À la Une
RDC-Ouganda : Kamerhe à Kampala, une diplomatie parlementaire contre les fissures sécuritaires
À Kampala, ce jeudi 5 juin 2025, le président ougandais Yoweri Museveni a prononcé son traditionnel discours sur l’état de la nation, marquant l’ouverture de la session parlementaire. Dans les travées du Parlement, une présence remarquée : celle d’une forte délégation de parlementaires congolais conduite par Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale. Une participation diplomatique de haut niveau qui intervient alors que les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda restent fragilisées par la persistance de l’insécurité dans l’est du Congo, notamment en Ituri.
Deux élus de cette province, Saint Nicolas Iracan et Floribert Njabu, ont profité de l’événement pour souligner l’enjeu stratégique de cette proximité diplomatique. Pour Iracan, entretenir des relations solides avec Kampala n’est pas un luxe mais une nécessité : « Nous partageons une longue frontière. Qu’on le veuille ou non, nous sommes liés. » Le député estime les pertes économiques dues au conflit armé à plus de 1,5 milliard de dollars pour l’Ouganda – un manque à gagner qui touche aussi la RDC, où les flux commerciaux transfrontaliers, pourtant essentiels, sont étouffés par l’instabilité.
Brandissant l’argument panafricain, Iracan plaide pour une solidarité africaine au-delà des différends politiques : « Nous sommes Africains. » Une manière de rappeler que les intérêts économiques de l’Ituri et de la région orientale du Congo sont étroitement imbriqués à ceux de l’Ouganda voisin.

Le député national Iracan
Même tonalité chez Floribert Njabu, qui salue un discours présidentiel structuré autour de trois priorités partagées : sécurité, économie, santé. Le député appelle à renforcer le dialogue interparlementaire comme levier pour traiter les défis transfrontaliers. « Il faut parler vrai entre collègues, oser mettre les sujets sur la table pour en sortir avec des solutions. »

La visite de la délégation congolaise à Kampala s’apparente ainsi à une opération de diplomatie parlementaire, misant sur la coopération régionale pour contourner les blocages institutionnels classiques. Un signal fort dans une région des Grands Lacs où le langage du dialogue reste, malgré tout, un pari sur la paix.
Claudine Ilunga Ngalula & Franck Tatu/CONGOPROFOND.NET
À la Une
Nord-Kivu : Crispin Mbindule accuse le gouverneur militaire de vouloir museler les partisans du changement de la Constitution
Le député national Crispin Mbindule hausse le ton contre le gouverneur militaire du Nord-Kivu. Au centre de la polémique, une supposée correspondance adressée aux services de renseignements afin d’ouvrir des investigations contre l’élu de Butembo, accusé de troubler l’ordre public à la suite de ses prises de position en faveur d’un changement de la Constitution.
Face à la presse, le président du groupe parlementaire « Le Peuple d’Abord » dénonce ce qu’il considère comme une tentative d’intimidation politique destinée à faire taire les voix favorables à la révision constitutionnelle dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Selon lui, son récent séjour à Butembo avait pour objectif principal de sensibiliser la population aux enjeux liés au débat constitutionnel. À cette occasion, plusieurs émissions synchronisées auraient été organisées avec des radios locales afin d’expliquer sa vision du changement de la loi fondamentale.
« Je suis allé à Butembo avec un message du changement de la Constitution. La population a accueilli favorablement ce message. Il y a eu un petit groupe manipulé qui s’est opposé à cette démarche, et c’est cela que le gouverneur appelle des troubles ou de la désobéissance civile », a déclaré Crispin Mbindule.
L’élu estime que le débat sur la Constitution doit rester démocratique et ouvert à toutes les sensibilités politiques. Il invite ainsi le gouverneur militaire à privilégier un débat public contradictoire plutôt que le recours aux services de renseignements.
« Nous sommes dans un pays démocratique où chacun a le droit de défendre ses idées. Lui est contre la révision de la Constitution, c’est son droit. Moi aussi, j’ai le droit de soutenir cette réforme », a-t-il insisté.
Très remonté, le député affirme qu’il ne cédera ni aux pressions ni à ce qu’il qualifie de « montages politiques » visant à discréditer les partisans du changement constitutionnel dans l’Est du pays.
Malgré cette controverse, Crispin Mbindule soutient que la population de l’Est demeure attachée à la vision du président Félix Tshisekedi, notamment dans la lutte contre l’insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
Pour l’heure, aucune réaction officielle du gouvernorat militaire du Nord-Kivu n’a encore été rendue publique au sujet des accusations formulées par le député national.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
