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Analyses et points de vue

RDC  : “Il y a de cas d’effusion de sang et de brutalité qui illustrent la nature et la gravité des crimes imputables au président Kabila” Christian Nsuka (Interview)

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Christian Nsuka Mabuana Kiala, analyste politique de la société civile sort du bois : il étrille la gestion de Joseph Kabila et estime que l’État congolais est en faillite. Il pose un regard sombre sur la crise politique actuelle née de la non-tenue dans les délais constitutionnels des élections tant attendues. Le président Joseph Kabila, qui acheve son second et dernier mandat , joue les prolongations à la tête de l’État, alors que la Constitution lui interdit d’être candidat à sa propre succession. Christian Nsuka futur candidat député aux prochaines élections législatives ne retient pas ses coups et s’exprime sans circonvolutions. Sa liberté de ton tranche avec la langue de bois. Il dit qu’il veut attirer l’attention de tout le monde sur les cas d’effusion de sang et de brutalité qui illustrent la nature et la gravité des crimes imputables au président Kabila et à ses officiers supérieurs militaires et politiques. Il s’est confié à CONGOPROFOND.NET ce 27 décembre 2016.

Qu’attendez-vous de la rencontre tripartite Conseil national de suivi de l’accord (CNSA)-Gouvernement-Commission électorale qui planche sur le calendrier électoral ?

Le CNSA n’existe pas en tant que tel. Il n’a pas un texte organique. Ses membres ne sont pas nommés conformément à un quelconque texte qui organise son fonctionnement ; il n’a ni les prérogatives de suivi et de contrôle de l’action gouvernementale ni le pouvoir de sanction. C’est la vacuité. Il est par ailleurs assimilé à une structure d’appui à la démocratie. Le gouvernement actuel n’a pas de pouvoir non plus. Cette équipe n’est pas le produit d’une coalition ou d’un consensus. Son programme vient d’un Parlement hors mandat et sans légitimité. On ne peut rien attendre de cette tripartite.

Comment peut-on organiser des élections crédibles en RDC dans le contexte actuel ?

La crise est politique, sociale et économique, voire sociétale. La résolution de cette crise doit prendre en compte les trois éléments. Nous pourrions déboucher sur les élections, mais l’histoire du Congo nous renseigne sur la manière dont s’opèrent les ruptures.

La classe politique est hypocrite, elle n’est pas prête pour les élections. L’opposition n’a pas d’ancrage populaire partout sur le territoire congolais ; la majorité, pour sa part, a peur parce qu’elle n’a pas un bon bilan. Les principaux partis politiques de l’opposition et de la majorité, tous réunis, ne dépassent pas le seuil de 44 % au Parlement. Les principaux partis de l’opposition ne représentent que 20 % de l’électorat national. Pour ces raisons, le jour où les deux camps se retrouveront ensemble pour se partager le « butin », ils prorogeront encore les délais pour les élections.

La classe politique redoute les élections qui doivent pourtant être au cœur de la vie démocratique. Je crains que dans le contexte de la RDC, les élections à elles seules ne suffisent pas à résoudre la crise multiforme. La Commission électorale ferait du bon travail si elle n’était pas sous l’impulsion politique. Tout le reste dépend de la classe politique.
Le processus électoral semble s’essouffler…

Les dialogues à répétition ne sont pas la solution. Ce pays recourt à des structures informelles à chaque fois que l’équipe aux affaires arrive à la fin de son mandat. Et on sort de la légalité. La classe politique agit en ce sens. Le président Kabila, voyant venir la fin de son mandat, semble dire : Je ne remets pas le pouvoir au peuple. J’ai besoin d’alliés, de partenaires pour gérer les choses en dehors du cadre légal.

