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Analyses et points de vue

Repenser la notion de tribalisme en RDC à l’aune des dynamiques sociolinguistiques ( Tribune du Pr Aimé Mbobi)

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La RDC, avec ses plus de 450 tribus recensées et ses quatre langues nationales (lingala, kikongo, swahili et tshiluba), présente une diversité ethnolinguistique exceptionnelle. Pourtant, les tensions identitaires qui traversent ce pays sont trop souvent qualifiées, de manière quasi réflexe, de « tribalistes », sans que cette désignation ne fasse l’objet d’un examen conceptuel rigoureux. Cette lecture réductrice masque des dynamiques beaucoup plus complexes, souvent négligées dans le débat public et les analyses politiques.

Si la RDC était effectivement en proie à des conflits intertribaux au sens strict, l’ampleur des affrontements possibles serait vertigineuse : mathématiquement, on dénombrerait 101 025 combinaisons conflictuelles potentielles. Or, dans la réalité, les conflits localisés entre deux tribus spécifiques, par exemple entre les Bamongo et les Bayombe, ou entre les Basakata et les Bampende, demeurent extrêmement rares, voire anecdotiques.

En dehors des conflits tribaux inter-espaces linguistiques, les conflits à l’intérieur d’un même espace linguistique (par exemple entre les Bakuba et les Balulua dans l’aire luba, ou entre les Banianga et les Bayombe dans l’aire kongo) sont également extrêmement rares et ne donnent pas lieu à des généralisations ni à des solidarités expansives. Dès lors, le vocable tribalisme ne trouve guère sa justification sémantique.

Ce constat révèle une asymétrie entre le discours dominant et la réalité sociopolitique : les tensions les plus marquées et les plus persistantes relèvent davantage de confrontations entre les grands espaces linguistiques que de frictions tribales proprement dites. Ce sont les locuteurs des quatre langues nationales, perçues comme des identités culturelles englobantes, qui cristallisent les clivages. Ces espaces linguistiques, que l’on pourrait qualifier d’aires socio-identitaires transversales, transcendent les appartenances tribales pour structurer des logiques d’alliance, de compétition ou de marginalisation. Ainsi, les tensions susceptibles d’émerger entre ces quatre espaces linguistiques se limiteraient, dans leur configuration binaire, à un maximum de six combinaisons : tshiluba-kikongo, tshiluba-lingala, tshiluba-swahili, kikongo-swahili, kikongo-lingala et swahili-lingala.

Cette limitation théorique à six binômes met en évidence que les tensions identitaires observées relèvent davantage de dynamiques interlinguistiques que d’une multiplicité de conflits intertribaux, ainsi qu’on le suppose trop souvent. Elle invite à repenser les catégories d’analyse en privilégiant une approche fondée sur les aires sociolinguistiques plutôt que sur les appartenances ethniques fragmentaires.

Le recours systématique au mot tribalisme tend à essentialiser des communautés souvent pacifiques, en occultant la nature linguistique, voire géopolitique, des tensions. Il en résulte une confusion analytique préjudiciable à la compréhension fine des fractures sociales congolaises. Cette confusion est renforcée par une tendance observée dans l’aire linguistique luba, où le tshiluba, langue nationale, semble parfois fonctionner comme un vecteur identitaire de substitution à la tribu, induisant un réflexe grégaire et une fermeture symbolique vis-à-vis des autres aires linguistiques. Contrairement aux trois autres langues nationales, plus perméables et plus accessibles aux locuteurs d’autres régions linguistiques, le tshiluba, tout en étant une langue nationale, reste souvent circonscrit à une sphère culturelle homogène et relativement hermétique, ce qui accentue les malentendus et les antagonismes intergroupes.

Ce repli linguistique est problématique dans la mesure où il conforte l’idée erronée selon laquelle chaque espace linguistique correspondrait à une entité tribale homogène. Ce biais est particulièrement visible dans les discours politiques et les mobilisations identitaires.

