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Analyses et points de vue

RDC : Réappropriation des valeurs coloniales, Elie Kitoko Mvadzie plaide pour une reconnexion à l’histoire à travers les archives

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Les archives, en dehors de leur grande importance dans le fonctionnement des administrations et la conservation  des preuves, jouent un rôle essentiel dans constitution de la mémoire individuelle et collective. La République Démocratique du Congo, en tant que nation, a une histoire empreinte de valeurs ancestrales qui peut être réécrite intellectuellement par ses filles et fils et ce, grâce aux archives. A travers une réflexion remplie d’interrogations, l’archiviste et chercheuse congolaise, Elie Kitoko Mvadzie, tient à éveiller et à sensibiliser ses compatriotes sur la réappropriation du passé colonial de la RDC, en vue de forger un avenir enraciné dans la vérité, de retrouver notre dignité et de reprendre le contrôle de notre histoire. Voici l’intégralité de sa réflexion consultée par la rédaction de CONGOPROFOND.NET.
Peuple congolais,

L’accès nous est donné.

Aujourd’hui, plus que jamais, les portes de notre mémoire collective sont ouvertes. Les archives, sontlà. Les anciens sont là. Nos langues, nos traditions, nos chants, nos noms… tout est encore là.

Il est temps de réconcilier le passé, le présent et le futur. Il est temps d’enseigner nos histoires, passeulement dans les livres, mais dans nos familles,dans nos quartiers, dans nos vies.

Reconnectons-nous à notre histoire, non pas pourpleurer, mais pour guérir…pour nous relever…pourtransmettre…pour exister pleinement.

Que faisons-nous de cette histoire ? La connaissons-nous ? L’acceptons-nous? L’assumons-nous ?

Je suis née dans un pays immense. Un pays dont les rivières, les terres et les langues racontent une grandeur qu’on a trop souvent voulue effacer. Mais notre mémoire n’est pas morte.

Elle a été volée, mutilée, parfois enfouie, mais n’a jamais été détruite. L’histoire du Congo n’est passeulement coloniale. Elle est aussi précoloniale, spirituelle, intellectuelle, résistante. Elle parle deroyaumes, de chefs, de reines, de luttes, de savoirs.

Oui, elle porte des blessures. Mais ce n’est pas parce qu’elle est douloureuse qu’il faut l’oublier. C’est justement parce qu’elle est douloureuse
qu’il faut s’en souvenir. Se souvenir, c’est se reconstruire.
C’est éclairer notre présent à la lumière de notre passé. C’est forger un avenir enraciné dans la vérité.

Et pourquoi s’en souvenir ? Pour retrouver notredignité, reprendre le contrôle de notre récit et pour ne plus laisser d’autres écrire notre histoire à notre place, car une jeunesse sans mémoire est unejeunesse sans direction. Un peuple qui oublie d’où ilvient, ne saura jamais où il va.

Peuple congolais, l’accès nous est donné. Reprenons notre histoire, ranimons notre fierté et bâtissonsensemble, une mémoire vivante.

Elie Kitoko Mvadzie/Archiviste chercheuse

Analyses et points de vue

Le piège de l’écume : les institutions congolaises ont créé une jurisprudence

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Il est une mécanique perverse qui, sous couvert d’émotion et de transparence, transforme un murmure numérique en acte d’accusation. Un fait divers sans consistance, une plainte dépourvue de commencement de preuve, des interférences à tous les niveaux et des caprices de diva d’une personnalité se réclamant elle-même de l’opposition pour politiser une affaire privée, confondant cyniquement justice et vengeance.

Et voilà qu’une machine judiciaire et médiatique s’est emballée. La toile alimentée quasi-quotidiennement pendant près de six mois par des propos diffamatoires de l’intouchable victime auto-proclamée, avec sa mémoire sélective et sa soif de spectaculaire, a offert une chambre d’écho idéale à des élucubrations qui, en temps normal, n’auraient jamais franchi la porte d’un tribunal. Mais le mal est fait : l’accusation, aussi inconsistante soit-elle, devient le récit dominant.

La présomption d’innocence se mue en un privilège qu’il serait suspect de défendre, et l’opinion publique, nourrie de bribes volontairement déformées, se fait juge sans jamais avoir lu le contenu du dossier. On ne combat pas une personne qui incarne aux yeux de l’impétrante un adversaire politique imaginaire, on le salit sur les réseaux sociaux en piétinant allègrement la loi sur le numérique et en s’appuyant sur un procès sans substance, en pariant sur l’usure et l’opprobre.

Le plus alarmant est la coalition discrète qui s’est nouée pour donner à cette mascarade un vernis institutionnel. Des autorités qui devraient garantir l’équilibre démocratique se découvrent soudainement une foi brûlante pour une cause fragile, non par conviction, mais parce qu’elle sert à écarter celui qui gêne leurs ambitions. On ne cherche plus à protéger les institutions établies mais à protéger ses propres relais à travers une histoire à tirer par les cheveux.

En instrumentalisant une parole aux relents de victimisation nauséabonde, portée par une personnalité connue pour son goût immodéré des conflits et sa capacité à réécrire les faits en ligne, certains institutionnels ont fabriqué une jurisprudence dangereuse. Désormais, une allégation sans preuve, n’importe laquelle d’ailleurs, pourvu qu’elle soit assez bruyante et qu’elle s’habille des bons habits militants, suffit à déstabiliser des carrières, à salir des lignées et à neutraliser des voix indépendantes.

Le droit devient un outil de confort managérial, un simple bouton “supprimer” pour des hiérarchies aux abois. Personne ne semble voir le côté profondément pervers de l’acte : offrir une tribune institutionnelle à une accusation non étayée, c’est lui conférer une légitimité historique qu’elle n’a jamais méritée. Sous les projecteurs d’une actualité fabriquée, l’honneur d’un homme et la réputation d’une famille sont broyés avec une légèreté irresponsable, juste pour qu’une opposante auto-proclamée puisse exister médiatiquement un semestre de plus.

Ce dossier entrera dans l’histoire non pour sa rigueur judiciaire, mais pour son irresponsabilité émotive, symptôme d’une époque où les institutions préfèrent brûler une réputation plutôt que d’admettre qu’elles ont cédé au chantage de la rumeur. Le véritable péril n’est pas la condamnation de deux policiers d’aujourd’hui ni l’acquittement d’un innocent, c’est le précédent que l’on crée pour demain : celui d’un État où la plus inconstante des fictions, pour peu qu’elle serve des intérêts coalisés, peut légalement anéantir un destin.

TEDDY MFITU

Polymathe, chercheur et écrivain /;Consultant senior cabinet CICPAR

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