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RDC/UA : le 1er Colloque panafricain sur l’albinisme a adopté la « Déclaration de Kinshasa »
Le premier colloque panafricain sur l’albinisme, organisé par le Panel chargé d’accompagner la présidence de la RDC à l’Union Africaine, en collaboration avec le ministère de personnes vivant avec handicap et les Nations-Unies, a adopté un texte règlementaire dénommé _ »Déclaration de Kinshasa »_.
Tel que souhaité par le président en exercice de l’Union Africaine, Félix Tshisekedi Tshilombo, ce texte qui rentre dans l’arsenal juridique continental sur les droits de l’homme émet notamment le vœux des participants au colloque de Kinshasa de voir les Etats et les gouvernements promouvoir les droits des personnes vivant avec albinisme et faire jouer un rôle aux albinos africains dans leurs communautés respectives. Le président Tshisekedi a en effet annoncé que cette déclaration sera un instrument par lequel son gouvernement passera à la sensibilisation massive et au plaidoyer auprès de pays membres sur les droits de personnes atteintes d’albinisme.
La _déclaration de Kinshasa_ appelle les Etats africains notamment à améliorer la législation en faveur des personnes atteintes d’albinisme, soit en se dotant d’une loi spécifique ou en renforçant les lois existantes par rapport à l’albinisme et à intégrer la thématique d’albinisme dans leurs programmes de santé publique et de créer des centres de recherche sur l’albinisme.
Cette Déclaration émeut aussi le vœu de voir les Etats et leurs Experts produire un protocole à la charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des personnes atteintes d’albinisme à l’instar des autres catégories des personnes vulnérables.
Ci-dessous l’intégralité de la Déclaration de Kinshasa:
Premier Colloque Panafricain de sensibilisation sur l’albinisme :
DECLARATION DE KINSHASA
L’Union africaine résolue à promouvoir le strict respect des buts et principes consacrés dans sa Charte, préoccupée par la discrimination.
CONSIDERANT la tenue du Premier Colloque Panafricain de sensibilisation sur l’albinisme, à Kinshasa, République en Démocratique du Congo, les 19 et 20 octobre 2021, à l’initiative du Président de l’Union Africaine, sur le thème « Solidarité Africaine pour une Afrique en faveur des Personnes atteintes d’Albinisme »;
PRENANT EN COMPTE les résolutions du Conseil des droits de l’homme 23/13, du 13 juin 2013, sur les agressions et la discrimination à l’encontre des personnes atteintes d’albinisme ; 24/33, du 27 septembre 2013, sur la coopération technique en vue de prévenir les agressions contre les personnes vivant avec albinisme ; et 26/10, du 26 juin 2014, sur la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme;
RAPPELANT le rapport préliminaire sur les personnes atteintes d’albinisme que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a présenté au Conseil des droits de l’homme à sa vingt quatrième session;
SOULIGNANT la résolution 263, du 5 novembre 2013, de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, sur la prévention des agressions et de la discrimination à l’égard des personnes souffrant d’albinisme ;
CONSIDERANT que la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a pour mandat: la promotion et la protection des droits de l’homme et des peuples en Afrique en application de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples;
ASPIRANT à ce que d’ici 2063, l’Afrique: soit un continent où les valeurs, les pratiques démocratiques, les principes universels des droits de l’homme, l’égalité entre les hommes et les femmes, la justice et l’État de droit seront pleinement ancrés;
GARDANT A L’ESPRIT l’article 2 de la Charte africaine, qui garantit à chaque individu la jouissance des droits et libertés reconnus par la Charte, sans distinction de race, d’ethnie, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation;
GARDANT EGALEMENT A L’ESPRIT l’article 18 (4) de la Charte africaine, aux termes duquel les personnes handicapées ont droit à des mesures spécifiques en rapport avec leurs besoins physiques ou moraux ;
PREOCCUPE par la discrimination, la stigmatisation, la marginalisation et l’exclusion sociale qui s’exercent de manière persistante et généralisée à l’endroit des personnes souffrant d’albinisme ;
SALUANT la résolution n°373 du 22 mai 2017 de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, portant adoption du plan d’actions régional sur l’albinisme en Afrique CADHP/Rés.373(LX) 2017;
CONSCIENTS que les personnes atteintes d’albinisme continuent de se heurter à des obstacles environnementaux, structurels et comportementaux qui les empêchent de participer pleinement à la vie économique, sociale, politique et culturelle;
SACHANT que la mise en œuvre exécution du Programme des Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’horizon 2030 contribuera, entre autres, à promouvoir l’inclusion sociale des personnes en situation de vulnérabilité, y compris les personnes atteintes d’albinisme, et réaffirmant que, dans l’exécution du Programme 2030, les Etats devraient notamment respecter, protéger et promouvoir les droits de la personne et les libertés fondamentales de toutes et de tous, dont les personnes atteintes d’albinisme, sans discrimination aucune;
REAFFIRMANT que les personnes atteintes d’albinisme doivent prendre part aux efforts de développement aux niveaux local, national, régional et international, et soulignant à cet égard qu’il faut renforcer l’efficacité des politiques et des programmes de développement nationaux qui concernent les personnes atteintes d’albinisme ;