En somme, la fracture identitaire en RDC n’est pas tant tribale que linguistique. Elle est plutôt aérienne (au niveau des langues nationales), et non souterraine (au niveau des tribus proprement dites). C’est au niveau des aires sociolinguistiques que se situent les lignes de clivage, et non dans les configurations tribales au sens classique. Cette réalité appelle à une reformulation du lexique analytique mobilisé dans les discours publics et académiques. À la place du terme tribalisme, souvent galvaudé, il conviendrait de parler de tensions interlinguistiques, d’antagonismes socio-régionaux ou encore de fractures culturelles d’origine linguistique. Autrement, comment qualifierions-nous un conflit entre Lulua et Kuba, qui relève effectivement du niveau tribal ?

Ce réajustement sémantique, loin d’être anodin, permettrait une lecture plus lucide, plus apaisée et plus féconde du vivre-ensemble en RDC.

Plus en profondeur, pour briser cette dynamique dans laquelle les locuteurs d’une langue nationale en font une identité exclusive, souvent inaccessible aux autres, alors qu’eux-mêmes ont accès et maîtrisent les autres langues nationales et s’en revendiquent, il serait judicieux de promouvoir un programme national d’apprentissage croisé des langues nationales. Une telle politique linguistique favoriserait l’intercompréhension, la circulation culturelle, et déconstruirait l’idée selon laquelle le tshiluba, langue d’un espace spécifique, serait l’apanage exclusif d’un groupe fermé.

Ainsi, cette politique linguistique inclusive permettrait également à tous les Congolais d’apprendre et de maîtriser les quatre langues nationales : lingala, kikongo, swahili et tshiluba. Il s’ensuivrait que les déséquilibres symboliques et identitaires entre les espaces linguistiques seraient progressivement résorbés. En particulier, les locuteurs de l’espace linguistique luba ne se percevraient plus comme étant « plus luba » que les autres, dans la mesure où le tshiluba ne constituerait plus un marqueur distinctif d’appartenance, mais une langue nationale partagée et reconnue par tous, à l’égal du lingala, du swahili ou du kikongo. Cela contribuerait à dissiper la stigmatisation des locuteurs de cet espace linguistique, souvent perçus comme repliés sur une identité exclusive difficilement accessible aux autres.

De ce fait, si les locuteurs de cet espace souhaitent recourir à une forme de particularisme culturel, ils pourront s’exprimer dans les dialectes de leurs tribus respectives, lesquels, comme dans les autres aires linguistiques, ne sont pas généralisés à l’ensemble de l’espace régional.

Ce renversement symbolique aurait pour effet d’atténuer les dynamiques d’exclusion et de coalition fondées sur l’usage exclusif du tshiluba comme vecteur identitaire. Il ne serait dès lors plus légitime, ni politiquement justifiable, qu’un Lulua et un Kuba, ou encore un Tchokwe, s’allient en excluant un Mumbala simplement sur la base d’une proximité linguistique exclusive, car ce dernier serait lui aussi intégré dans ce cercle d’intercompréhension symbolisé par une langue désormais commune.

Ainsi, l’universalisation de la maîtrise des quatre langues nationales permettrait non seulement de rééquilibrer les perceptions d’appartenance, mais aussi de rétablir une forme d’égalité cognitive et affective vis-à-vis des langues. On ne verrait plus un Luba considérer spontanément que le lingala est aussi sa langue, alors qu’un Muteke hésiterait à dire que le tshiluba est la sienne. L’enjeu est ici de sortir du repli identitaire et de construire une citoyenneté linguistique partagée, fondée sur la réciprocité, l’ouverture et la reconnaissance mutuelle.

En définitive, une telle politique linguistique contribuerait à briser les logiques de suspicion, à désamorcer les antagonismes instrumentalisés, à réaligner les vertèbres symboliques de l’unité du pays pour cimenter la cohésion nationale et refonder le vivre-ensemble congolais sur la base d’un plurilinguisme assumé et d’une équité linguistique véritable.

