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RDC : la Roublardise serait-elle une marque de gouvernance ? ( Tribune de Gabriel Katuvadioko)

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L’Histoire de la RDC serait-elle émaillée de roublardise sous l’emprise d’une politique assumée de violence et de défi ? On la retrouve dans le discours politique de son élite. On la trouve dans la gestion du pays depuis la période coloniale.

Depuis Léopold II, nombre des responsables politiques se sont servis au mieux qu’il le pouvait. C’est ce qu’illustre le propos d’Aubin Mukendi dans “Le Cycle du serpent”, le film de Thierry Michel, sorti en 1992 : « on a perpétué la culture de la cueillette et du ramassage ». Jusque dans la manière de gouverner notre pays.

En effet, chacun se sert de l’argent et du bien public tant qu’il en a l’opportunité. Ceci a pour conséquence la décrépitude du Congo.

De l’aveu de nombreux observateurs, le pays qui tenait des promesses d’un meilleur avenir ne connait que des progrès minimes, au profit d’une oligarchie, cette minorité qui s’est enrichie de manière ostentatoire au détriment de la majorité de la population, qui est contraint de venir lui tendre la main.

Des racines profondes et lointaines.

Les racines de ce mal sont profondes et lointaines. Il eut Léopold II, puis les différents gouvernants congolais qui se sont succédé, chacun a sa part de responsabilité.

De l’État Indépendant du Congo à nos jours, les ratés et les insuffisances, dont ont fait montre notre pays et sa classe politique, l’ont fait sombrer. Alors quils devraient s’investir « pour bâtir un pays plus beau qu’avant », une minorité, a versé dans la kleptomanie, la corruption et le clientélisme, comme mode de gouvernance et de gestion. Les principaux perdants sont, de toute évidence, le peuple et, surtout, la jeunesse congolaise. N’est-il pas une loi historique selon laquelle toute dérive entraîne, par un effet de réaction et de compensation, sa dérive adverse ? Cette contradiction ne peut se résoudre qu’en son propre dialectique.

Le Congo a d’énormes potentialités mais, le Congolais, quant à lui, vit dans une extrême pauvreté ; il est paupérisé, clochardisé. Aujourdhui, et cela est de notoriété publique, la grande majorité des Congolais vit avec moins d’un dollar par jour.

D’énormes efforts, pourtant, ont été faits afin que ne se perpétue pas cette pratique, qui pourrait se révéler un combat stérile… Ainsi en est-il de la situation sociopolitique en RDC depuis plus dun demi-siècle !

La jeunesse, dindon de la farce

Et le dindon de farce dans cette tragédie, cest la jeunesse qui tourne le dos à un pays en panne d’initiatives et de vision, pour paraphraser Stephen Smith dans “La Virée vers l’Europe”.

Avec l’asphyxie que subit le pays, la jeunesse exclue des victuailles et breuvage s’est contentée de lutter pour trouver sa pitance, si elle ne choisit pas les chemins d’errance, pour reprendre le professeur Georges Ngal. Elle est, par ailleurs, utilisée dans les milices par des politiques véreux afin d’assouvir leur soif de pouvoir. Ils l’envoient au front des guerres à leur service et profit, pour des miettes.

Pendant ce temps-là, les politiques devenus nouveaux riches n’ont cessé de contempler leur protubérance ombilicale. Et l’obésité de l’ego de chacun ne leur fait qu’inventer de nouvelles formes de spoliation du bien-commun.

Face à cette hémorragie, que personne ne s’empresse de stopper, la jeunesse va trouver son salut ailleurs. On laisse partir les forces vives censées développer le pays.

L’ironie de l’histoire, le tragique, c’est que plusieurs fois, l’on a entendu plein de slogans et de projets pour une jeunesse à prendre en charge. Et ceux qui reviennent au pays sont découragés et subissent la loi du mépris, si on ne leur met pas les bâtons dans les roues.

Dans ma peau de citoyen congolais et au regard des faits, notre scène politique me paraît comme une véritable dramaturgie, dont la meilleure réplique à son endroit serait : «  Je vous reconnais tous, mes vieux ennemis  » (cf. Cyrano de Bergerac). Les mensonges, les préjugés, les lâchetés, la sottise consécutifs à une kleptocratie érigée en forme de gestion n’ont pas réussi en soixante ans de bâtir un État viable. Nous avons foulé aux pieds les principes fondateurs d’une nation viable, où il fait beau vivre !

Il y a lieu de nous demander : qu’avons-nous fait de notre devise “Justice Paix Travail ” ? Où en sommes-nous à ce jour sur l’état de notre pays ? Où en sommes-nous par rapport à la justice ? Qui travaille dans notre pays ? Quand bien même, il travaille, le Congolais peut-il s’en satisfaire avec un salaire juste et conséquent pour vivre dans conditions viables ? Qu’en est-il de la paix, quand l’Est est toujours en proie à une instabilité permanente ? Le Congo, en réalité, s’est érigé dans un cycle de tensions permanentes, jalonnées de crises politiques, et donc économiques et sociales.

