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RDC : les hommes clés du gouvernement Sylvestre Ilunga

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Le gouvernement Sylvestre Ilunga est connu par la nomination de nouvelles personnalités aux postes clés des Finances, des Mines, de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur.

La RFI est revenue sur les différents nouveaux visages qui vont jouer un rôle clé dans le gouvernement Ilunga.

1.Intérieur : un fidèle de Tshisekedi

Gilbert Kankonde Malamba, nommé Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et des Affaires coutumières, est un fidèle du président Félix Tshisekedi. « C’est quelqu’un qui a toute la confiance du chef, c’est pour cela qu’il a été nommé à ce poste », affirme un cadre de l’UDPS.

Gilbert Kankonde, 66 ans, originaire de la province du Kasaï, a rejoint le mouvement dans les années 80, sous la présidence d’Étienne Tshisekedi, qui en avait fait son assistant personnel. Par la suite, il sera d’ailleurs nommé secrétaire national aux relations extérieures de l’UDPS par le fils. Ceux qui le connaissent parlent d’un homme jovial, subtil, diplomate, qui sait garder son calme. Pour cette raison, « on l’attendait plutôt à la diplomatie », indique maître Peter Kazadi, conseiller juridique du parti. Son âge, sa carrure – il mesure 1m80 – en fait un homme imposant.
Mais Gilbert Kankonde n’a pas toujours appartenu à l’UDPS.

Dans les années 90, il se brouille avec Tshisekedi père et part travailler pour le gouverneur du Kasaï Oriental. Vient ensuite l’exil en Belgique durant de nombreuses années. Ce n’est qu’en 2014, lorsqu’Étienne Tshisekedi, malade, séjourne à Bruxelles que Gilbert Kankonde renoue avec lui. Ses longues années hors de l’UDPS vont d’ailleurs attiser les jalousies. Ses détracteurs se demandent comment il a obtenu ce poste après un parcours aussi sinueux. « Ce n’est pas un militant UDPS, mais un militant de la famille », estime un ancien cadre du parti.

Aujourd’hui, Gilbert Kankonde occupe un poste stratégique : l’Intérieur. « Il n’a aucune expérience dans ce domaine », note un observateur de la vie politique. Mais c’est un homme à qui le chef de l’État fait entièrement confiance, qui n’a pas sa langue dans sa poche et un des rares avec lequel il peut avoir une vraie discussion, ajoute cet observateur.

2. Une femme tenace à la diplomatie

Depuis ce lundi, la diplomatie de la RDC est dirigée par une femme, la deuxième depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1960.

Marie Tumba Nzeza, qui a été nommée par le président Félix Antoine Tshisekedi, milite dans l’UDPS depuis des longues années. Elle a été de tous les combats aux côtés de l’opposant historique Étienne Tshisekedi.

Mariée à un professeur d’université, elle-même diplômée d’université, Marie Tumba Nzeza est mère de famille. C’est un visage très connu dans les milieux politiques et il ne faut pas se fier à son apparence timide, derrière il y a une femme tenace, explique un des collègues de l’UDPS qui parle de « mère Courage ».

Les témoignages abondent : on l’a vue très active durant la période de la conférence nationale souveraine au début des années 90, rappellent ses paires du parti pour qui c’était la grande lutte contre la dictature du MPR, le parti unique dirigé par le maréchal Mobutu Sese Seko. Plus d’une fois, elle a bravé les forces de l’ordre, ajoute un ancien de l’UDPS. Ministre de l’Enseignement dans le gouvernement issu des assises historiques de la CNS, elle avait choisi de rester aux côtés du Premier ministre Étienne Tshisekedi, après la révocation de ce dernier. Son combat s’est poursuivi jusqu’au régime de Kabila fils.

3. Un juriste spécialiste du pétrole au poste de vice Premier ministre en charge de la Justice

Âgé de 65 ans, Célestin Tunda Ya Kasende est avocat depuis 1984 après de brillantes études de Droit public à l’université de Kinshasa.
Il est également détenteur d’un certificat en Droit public international obtenu à La Haye, auquel s’ajoutent d’autres certificats en sciences pétrolières de l’Institut français du Pétrole.

En 2011, il décroche, avec la mention « grande distinction » un diplôme d’Etudes spéciales en Economie et développement à l’université catholique du Congo et fait des recherches sur la dette extérieure des pays en voie de développement.

Me Tunda a participé aux travaux de la Conférence nationale souveraine des années 1990. Arrive alors l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo qui renverse le maréchal Mobutu en 1997. Une année plus tard, éclatent plusieurs rébellions.