Professeur Aimé Mbobi

Analyses et points de vue

RDC : Quid de la réinsertion familiale et la protection des enfants ? (Par Zagor Mukoko Sanda)

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Le profil social de Kinshasa est caractérisé par la pauvreté, les inégalités, les disparités dans les conditions de vie entre les différentes couches de la population. Dans la Ville de Kinshasa, on compte plusieurs catégories de groupes vulnérables : enfants et femmes en situation difficile, personnes du troisième Age, personnes vivant avec le VIH, personnes avec handicap, déplacés, malades mentaux, les personnes victimes de sinistres et calamités naturelles.

Les activités dans ce secteur sont assurées par le Ministère des Affaires sociales, en partenariat avec les Organisations non gouvernementales avec l’appui des organisations humanitaires internationales. Ces activités visent principalement l’assistance sociale, la récupération, la réinsertion socio-professionnelle.

En optant pour l’accompagnement des acteurs sociaux dans le travail social , le CEPEF s’est orienté principalement dans l’analyse des phénomènes sociaux et des pratiques professionnelles ,la vulgarisation des normes et standards de prise en charge des enfants en situation difficile et les activités de renforcement des capacités des acteurs sociaux dans le domaine de réinsertion et la protection des droits des enfants et leurs familles dont certaines ont élues domicile dans la rue.

CEPEF, structure de réflexion pour des pratiques innovantes

Il faut noter que le CEPEF est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs, les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.

Le CEPEF a pour ambition de faire le point sur les savoirs et des pratiques professionnelles du travail social au profit de ses bénéficiaires. Il se focalise sur les rôles et les fonctions des travailleurs sociaux dans les structures publiques et dans celles du mouvement associatif congolais. Le CEPEF s’appuie sur les réalisations professionnelles dans une perspective actualisée qui permet d’entrevoir ce qui est effectivement reconduit aujourd’hui et ce qu’il faut impérativement faire advenir demain pour une coresponsabilité dans la protection de l’enfant dans la société.

Le Processus de Réinsertion

Un des objectifs du CEPEF est, d’une part, de renforcer les compétences de l’acteur social à mieux accompagner l’enfant en rupture familiale à s’intégrer réellement dans la société et rétablir la relation entre cet enfant et dans sa famille grâce au processus de réinsertion « IDMRS » à travers la scolarisation, l’intégration des enfants dans les différents mouvements de jeunesse.

A propos de l’aspect « rétablir la relation entre l’enfant et la famille « , il importe de faire remarquer qu’il renvoie au départ de la relation entre l’enfant et l’éducateur social ou l’assistant social. Le premier contact avec l’enfant, selon les acteurs sociaux, est très déterminant car il peut favoriser la réussite du processus en cas d’acceptation mutuelle. Pour parvenir l’acteur social utilise ses techniques professionnelles de base marquées par sa disponibilité à savoir : l’observation, l’entretien et l’écoute. Grace à l’identification de l’enfant, le travailleur social prend connaissance de l’enfant puisque ce dernier est appelé à décliner son identité, celle de ses parents, ses ambitions et son problème.

Par les enquêtes sociales, l’acteur social prend connaissance de la famille biologique ou élargie, jauge la possibilité de réunification familiale, établit un contact direct avec la famille, cherche l’implication effective de la famille au projet de réinsertion à court ou long terme de l’enfant.

Le processus de réinsertion demande beaucoup des moyens humains, matériels et psychologiques. Chaque enfant est un cas qui demande des moyens selon la gravité de sa situation car chaque enfant à son histoire spécifique.

Suivi psychologique pour les violences

Les cas les plus difficiles pour l’aboutissement de la réinsertion sont dans l’accompagnement psychosocial des enfants victimes des violences psychologiques, verbales ou physiques. L’apport des psychologues cliniciens est très déterminant pour redonner la confiance en soi annulée. L e CEPEF s’appuie l’expertise de l’équipe des psychologues cliniciens sous la responsabilité de la Sœur Professeur Jacky BUKAKA PhD et de la CT Etiennette Mukwanga.

La formation continue ou le renforcement des capacités est très indiqué, gage d’un bon résultat dans la protection de l’enfant dans les centres d’hébergement du territoire.

Zagor Mukoko Sanda

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