La majorité comme l’opposition sont ses alliés. La faute est là. Dans les pays démocratiques, quand il y a un problème, on le règle dans le cadre des institutions établies. Mais chez nous, les choses se passent différemment depuis 1960. D’autre part, la classe politique n’est pas en phase avec le peuple, parce que les partis politiques n’ont pas un socle idéologique. Ils sont faibles, en réalité. Il suffit de voir la configuration du Parlement. Le PPRD, qui conduit la coalition présidentielle, n’a que 65 députés sur 500, soit 12 %. Le premier parti d’opposition, l’UDPS, n’en a que 45, soit 9 %. Ainsi de suite. Ailleurs, dans des démocraties comme l’Angola ou l’Afrique du Sud, un seul parti occupe plus de 50 % des sièges du Parlement.

Nos formations politiques savent qu’elles ont une faible représentativité et préfèrent gérer le pays à l’exclusion du peuple, en recourant aux combines habituelles.

*Le cœur du problème, n’est-ce pas l’entêtement de Joseph Kabila à se maintenir coûte que coûte à la tête de l’État, même après l’expiration de son mandat en décembre 2016 ?*

Le peuple doit user de ses droits constitutionnels et compter sur l’accompagnement de la communauté internationale, comme elle sait le faire, pour éviter l’implosion à long terme de la RDC. La situation risque de s’aggraver. La communauté internationale doit s’impliquer dans ce processus pour que le pays reprenne sa marche vers le développement, Kabila doit partir.

Qu’est-ce que vous reprochez exactement à Monsieur Kabila ?

Je vais ici attirer votre attention sur les cas d’effusion de sang et de brutalité qui illustrent la nature et la gravité des crimes imputables au président Kabila et à ses officiers supérieurs militaires et politiques. Après l’élection du Président Kabila en 2006, les forces de sécurité gouvernementales et d’autres
fonctionnaires agissant sous l’autorité du Président ont commis des atrocités contre des civils, soit à la connaissance du Président, soit conformément à ses ordres. Les procédures des Nations unies en matière de droits de l’homme et des organisations non gouvernementales crédibles ont au même moment enquêté et documenté ces atrocités, révélant qu’à Kinshasa et au Bas-Congo seulement, au moins 500 opposants présumés du parti politique du président Kabila ont été délibérément tués et plus de 1000 ont été emprisonnés et torturés. La plupart de ces actes ont été commis par des unités placées sous le commandement et le contrôle direct du président Kabila, notamment la Garde républicaine.

Que pensez-vous de l’appel à une transition de 6-7 mois sans Kabila ?

C’est de la comédie. On ne peut pas dire au peuple qu’on veut une transition sans Joseph Kabila, sans pour autant expliquer comment on compte le faire partir du pouvoir. Joseph Kabila a l’armée avec lui et des armes. Il y a, de mon point de vue, 4 façons d’écarter Joseph Kabila. Soit on mobilise le peuple qui renverse son pouvoir ; soit on prend les armes – et je ne vois pas les partisans d’une transition sans Kabila faire cela. Soit on négocie avec celui qui est au pouvoir pour qu’il consente à vous donner un peu d’espace, mais en vous soumettant à ses conditions, c’est-à-dire en faisant allégeance, pour aller avec lui aux élections et battre son candidat ; soit encore on refuse d’entrer dans son gouvernement, et on attend d’aller aux élections pour battre son candidat. J’ai toutefois l’impression qu’on mélange tout. L’opposition ne fera pas partir Kabila à partir de ses bureaux, de ses états-majors et avec ses communiqués. D’autre part, une transition sans Kabila sous-entend l’élaboration d’un acte de transition et la mise entre parenthèses de la Constitution.

Si Joseph Kabila n’est pas dans cette transition régie, non pas par la Constitution actuelle, mais par un acte constitutionnel de transition, cela signifie qu’il peut rebondir si une nouvelle Constitution est adoptée, alors que l’actuelle Constitution l’exclut en lui interdisant de briguer un troisième mandat.

L’appel à une transition sans Kabila est révélateur à la fois des contradictions d’une frange de l’opposition et d’un déficit d’analyse politique.

