droits fondamentaux. Parallèlement, un malaise traverse l’Église catholique : LE PHARE indique que Mgr Kasanda, évêque de Mbuji-Mayi, a invité ses pairs à l’introspection lors d’une réunion à huis clos à Kinshasa, dénonçant des prises de position « sélectives » et le tribalisme au sein des structures ecclésiales. CONGO NOUVEAU évoque un climat de tension, tandis que FORUM DES AS s’interroge sur la fuite de ce message interne.

Sur le plan international enfin, INFOS27 souligne la montée des tensions au Moyen-Orient, l’Iran mettant en garde l’Europe contre toute intervention aux côtés d’Israël et des États-Unis, qualifiant une telle implication d’« acte de guerre ». Dans ce contexte global tendu, la presse congolaise exprime une attente claire : au-delà des sanctions, des accords et des déclarations, la priorité demeure le retour effectif de la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dorcas Mwavita

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Procès “des Enfants chillers” : Marie-Ange Mushobekwa réclame 3,4 millions de dollars !

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Et si le mobile n’était pas seulement la justice ? La plaidoirie de la partie civile, ce jeudi 30 Avril 2026 aura duré une heure. Elle aura aussi produit un chiffre qui a fait réagir l’assistance jusqu’aux bancs de la presse : 3.400.000 dollars américains. Un million de dollars par enfant et 200.000 dollars pour chaque mère soit 7.898.200.000 CDF (taux de 2 323 CDF) c’est-à-dire sept milliards huit cent quatre-vingt-dix-huit millions deux cent mille francs congolais.

Un montant colossal, présenté comme la juste réparation de “douleurs et souffrances aiguës intentionnellement infligées”, selon les mots du conseil de Madame Marie-Ange Mushobekwa parlant au nom de toutes les parties civiles. Mais au-delà de l’effet d’annonce, ce quantum interroge. Et ouvre une brèche que les prochaines audiences ne pourront ignorer. Car le décalage est troublant. D’un côté, un récit d’horreur : torture, détention illégale, séquestration, cages à chiens.

De l’autre, un dossier médical qui, de l’aveu même du médecin traitant Docteur Yenga Mbuta Dosh Junior, ne révèle aucun traumatisme interne, aucune fracture, aucune lésion grave. Les vidéos projetées montrent des enfants certes éprouvés, mais que l’on voit debout, capables de se mouvoir, sans trace visible de saignement (alors même que la plaignante Marie-Ange Mushobekwa affirmait que ses fils saignaient). L’écart entre la gravité alléguée et les constatations objectives interroge nécessairement la proportionnalité de la demande indemnitaire.

Quatre mois de procès, et ce constat implacable : personne n’a pu désigner Philemon Mambabwa comme le véritable architecte des violences, rien ne documente un ordre explicite sorti de sa bouche, et son récit, livré avec constance depuis le premier jour, demeure à ce jour sans contradiction. Dès lors, une question s’invite dans les couloirs du prétoire : ce procès était-il mû par la seule quête de justice, ou ce chiffre de 3,4 millions de dollars soit 7.898.200.000 Francs Congolais, trahit-il un objectif plus lucratif ?

Les parties civiles ont le droit de solliciter réparation. Mais lorsque la somme réclamée semble décorrélée de la matérialité des faits établie à l’audience, c’est la crédibilité même de la démarche qui est en jeu. La défense, qui se dit prête à plaider, ne manquera certainement pas de le relever.

TEDDY MFITU

Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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