Dans la recherche de solutions, il devient secrétaire général de la Commission préparatoire du dialogue inter-congolais de Sun City organisé en 2001. Il est plusieurs fois élu député national, mandats entrecoupés par un bref passage au gouvernement comme vice-ministre des Affaires étrangères en 2011, et ce avant d’être nommé secrétaire général adjoint du PPRD, le parti de Joseph Kabila.

Au moment de sa nomination comme vice-Premier ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende était encore président administrateur général de SEP-Congo, société d’entreposage des produits pétroliers.

3. Un juriste spécialiste au post de vice premier ministre en charge de la justice

Willy Kitobo Samsoni prend le stratégique ministère stratégique des Mines. Un Katangais à la tête du secteur minier, voilà qui semble naturel en RDC, tant la province symbolise la richesse minière du pays. Ce qui l’est moins, c’est que le titulaire du portefeuille est aussi professeur d’université, docteur en métallurgie, et auteur d’une thèse de doctorat à l’université de Liège.

Ce quinquagénaire a d’ailleurs une carrière universitaire bien remplie puisqu’il a dirigé l’École supérieure des ingénieurs industriels de l’université de Lubumbashi ainsi que la faculté polytechnique.

Au début des années 2010, il s’intéresse de plus près à la politique, au sein du PPRD, la formation de Joseph Kabila, jusqu’à en devenir cette année secrétaire exécutif fédéral du parti pour la province du Haut Katanga. Son ascension au sein du parti a suivi une carrière express au sein de l’exécutif provincial, puisqu’en 2016, il a occupé le poste de ministre des Mines du Haut Katanga.

Technicien compétent, militant fidèle, Willy Kitobo Samsoni est aussi réputé modéré. Lorsque l’UDPS et le PPRD s’affrontent en avril dernier à Lubumbashi, il fait partie des modérés et des conciliateurs, affirme un patron du secteur minier.

Son image est tout aussi bonne au sein de la société civile. Ainsi Jean Pierre Muteba, activiste et syndicaliste à Lubumbashi l’a souvent croisé au cours de réunions sur le secteur minier, il en a gardé l’image d’un homme affable, compétent et ouvert au dialogue.

5.Un fidèle de Matata Ponyo aux Finances

C’est le collaborateur fidèle de l’ancien Premier ministre qui arrive au ministère des Finances.

José Sélé Yalaghuli a commencé à travailler pour Matata Ponyo dès 2001 au bureau central de coordination du ministère des Finances, avant d’être nommé directeur de cabinet lorsque Matata Ponyo accède au poste de Premier ministre.

Dans un tweet ce matin, l’ancien Premier ministre s’est d’ailleurs réjoui de sa nomination en le qualifiant de « travailleur et compétent ». Joint par téléphone, il rajoute que « ce disciple du matatisme » est également bilingue et connait bien tous les organes publics de l’économie.

Originaire de la région de l’Équateur, José Sélé a une formation d’économiste et la réputation d’être un technocrate. Toujours discret, il apparait aujourd’hui comme un des hommes neufs du PPRD. Un homme d’affaires occidental le décrit comme quelqu’un de très consensuel à qui on connait peu d’ennemi.

C’est donc pour ce dernier le choix de la continuité qui a été fait ce lundi avec un nouveau ministre peu susceptible de mettre en cause les positions de ses prédécesseurs. Lors de son dernier poste à la direction générale des Impôts, José Sélé a essentiellement tenu un rôle de médiateur, n’étant pas fiscaliste de formation. Son bilan reste plutôt apprécié, en termes de mobilisation des recettes notamment, un domaine où celui-ci était aidé par les coûts élevés des matières premières.

6.Un fidèle de Vital Kamerhe au Budget

Maître Jean Baudouin Mayo Mambeke, secrétaire général de l’UNC de Vital Kamerhe, devient vice-Premier ministre en charge du Budget, l’une des cinq grandes vice-primatures de ce gouvernement.

Jean Baudouin Mayo n’a jamais eu la langue dans sa poche. Ses collègues à l’Assemblée sont unanimes pour le dire : il dégaine vite, sait se montrer critique, y compris face à sa propre formation politique, quand les décisions lui paraissent injustes. S’il manie bien le verbe, c’est grâce à sa formation d’avocat.

Originaire de l’ex-province du Bandundu, âgé de 62 ans et père de quatre enfants, maître Mayo est un Kinois d’adoption qui a fait l’essentiel de ses études, et sa carrière politique à Kinshasa. Sa première expérience ministérielle, c’est Léon Kengo Wa Dondo, Premier ministre du maréchal Mobutu qui la lui offre au lendemain de la conférence nationale.

