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Quand une rumeur devient virale : Non, le député congolais Agenonga n’a jamais été élu en Ouganda !
Une information largement relayée sur les réseaux sociaux, principalement sur la plateforme X (ex-Twitter), prétend que le député national congolais Hon. Agenong’a Robert aurait été élu député en Ouganda. Cette affirmation, devenue virale en quelques heures, s’est imposée dans certains cercles numériques sans qu’aucune preuve officielle ne vienne l’étayer.
Face à l’ampleur de la rumeur, CONGOPROFOND.NET a immédiatement engagé une recherche inversée et une vérification approfondie. Résultat : une seule source identifiée, un post isolé sur X, sans relais institutionnel, sans communiqué officiel, ni mention dans les médias ougandais crédibles.

Les autorités électorales ougandaises démentent formellement
Contactées par le correspondant de CONGOPROFOND.NET à Kampala, des sources locales, dont un membre de la Commission électorale ougandaise, rejettent catégoriquement cette information.
« Non. Je ne connais pas cet homme. Et je n’ai pas vu son affiche durant la campagne électorale ici à Kampala. C’est mieux d’ignorer ce type de message car actuellement, les gens écrivent n’importe quoi juste pour du contenu », a déclaré ce responsable électoral.
Aucune trace du nom d’Agenong’a Robert ne figure dans les listes des candidats, ni dans les résultats des élections locales ou nationales en Ouganda, confirmant le caractère totalement mensonger de cette rumeur.
La mise au point officielle du député Agenong’a Robert

Face à la désinformation persistante, l’élu congolais a publié une déclaration officielle dans laquelle il dément formellement toute implication dans un processus électoral ougandais. Il rappelle être député national de la République démocratique du Congo, élu lors des élections générales de décembre 2023, représentant le territoire de Mahagi, province de l’Ituri, et en fonction depuis janvier 2024 dans le cadre de la Quatrième Législature (2024–2028).
Il précise que les images et vidéos utilisées pour alimenter la rumeur relèvent d’un contexte strictement privé et familial. Les personnes visibles à ses côtés sont ses beaux-frères, élus conseillers locaux dans la sous-comté de Dei (district de Pakwach). Sa présence sur les lieux était fortuite, liée à un déplacement personnel vers Entebbe dans le cadre d’un voyage international, sans aucun lien avec la vie politique ougandaise.
Une désinformation aux motivations floues
Le député condamne fermement cette tentative de manipulation de l’opinion et appelle le public à ne se fier qu’aux sources officielles et vérifiées. Il rappelle par ailleurs être candidat, en toute transparence, au Comité de pilotage de l’Initiative mondiale des jeunes parlementaires du Groupe de la Banque mondiale et du FMI (mandat 2026–2028), un processus distinct et international, sans rapport avec les élections ougandaises.
Appel à la vigilance numérique