Le Premier colloque panafricain de sensibilisation sur l’albinisme sous le thème « Solidarité Africaine pour une Afrique en faveur des Personnes atteintes d’Albinisme » ;
DECLARE que les personnes atteintes d’albinisme, comme tous les autres humains, ont droit à toutes les dispositions de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et de tous les instruments pertinents des droits de l’homme et libertés fondamentales;
INFORME l’opinion que l’albinisme n’est pas une maladie. contagieuse, non plus un phénomène mystique ;
SENSIBILISE les personnes atteintes d’albinisme à la prise de conscience de leur état et à faire valoir leurs droits au même titre que les autres citoyens ;
SENSIBILISE également les communautés à bannir toutes formes de violence fondées sur la couleur de la peau;
CONSTATE que le plan d’actions régional sur l’albinisme en Afrique (2017-2021) est arrivé à terme ;
EXHORTE les Etats et les Gouvernements d’évaluer la mise en œuvre dudit plan d’actions régional sur l’albinisme en Afrique ;
DEMANDE aux Etats de se doter de politiques et stratégies de promotion et de protection des droits des personnes atteintes d’albinisme;
ENCOURAGE les Etats à améliorer la législation en faveur des personnes atteintes d’albinisme, soit en se dotant d’une loi spécifique ou en renforçant les lois existantes par rapport à l’albinisme :
DEMANDE aux Etats et aux Gouvernements d’intégrer la thématique d’albinisme dans le programme de santé publique et de créer des centres de recherche sur l’albinisme;
DEMANDE encore aux Etats et aux Gouvernements de mobiliser les fonds verts pour venir en aide aux premières victimes du réchauffement climatique, dont les personnes atteintes d’albinisme;
DEMANDE à la Commission de l’Union Africaine d’accélérer la mise en place du mécanisme de Conseil consultatif sur le handicap prévu par le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des personnes handicapées, pour s’occuper aussi de l’albinisme;
DEMANDE également à la Commission de l’Union Africaine, agissant en concertation avec les organes compétents de l’Union Africaine, de pérenniser les acquis du présent Colloque compte tenu des buts et principes de la Charte de l’Organisation des Nations Unies et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en organisant tous les deux ans un événement panafricain sur l’albinisme;
ENCOURAGE les Etats et leurs Experts-sur la question, de réfléchir sur un avant-projet du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des personnes atteintes d’albinisme à l’instar des autres catégories des personnes vulnérables.
Fait à Kinshasa, le 20 octobre 2021
Émile YIMBU/CONGOPROFOND.NET
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30 ans de prison pour Roger Lumbala : Un verdict historique qui fait tomber le mythe des chefs de guerre intouchables !
La condamnation à 30 ans de réclusion criminelle de l’ex-chef rebelle congolais Roger Lumbala par la justice française constitue bien plus qu’un simple verdict judiciaire. Elle marque un tournant historique dans la longue et douloureuse quête de justice pour les millions de victimes des conflits armés qui ont ensanglanté l’Est de la République démocratique du Congo depuis plus de trois décennies.
En reconnaissant Roger Lumbala coupable de complicité de crimes contre l’humanité, la cour française a brisé un mythe solidement ancré dans l’histoire politique et militaire congolaise : celui selon lequel les seigneurs de guerre, une fois déposés des armes ou recyclés dans les arènes politiques, pouvaient définitivement échapper à toute poursuite. Le message est désormais clair : le temps ne protège plus, la distance non plus, et encore moins le statut politique.
Cette décision envoie un signal fort et dissuasif à tous ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont cru pouvoir bâtir leur pouvoir sur la violence armée, les massacres de civils, les pillages et les violences sexuelles. Désormais, même des faits vieux de plus de vingt ans peuvent rattraper leurs auteurs ou leurs complices. L’arme qui donnait jadis un sentiment de toute-puissance devient aujourd’hui une preuve à charge devant la justice internationale.
Pour les victimes, longtemps réduites au silence, ce verdict représente une réparation morale et psychologique majeure. Il réhabilite leur parole, reconnaît leur souffrance et restaure une vérité longtemps niée ou ignorée. En cela, la condamnation de Roger Lumbala redonne sens à un principe fondamental : aucun crime de masse n’est banal, aucun bourreau n’est intouchable.
Au-delà du cas Lumbala, cette décision fait trembler bien d’autres consciences. Elle rappelle à ceux qui continuent de semer la terreur dans l’Est de la RDC que la justice peut frapper là où on ne l’attend pas. Aujourd’hui à Paris, demain ailleurs. La question est désormais posée, lourde de sens : à qui le prochain tour ?
Certes, cette avancée judiciaire ne met pas fin aux violences encore persistantes dans l’Est du pays. Mais elle ouvre une brèche décisive dans le mur de l’impunité. Elle démontre que, même lorsque les juridictions nationales sont défaillantes, le droit international peut devenir un refuge pour la vérité et la justice.
La condamnation de Roger Lumbala n’efface pas les crimes du passé. Mais elle inscrit une certitude dans l’histoire contemporaine de la RDC : les carnages ne sont pas oubliés, et leurs auteurs ne sont plus à l’abri. C’est là, sans doute, l’un des messages les plus puissants adressés aux générations présentes et futures.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
