À la Une
Quand l’Ukraine célèbre Lumumba : Timbre, pièce commémorative et calendrier pour le centenaire d’un héros africain
En un geste inattendu mais profondément symbolique, l’Ukraine a rendu hommage à Patrice Emery Lumumba à l’occasion du centenaire de sa naissance. Pour marquer cet anniversaire historique, le gouvernement ukrainien a émis un timbre-poste, une pièce commémorative et un calendrier officiel à l’effigie du tout premier Premier ministre congolais. Un triple hommage qui dépasse le cadre diplomatique pour s’inscrire dans une mémoire partagée de la lutte pour la liberté et la souveraineté des peuples.

Un hommage venu de l’Est
Ce n’est ni un pays d’Afrique centrale, ni une ancienne colonie qui a initié ce geste. C’est l’Ukraine, en guerre, mais consciente des combats d’hier. Par cette initiative, Kyiv rappelle que la figure de Lumumba résonne bien au-delà des frontières africaines. Elle incarne pour les Ukrainiens d’aujourd’hui une résistance héroïque face à l’oppression, l’injustice et l’ingérence étrangère, des thématiques qui trouvent un écho fort dans l’Ukraine contemporaine, confrontée à l’agression russe.
Des symboles porteurs d’histoire

Le timbre commémoratif, édité par Ukrposhta, la Poste nationale ukrainienne, représente Lumumba dans son célèbre costume sombre, regard tourné vers l’avenir, sur fond des couleurs nationales congolaises et ukrainiennes entrelacées.
La pièce de monnaie, frappée en édition limitée par la Banque nationale d’Ukraine, porte son portrait gravé sur l’avers, entouré de la mention : “Patrice Lumumba, Héros panafricain – 1925-2025”. Le revers affiche la colombe de la paix sur une carte stylisée de l’Afrique.

Quant au calendrier mural officiel, il offre, mois après mois, des citations majeures du leader congolais, traduites en ukrainien et en français, sur des photos d’archives inédites, gracieusement fournies par des institutions africaines partenaires.

Un message diplomatique fort
Ce geste s’inscrit dans la volonté ukrainienne de renforcer ses liens avec l’Afrique, et plus particulièrement avec la République Démocratique du Congo. Lors de la présentation officielle de ces objets, l’ambassadeur d’Ukraine à Kinshasa, Dr Vasyl Hamianin, a salué “le combat de Lumumba contre le colonialisme, son refus de la domination étrangère et son rêve d’une Afrique libre et digne.”
“Patrice Lumumba ne parlait pas seulement au nom du Congo, mais pour tous les peuples opprimés. En Ukraine, nous comprenons cette voix”, a déclaré le diplomate.
Un héritage qui inspire encore

Cette initiative ukrainienne, aussi étonnante soit-elle pour certains, remet en lumière le rayonnement international du leader congolais, soixante-quatre ans après son assassinat. Lumumba continue d’inspirer, bien au-delà de l’Afrique, ceux qui défendent l’autodétermination, la justice et la dignité.
Dans un monde fracturé par les guerres, les dominations économiques et les héritages coloniaux non résolus, le timbre, la pièce et le calendrier deviennent des objets de mémoire, mais aussi des actes politiques. L’Ukraine, en célébrant Lumumba, ne fait pas seulement preuve de reconnaissance historique ; elle trace des ponts entre des peuples qui refusent d’être à genoux.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
À la Une
Lutte contre les flux financiers illicites : La RDC muscle son arsenal judiciaire avec le projet LuCOFFI
La RD Congo intensifie sa riposte contre les flux financiers illicites. Sous l’impulsion du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, un ambitieux programme de renforcement des capacités a été lancé dans le cadre du projet LuCOFFI (Lutte contre les flux financiers illicites). Cette initiative, mise en œuvre avec l’appui de la coopération allemande à travers la GIZ et financée par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), vise à renforcer durablement les compétences des autorités d’enquête et de poursuite dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.

La RDC sous pression du GAFI
Depuis octobre 2022, la RDC est placée sous surveillance renforcée du Groupe d’action financière (GAFI) en raison de lacunes identifiées dans son dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Dans ce contexte, le projet LuCOFFI s’inscrit directement dans le plan d’action exigé par cette organisation internationale, notamment au titre du Résultat Immédiat 7, qui concerne le renforcement des capacités des institutions chargées des enquêtes financières. À la fin de l’année 2025, près de 64 % des activités prévues avaient déjà atteint un niveau d’exécution compris entre 80 et 100 %, marquant des avancées significatives dans la modernisation des outils et méthodes d’enquête.
Former un noyau d’experts nationaux
Au cœur du programme figure la formation des formateurs (Train-the-Trainer) organisée à Kinshasa du 23 au 27 février 2026. Cette session intensive de cinq jours a réuni des membres sélectionnés de l’UNICEP ainsi que des représentants de la CENAREF, avec pour objectif de constituer un noyau national d’experts capables de transmettre à leur tour les compétences acquises.
Les participants ont été initiés à l’utilisation du manuel de procédure en enquête financière parallèle, un outil méthodologique destiné à structurer les investigations financières et à mieux articuler celles-ci avec les enquêtes pénales classiques.
L’entrée des technologies analytiques dans les enquêtes
L’une des innovations majeures de cette initiative est l’introduction du logiciel Tovek, un outil d’analyse et de visualisation avancée capable de traiter d’importants volumes de données financières. Grâce à ses fonctionnalités de cartographie relationnelle et de détection de connexions cachées, ce logiciel permet d’identifier des réseaux financiers complexes et de retracer des flux suspects souvent dissimulés dans des structures opaques.
Des démonstrations pratiques ont permis aux enquêteurs congolais d’expérimenter l’application de cette technologie sur des cas simulés inspirés de situations réelles, notamment dans les secteurs minier et financier.
Vers une meilleure coordination des institutions
Au-delà de la formation, le projet LuCOFFI prévoit plusieurs activités complémentaires entre février et avril 2026. Celles-ci incluent la finalisation et la validation des outils d’enquête, la supervision d’enquêtes pilotes, l’organisation de voyages d’étude dans des juridictions partenaires ainsi que la tenue d’un atelier consacré aux leçons apprises.
L’objectif est d’améliorer la coordination entre les différentes institutions impliquées dans la lutte contre les flux financiers illicites et de consolider les mécanismes de coopération nationale et internationale.
Un pas vers la sortie de la surveillance internationale
La phase actuelle du projet marque une étape décisive dans la consolidation des réformes engagées par la RDC. La création d’un pool national de formateurs, l’introduction d’outils technologiques avancés et l’amélioration des mécanismes d’enquête devraient contribuer à renforcer l’efficacité du système judiciaire face aux crimes financiers.
La soumission du rapport final du projet, prévue en avril 2026, dressera le bilan des avancées et proposera une feuille de route pour la poursuite des réformes. À terme, ces efforts pourraient permettre à la RDC de satisfaire aux exigences du GAFI et de sortir progressivement de la liste des pays sous surveillance renforcée.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
