Analyses et points de vue
Quand le discours populiste s’invite dans le débat judiciaire : Une réponse du gouvernement qui interroge
Lors de la rentrée judiciaire, le procureur général près la Cour de cassation a dénoncé avec véhémence ce qu’il a qualifié de « discours populiste qui nous vilipende », en s’adressant directement au président Félix Tshisekedi. Cette déclaration a mis en lumière une tension palpable entre les institutions judiciaires et le gouvernement, révélant les fractures d’un paysage politique déjà fragilisé.
Le terme « populiste » est souvent utilisé pour désigner des discours qui semblent s’adresser directement à la « voix du peuple », mais qui peuvent aussi servir d’arme politique pour discréditer l’adversaire. Dans le contexte congolais, où les luttes de pouvoir sont omniprésentes, cette étiquette devient un couteau à double tranchant.
Le procureur général, en critiquant ce discours, semble vouloir défendre l’intégrité des institutions judiciaires tout en avertissant contre les dérives d’un populisme débridé. Vingt-quatre heures plus tard, la réponse du ministre de la Justice a été tout aussi tranchante. Il a interrogé la légitimité des critiques en affirmant : « Tous ceux qui dénoncent le discours populiste ne précisent pas quelle loi le ministre a violée. Ce sont plutôt eux qui doivent respecter la loi. »
Cette déclaration soulève des questions cruciales sur la séparation des pouvoirs et le rôle de la justice dans une démocratie. D’une part, le ministre rappelle que les accusations doivent être fondées sur des bases juridiques solides, et non sur des impressions ou des ressentiments politiques. D’autre part, cette défense soulève la problématique de l’autoritarisme, où le pouvoir en place peut facilement étiqueter ses opposants comme des populistes, et ainsi les marginaliser sans véritable justification.
Le populisme, bien qu’il soit souvent vilipendé par l’establishment, trouve un écho chez de nombreux citoyens désillusionnés par les promesses non tenues et la corruption endémique. Les critiques du discours populiste ne peuvent donc être balayées d’un revers de main sans considérer le contexte socio-économique qui pousse une partie de la population à rechercher des voix alternatives.
Le débat qui s’ouvre ici n’est pas seulement une question de loyauté politique, mais une réflexion plus large sur la santé de la démocratie en République Démocratique du Congo. La capacité des institutions à s’adapter aux nouvelles réalités politiques, à reconnaître les voix dissidentes et à éviter de tomber dans le piège de la répression est essentielle pour garantir un avenir démocratique.
Le discours populiste, qu’on le défende ou qu’on le fustige, est symptomatique d’un malaise plus profond. Les véritables enjeux résident dans la manière dont les autorités et la société civile peuvent travailler ensemble pour restaurer la confiance, garantir le respect des droits et des lois, et favoriser un dialogue constructif qui dépasse les clivages politiques. C’est là, peut-être, la véritable mission d’une justice indépendante et d’un gouvernement responsable.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
RDC : Quid de la réinsertion familiale et la protection des enfants ? (Par Zagor Mukoko Sanda)
Le profil social de Kinshasa est caractérisé par la pauvreté, les inégalités, les disparités dans les conditions de vie entre les différentes couches de la population. Dans la Ville de Kinshasa, on compte plusieurs catégories de groupes vulnérables : enfants et femmes en situation difficile, personnes du troisième Age, personnes vivant avec le VIH, personnes avec handicap, déplacés, malades mentaux, les personnes victimes de sinistres et calamités naturelles.
Les activités dans ce secteur sont assurées par le Ministère des Affaires sociales, en partenariat avec les Organisations non gouvernementales avec l’appui des organisations humanitaires internationales. Ces activités visent principalement l’assistance sociale, la récupération, la réinsertion socio-professionnelle.
En optant pour l’accompagnement des acteurs sociaux dans le travail social , le CEPEF s’est orienté principalement dans l’analyse des phénomènes sociaux et des pratiques professionnelles ,la vulgarisation des normes et standards de prise en charge des enfants en situation difficile et les activités de renforcement des capacités des acteurs sociaux dans le domaine de réinsertion et la protection des droits des enfants et leurs familles dont certaines ont élues domicile dans la rue.
CEPEF, structure de réflexion pour des pratiques innovantes

Il faut noter que le CEPEF est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs, les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.
Le CEPEF a pour ambition de faire le point sur les savoirs et des pratiques professionnelles du travail social au profit de ses bénéficiaires. Il se focalise sur les rôles et les fonctions des travailleurs sociaux dans les structures publiques et dans celles du mouvement associatif congolais. Le CEPEF s’appuie sur les réalisations professionnelles dans une perspective actualisée qui permet d’entrevoir ce qui est effectivement reconduit aujourd’hui et ce qu’il faut impérativement faire advenir demain pour une coresponsabilité dans la protection de l’enfant dans la société.
Le Processus de Réinsertion
Un des objectifs du CEPEF est, d’une part, de renforcer les compétences de l’acteur social à mieux accompagner l’enfant en rupture familiale à s’intégrer réellement dans la société et rétablir la relation entre cet enfant et dans sa famille grâce au processus de réinsertion « IDMRS » à travers la scolarisation, l’intégration des enfants dans les différents mouvements de jeunesse.
A propos de l’aspect « rétablir la relation entre l’enfant et la famille « , il importe de faire remarquer qu’il renvoie au départ de la relation entre l’enfant et l’éducateur social ou l’assistant social. Le premier contact avec l’enfant, selon les acteurs sociaux, est très déterminant car il peut favoriser la réussite du processus en cas d’acceptation mutuelle. Pour parvenir l’acteur social utilise ses techniques professionnelles de base marquées par sa disponibilité à savoir : l’observation, l’entretien et l’écoute. Grace à l’identification de l’enfant, le travailleur social prend connaissance de l’enfant puisque ce dernier est appelé à décliner son identité, celle de ses parents, ses ambitions et son problème.
Par les enquêtes sociales, l’acteur social prend connaissance de la famille biologique ou élargie, jauge la possibilité de réunification familiale, établit un contact direct avec la famille, cherche l’implication effective de la famille au projet de réinsertion à court ou long terme de l’enfant.
Le processus de réinsertion demande beaucoup des moyens humains, matériels et psychologiques. Chaque enfant est un cas qui demande des moyens selon la gravité de sa situation car chaque enfant à son histoire spécifique.
Suivi psychologique pour les violences
Les cas les plus difficiles pour l’aboutissement de la réinsertion sont dans l’accompagnement psychosocial des enfants victimes des violences psychologiques, verbales ou physiques. L’apport des psychologues cliniciens est très déterminant pour redonner la confiance en soi annulée. L e CEPEF s’appuie l’expertise de l’équipe des psychologues cliniciens sous la responsabilité de la Sœur Professeur Jacky BUKAKA PhD et de la CT Etiennette Mukwanga.
La formation continue ou le renforcement des capacités est très indiqué, gage d’un bon résultat dans la protection de l’enfant dans les centres d’hébergement du territoire.
Zagor Mukoko Sanda