Vous avez dit précédemment que les forces de sécurité gouvernementales et d’autres fonctionnaires agissant sous l’autorité du président Kabila ont commis des atrocités contre des civils, avez vous des preuves de vos allégations ?

En décembre 2016, le président Kabila a refusé de démissionner de son poste de président malgré la limite constitutionnelle de deux mandats, provoquant une série de protestations dans toute la RDC. En réponse, les forces de sécurité ont tué au moins 62 civils, en ont blessé au moins 147 et ont arrêté au moins 917 personnes. Les autorités gouvernementales ont fait disparaître de force un grand nombre de victimes et ont refusé de révéler leur localisation aux membres de leurs familles. Elles ont refusé aux enquêteurs de l’ONU l’accès aux morgues, aux hôpitaux et aux centres de détention, et ont déplacé de nombreuses victimes vers des lieux non divulgués. Les forces de sécurité responsables
de ces crimes, y compris la Garde républicaine et l’ANR, étaient sous le commandement et le contrôle directs du président Kabila. De plus, les enquêtes menées par Human Rights Watch révèlent que le
président Kabila a personnellement ordonné le recrutement et le déploiement des tristement célèbres
rebelles M23 avec l’objectif de réprimer violemment des manifestations pacifiques. Il s’agit des mêmes soldats M23 dont l’ancien commandant Bosco Ntaganda a été condamné par la CPI pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, y compris meurtre, viol et la conscription d’enfants.

En tenant des propos pareils ne craignez-vous pas d’être poursuivi pour imputation dommageable et outrage au chef de l’Etat?

Monsieur le journaliste, l’heure n’est plus aux grimaces, Kabila a montré ses limites, et le monde entier en général, la population congolaise en particulier doivent savoir, ce que nous reprochions à monsieur Kabila. La vérité reste la vérité.

Nous vous remercions pour cette interview

C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Jolga Luvundisakio


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Analyses et points de vue

Repenser les fondations d’une nation : Un regard critique sur les politiques en RDC

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Dans un monde en constante évolution, les notions de bien et de mal, de vérité et d’unité semblent de plus en plus floues, remettant en question les valeurs sur lesquelles reposent nos existences. En RD Congo, ce questionnement est exacerbé par un contexte politique complexe marqué par des luttes de pouvoir incessantes et des intérêts divergents.

L’abandon de ces valeurs traditionnelles soulève des interrogations profondes sur la nature même du leadership politique en République Démocratique du Congo. Les politiciens, souvent perçus comme des figures d’autorité censées incarner le bien et la vérité, se retrouvent parfois pris au piège de leurs propres ambitions et intérêts personnels.

Cette quête de pouvoir et de contrôle les amène parfois à sacrifier l’intérêt commun au profit de stratégies politiques à court terme. D’aucuns s’emploient à faire de leur jeunesse un instrument pour intégrer les cercles du pouvoir dans le but de s’enrichir. Et une fois cette quête effrénée atteint son objectif, ils usent de cette richesse mal acquise pour rajeunir.

Face à cette réalité, il est impératif de repenser les fondations sur lesquelles reposent nos attentes envers nos dirigeants politiques. Plutôt que de chercher des héros infaillibles, il est peut-être temps d’accepter l’humanité de nos leaders et de reconnaître que la perfection n’est pas une condition préalable à un leadership efficace.

Le dépassement de soi ne devrait pas être interprété comme une quête de pouvoir personnel, mais comme un engagement envers le bien commun et la vérité. Les politiciens en RD Congo doivent être prêts à remettre en question les normes établies et à explorer de nouvelles voies pour surmonter les défis auxquels leur pays est confronté.

La redéfinition des valeurs politiques en RDC exige un examen attentif de ce que signifie réellement le bien, le mal, la vérité, l’unité et le dépassement de soi dans un contexte en constante évolution. Il est temps de briser les conventions établies et d’adopter une approche plus nuancée et inclusive du leadership politique pour répondre aux besoins et aux aspirations du peuple congolais.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR


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