Une Histoire tragique

L’Histoire de notre pays est une véritable tragédie. Elle est marquée par des violences inouïes, dont les guerres et les agressions récurrentes avec la complicité de certains Congolais (il faut le souligner !) ont fini par le mettre à terre. De la sécession katangaise en passant par différentes guerres (muleliste, simba) ou tout le chapelet des guerres d’agression et de pseudo-luttes démocratiques, qui va de libération en libération avec de nombreuses milices, le pays n’a pas pu oeuvrer pour offrir de meilleures conditions de vie au peuple congolais. Pendant ce temps, nombre de cerveaux, dont la jeunesse, sen vont à tombeau ouvert, comme l’a chanté Alpha Blondy.

Il faut cependant quon avance : appel aux politiques

Pour que notre pays avance, il nous faut trouver un discours catalyseur, qui nous aiderait à réinventer une sémantique, à la fois constructive et porteuse d’une énergie nouvelle, qui ne serait blessante pour personne ; cependant, il est de notre devoir de nous dire la vérité.

La concorde civile, devons-nous néanmoins noter, n’est ni la réconciliation nationale, i.e. un accord sans saveur ni une éradication de celui qui a un discours différent du nôtre. Il consiste à rappeler à tout Congolais que d’autant plus que l’on na pas un pays de rechange, nous devons accepter que nous sommes différents mais avoir les mêmes objectifs pour mieux vivre ensemble, mutualiser nos énergies et potentialités afin que le pays aille de l’avant !

En cette année des soixante ans de l’indépendance de notre pays, je voudrai solennellement demander à chaque acteur politique d’être le moteur du devenir du Congo. A chacune et à chacun de vous, il revient par devoir patriotique de laisser tomber tout procédé systémique de dévoiement.

Il vaut mieux pour vous de marquer le pays d’une empreinte indélébile qui sera une heureuse référence pour l’Histoire, votre histoire et l’histoire de chaque Congolaise et Congolais.

Notre société a besoin de vous, de votre vision d’un Congo nouveau. Votre vision des choses, votre courage, vos rêves d’un Congo meilleur et vos idées pour le bien-être collectif devront contribuer à faire tomber les murs de l’immobilisme. Et avec lui, devront tomber les antivaleurs érigées en système de gouvernance, dont la prédation, la kleptocratie et la corruption, le clientélisme sont les maîtres-mots. Les Congolaises et Congolais attendent de vous d’établir des règles et d’ouvrir des voies vers un Congo meilleur et non pas un Congo des meilleurs, celui des oligarques. Ils attendent un Congo plus humain, i.e. un pays moins cruel mais plus juste. On ne le dira jamais assez, la Justice est la valeur par excellence qui grandit tout pays.

Pour avancer

Pour avancer, le Congo doit sortir de « l’imbécilisation collective du peuple par la musique, les religions, la politique et les médias comme processus d’abrutissement », pour paraphraser Jean Goubald, afin d’adopter des valeurs de réflexion critique et d’un travail de réarmement moral. J’ai conscience que nous sommes encore loin de constituer le mètre-étalon d’un Congo idéal, avec des leaders de la pensée, de la vision d’un avenir  excellent pour le pays, qui renonce au fait d’un pays continuellement tourmenté.

Il nous faut pour cela sortir de toutes ces voies qui ne mènent nulle part comme cela a été le cas jusquà présent, i.e. mettre en place un nouveau cadre de vie où des mécanismes du mérite devront régir l’ordonnancement sociétal.

A force de flouer indéfiniment le peuple, le pays court le risque daffronter constamment la colère d’une gestion géopolitique chaotique et désastreuse, où l’on ira au parlement, non pas pour contribuer à élever les conditions de vie de la Nation congolaise, mais pour représenter une ethnie ou une tribu et s’affranchir, soi-même, des affres de la pauvreté. Comment, alors, ne pas réaliser que l’échec dun mandat national aboutit souvent à une cacophonie au détriment du bien-être du Congolais ?

En effet, on fait dabord miroiter ses pseudo-intérêts pour la tribu au détriment de la Nation toute entière. Ainsi les Nordistes autant que les Sudistes manifesteront parce que l’un des leurs n’est pas au gouvernement ou en est « exclu ». Ainsi, vous entendrez des discours comme : aucun ressortissant de chez nous ne dirige une quelconque structure nationale, comme si la gestion d’un pays ressemble à un partage de gâteau. Qui vous a dit que lon ne peut oeuvrer pour le pays que si lon dirige une Institution ?
La classe politique congolaise doit refuser de porter l’opprobre de l’échec de la promesse trahie de bâtir un pays plus beau qu’avant, de se mettre et de rester debout, de dresser son front longtemps courbé et prendre un bel élan pour l’avenir du Congo. Le moment n’est-il pas opportun pour nous demander, les yeux dans les yeux, comment assurons-nous la grandeur de notre pays ? Ou encore, quest-ce que nous léguons à notre postérité ? Serions-nous donc complices de l’esclavage de notre peuple, de notre dépendance ? Serions-nous tentés de refuser l’Indépendance que nos parents ont âprement acquise ? Il est temps de sortir de la stratégie de la ruse pour avancer ! La RDC mérite mieux ! Et nous en avons la capacité. Nous avons tellement des talents dans le monde !

Gabriel Katuvadioko

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