En 1994, il devient vice-ministre des Mines, après avoir été parmi les conseillers juridiques de la Gécamines, la société minière nationale. C’est un fidèle parmi les fidèles de Vital Kamerhe, le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi.

Quand plusieurs cadres de l’UNC choisissent de rejoindre le rassemblement d’Étienne Tshisekedi, maître Mayo, à l’époque président fédéral à Kinshasa, reste à l’UNC et devient l’année suivante le secrétaire général de ce parti.

Sera-t-il un bon vice-Premier ministre du Budget ? « C’est un avocat expérimenté, mais il n’a aucune maîtrise des questions budgétaires », déplore un membre de la société civile.

Dans son camp, on rappelle que le nouveau « vice-Premier » s’était déjà intéressé à ces questions quand il était directeur de cabinet adjoint de Vital Kamerhe, alors président de l’Assemblée nationale. « Et il saurait faire appel à l’expertise nécessaire », assure un proche collaborateur.

Thierry Mfundu/CONGOPROFOND.NET

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Triangle de Bermudes budgétaire : Réformes, diplomatie et turbulences, qui perd le Nord ?

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Le début de l’année 2026 devait consacrer la symphonie parfaite d’un trio gouvernemental rodé. Mais les chiffres tombés en janvier ont la dureté d’une taupe : 1.037,5 milliards de CDF de déficit, un trou de 350 milliards plus profond que prévu. Face à cette contre-performance, le gouvernement n’a eu d’autre choix que de se ruer vers le marché financier local pour émettre des bons du Trésor.

Dans ce triangle des Bermudes budgétaire formé par Adolphe Muzito (VPM Budget), Daniel Mukoko Samba (VPM Économie) et Doudou Fwamba (Ministre des Finances), l’heure n’est plus aux discours de façade. L’un d’eux tire visiblement en travers, et l’attelage tousse dangereusement. Adolphe Muzito incarne la rigueur budgétaire affichée. Il a réuni les partenaires techniques et financiers, promis un budget crédible et soutenable, et orchestré l’adoption d’un budget 2026 en équilibre à 54.335,7 milliards de CDF.

Sur le papier, il coche toutes les cases de l’orthodoxie financière. Mais cette discipline a un revers : le budget qu’il présente est un château de cartes si les recettes ne suivent pas. Or, janvier 2026 montre que les recettes n’ont atteint que 86% des prévisions. Adolphe Muzito n’est pas le problème, mais il est le premier à pâtir des faiblesses structurelles. Il construit de belles maisons sur des fondations qui s’effritent, et ses projections trop optimistes fragilisent son rôle de projectionniste.

Daniel Mukoko Samba, lui, joue dans la cour des grands. Son terrain de jeu, c’est Washington, les accords américains, et la diversification des partenaires pour sortir de l’emprise chinoise. Sa métaphore est élégante : “Sur un vélo, il faut deux pieds pour pédaler : l’économie et la sécurité”. Grâce à lui, la RDC tente de réussir le pari d’utiliser ses minerais stratégiques pour attirer les investissements américains. Mais pendant qu’il pédale sur le vélo de la diplomatie économique, la selle craque sous les réalités quotidiennes.

Le trou de janvier est là pour le rappeler : les caisses sont vides aujourd’hui. Le décalage est saisissant entre la hauteur de vue de ses annonces internationales et l’incapacité du pays à boucler ses fins de mois. Reste Doudou Fwamba, dont le portefeuille est le plus exposé. Il est aux commandes de la trésorerie, du paiement des dépenses, et de la régulation financière. C’est lui le réparateur qui doit actionner les leviers de l’endettement intérieur via les bons du Trésor pour combler les déficits.

Sur le fond, il tente des réformes courageuses, comme la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses publiques. Mais les réformes de structure ne rattrapent pas un déficit de recettes. Le recours aux bons du Trésor, loin d’être un signe de bonne santé, est l’aveu d’une faiblesse : l’État n’a plus d’argent et doit puiser sur le marché financier local, asséchant le crédit disponible pour le secteur privé. Aujourd’hui, Fwamba est le plus fragilisé.

Il incarne la douleur immédiate, le pompier arrivé après l’incendie. Dans ce trio, si l’un d’eux ne produit pas les résultats escomptés, c’est bien celui qui est incapable de sécuriser la trésorerie au jour le jour. Mais attention : le véritable problème réside dans l’incapacité collective momentanée et peut-être à transformer les promesses de réformes et les accords internationaux en liquidités immédiatement disponibles dans les caisses de l’État.

TEDDY MFITU

Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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