Cette affaire illustre une fois de plus les dérives de la désinformation à l’ère des réseaux sociaux, où une affirmation non vérifiée peut rapidement être érigée en « vérité » numérique. CONGOPROFOND.NET appelle les internautes, les leaders d’opinion et les médias à redoubler de vigilance, à vérifier les sources et à ne pas relayer des contenus infondés susceptibles de semer la confusion politique et diplomatique.
Aucune élection du député congolais Agenong’a Robert n’a eu lieu en Ouganda. L’information est fausse, non sourcée et officiellement démentie par les autorités compétentes et par l’intéressé lui-même.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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RDC : Marie-Ange Mushobekwa, avocate des droits humains, aurait organisé l’évasion judiciaire du violeur présumé
L’affaire « Mushobekwa » vient de franchir un seuil juridique et moral sans précédent. Alors que le dossier quittait l’Auditorat militaire pour la Haute Cour, la ministre honoraire des Droits humains qui y a porté plainte, aurait usé de son influence pour soustraire son fils Likulia Lifoma Claudien, le principal suspect majeur du territoire national via le vol Air France AF 728 de Kinshasa vers Paris.
L’ironie est d’une violence froide : celle qui exigeait hier la punition des bourreaux de ses fils organise aujourd’hui la fuite de l’auteur présumé du viol de la fille d’autrui. Il ne s’agit plus d’une mère éplorée, mais d’une justiciable qui, confrontée à un autre prétoire, a choisi la fuite plutôt que le face-à-face à quelques jours du procès public tant réclamé. Il est une chose que de réclamer justice. Il en est une autre que d’affronter la vérité. Le transfert du dossier à la Haute Cour devait garantir l’impartialité.
Il a au contraire déclenché une extraction qui dit tout du rapport pathologique qu’entretient notre élite avec la loi qu’elle prétendait incarner. Sur le fond, le droit congolais est pourtant d’une clarté que la prévenue semble redouter. La loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Code pénal dispose en son article 170 que constitue un viol “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou par l’auteur sur sa propre personne” avec violence, contrainte, surprise ou menace.
Lorsque la victime est mineure, la qualification du viol est automatique : la loi ne requiert pas la preuve de la violence physique, l’âge emportant présomption de contrainte morale. Si Monsieur Likulia Lifoma Claudien, le fils majeur de Madame Mushobekwa, aurait eu une relation sexuelle avec une fille mineure à 4 heures du matin, en l’absence de tout adulte, les éléments constitutifs du viol sur mineure sont d’office réunis selon le droit congolais. Les peines encourues atteignent la perpétuité.
C’est très exactement ce que la plaignante (le père de la fillette) a entendu poursuivre. Dès lors, une question s’impose, et elle est aussi juridique que morale : comment se fait-il que Marie-Ange Mushobekwa, qui a bâti une carrière sur la promotion des valeurs et droits des victimes, ait tout mis en œuvre pour que le suspect (son fils) échappe à une procédure qu’elle sait parfaitement fondée ? La réponse tient en un mot : la vengeance n’est pas la justice, elle en est la négation.
Madame Mushobekwa aurait confondu les deux. Elle a exigé que l’on punisse ceux qui ont frappé ses enfants avec des câbles électriques, ce qui était légitime et nous la soutenons, mais elle a refusé que l’on juge son fils pour avoir peut-être imposé à une enfant une intimité qu’aucune loi n’autorise. Elle réclamait l’arsenal répressif pour elle ; elle a ouvert les portes de la prison pour l’autre. Cette sélectivité dans l’appel au droit n’est pas de la défense parentale, c’est un déni de justice caractérisé.
Nous voici donc face à une situation kafkaïenne où l’ancienne ministre des Droits humains, par l’exfiltration du mis en cause, administre elle-même la preuve qu’elle redoute le verdict des juges. Si son fils était innocent, pourquoi le soustraire à une juridiction qu’elle disait hier encore la seule capable de rendre une décision équitable ? Ce silence organisé autour du départ du jeune homme est un aveu. Il signifie que la famille Mushobekwa sait, au fond d’elle-même, ce qui s’est réellement passé cette nuit-là dans cette chambre close.
La fuite du suspect n’est pas une péripétie procédurale : c’est la signature au bas d’un constat d’accusation que la défense n’a pas osé affronter. Le scandale ultime n’est donc pas seulement la sortie du territoire. C’est l’inversion complète des rôles auquel on assiste. Madame Marie-Ange Mushobekwa, qui accusait l’appareil d’État de “test moral” manqué, vient de révéler sa propre conception de la justice : une justice à géométrie variable, intraitable avec les enfants des autres, infiniment compréhensive avec les siens.
La Haute Cour, qui devait incarner la sérénité, n’aura même pas eu l’occasion de siéger. On a vidé la salle avant l’audience. Et c’est peut-être, pour le droit congolais, la blessure la plus profonde : non pas qu’un délit ait été commis, mais que celle-là même qui en avait la garde ait volontairement laissé la loi sur le trottoir, comme un objet encombrant, pour mieux faire passer l’enfant chéri Likulia Lifoma Claudien par la porte dérobée.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
