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Ne touchez pas au Stade Tata Raphaël ! Mémoire nationale en danger

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Alors que Kinshasa célèbre le cinquantenaire du mythique combat Ali–Foreman du 30 octobre 1974, une polémique enflamme les débats : le projet de rebaptiser le Stade Tata Raphaël en « Stade Ali-Foreman ».

L’annonce faite par Déo Kasongo, organisateur des festivités, lors d’une conférence de presse le 18 octobre 2025 à l’hôtel Hilton, visait à “immortaliser” les deux légendes de la boxe mondiale. « Seul le stade changera de nom, pas le complexe », a-t-il précisé, parlant d’un geste “symbolique”.

Mais pour de nombreuses voix congolaises, ce geste est tout sauf anodin : il représente une tentative d’effacement d’un pan fondamental de la mémoire nationale.

Un nom qui porte l’histoire du sport congolais

Bien avant le combat du siècle, le Stade Tata Raphaël symbolisait déjà la passion et la discipline sportive à Kinshasa.

Bâti par le missionnaire belge Raphaël de la Kethulle de Ryhove, surnommé « Tata Raphaël », le lieu fut pensé comme un espace d’éducation, d’unité et d’épanouissement pour la jeunesse congolaise.

« Changer le nom du stade Tata Raphaël est un déni de mémoire. Il incarne le don, l’éducation et la passion du sport au service de la jeunesse », souligne le politologue Christian Ndombo Moleka.

Didier Mbuy : “Personne n’a autant fait pour la jeunesse congolaise”

L’enseignant à l’Ifasic, Didier Mbuy dit « Didi Mitovelli« , s’insurge contre la débaptisation, qu’il juge irrespectueuse envers un véritable père fondateur du sport congolais. « En matière d’éducation de la jeunesse congolaise, personne, banda lelo ti Bonne Année, n’a fait mieux que le père Raphaël de Ryhove de la Kethulle ! », a-t-il souligné.

Il rappelle que Tata Raphaël est le fondateur du Collège Saint-Joseph/Elikya, de Saint-Raphaël, initiateur du scoutisme congolais, créateur de V.Club et Daring Imana, et bâtisseur de plusieurs infrastructures sportives telles que le Stade Roi Baudouin (Tata Raphaël), le Stade Reine Astrid (24 novembre) et la piscine du Parc Ermens (Funa).

« À sa mort, ses anciens élèves, notamment Sakombi Inongo, Elonga Malimazungu, Mabusa, etc., ont demandé sa naturalisation à titre posthume. Mobutu la lui accorda pour son immense générosité envers les indigènes. », rappelle-t-il.

“C’est falsifier l’histoire” : Serge Nkonde et Patrick Abeli montent au créneau

L’ancien ministre des Sports et député national Serge Chembo Nkonde a dénoncé une “tentative de falsification de l’histoire nationale”.

« Le Stade Tata Raphaël appartient à la mémoire congolaise. Ce lieu ne saurait être rebaptisé au gré des émotions ou des influences extérieures. »

Même son de cloche du côté du journaliste Patrick Félix Abeli : « Changer le nom du Stade Tata Raphaël, c’est falsifier l’histoire. On peut honorer Ali et Foreman sans effacer Raphaël de la Kethulle. »

Vidiye Tshimanga : “On ne débaptise pas pour faire plaisir”

Dans une tribune, le président des Aigles du Congo, Vidiye Tshimanga, met en garde contre une “désacralisation” du patrimoine national : « On ne prend pas une telle décision dans l’euphorie ou pour flatter un invité. Ali et Foreman font partie de notre histoire, mais l’impact de Tata Raphaël sur la jeunesse congolaise ne mérite pas une telle offense. »

« Faites une statue d’Ali et Foreman à l’entrée du stade, mais improviser un changement de nom pour un coup de pub, c’est une hérésie. », appuie ce manager sportif.

Honorer Ali et Foreman sans trahir Raphaël

Tous s’accordent sur un point : le combat Ali–Foreman a marqué à jamais la mémoire collective. Mais cet hommage mondial ne doit pas se faire au détriment d’un héros national.

Plusieurs voix, tant au pays qu’à l’étranger,  proposent une alternative :
– ériger une esplanade “Ali-Foreman”,
– créer un musée ou une salle commémorative,
– ou encore une statue symbolique à l’intérieur du complexe.

Ainsi, la gloire internationale du combat du siècle pourrait cohabiter avec la mémoire nationale du père fondateur du sport congolais.

La mémoire ne se débaptise pas

Le Stade Tata Raphaël n’est pas qu’un stade : c’est un monument de l’histoire congolaise, un lieu d’émotion, de mémoire et d’identité.

Le rebaptiser, c’est briser le lien entre générations, c’est rompre avec notre propre récit.

Cinquante ans après The Rumble in the Jungle, la reconnaissance ne passe pas par l’oubli. Elle passe par le respect. Ne touchez pas au nom de Tata Raphaël !

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET 

 

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Jean Angwalima : Le “Al Capone” kinois, entre mythe urbain et réalité troublante

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À Kinshasa, le nom « Angwalima » dépasse aujourd’hui la simple identité d’un homme. Il est devenu un mot du jargon populaire, synonyme de voleur rusé, méthodique et insaisissable.

Pourtant, comme le rappelle le chroniqueur Ngimbi Kalumvueziko, « Angwalima n’est pas qu’un mythe urbain : c’est d’abord un homme bien réel qui a marqué Léopoldville au lendemain de l’indépendance ».

Jean Angwalima s’impose ainsi comme l’un des personnages les plus fascinants – et controversés – de l’histoire criminelle congolaise.

Léopoldville, théâtre de ses exploits

Dans les années 1960, alors que la ville de Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) se transforme après l’indépendance, Angwalima multiplie les cambriolages spectaculaires.

Il cible particulièrement les quartiers huppés (Kalina, Limete, Mont Stanley ou encore Ma Campagne ) où réside une nouvelle bourgeoisie congolaise ayant succédé aux colons européens.

Selon Ngimbi Kalumvueziko, « ses opérations, d’une précision presque chirurgicale, nourrissaient autant la peur des riches que l’admiration silencieuse des petites gens ».

Dans les rues, les récits de ses coups audacieux circulent, amplifiés par l’imaginaire collectif.

Une légende aux accents mystiques

Très vite, Angwalima dépasse la simple figure du voleur pour entrer dans la légende.

On lui prête des pouvoirs surnaturels : invisibilité, capacité d’hypnotiser ses victimes, ou encore maîtrise mystérieuse des serrures les plus complexes.

Ngimbi Kalumvueziko note à ce sujet que « la ville fabrique elle-même son héros nocturne, entre fascination et exagération ».

Ses arrestations répétées, suivies d’évasions spectaculaires de la prison de Makala, renforcent encore son image d’homme insaisissable.

L’audace ultime : un cambriolage présidentiel ?

La rumeur la plus persistante reste celle d’un cambriolage de la résidence du président Joseph Kasa-Vubu.

Bien que jamais confirmée, cette histoire contribue à bâtir son aura quasi mythique.
Comme l’écrit Ngimbi Kalumvueziko, « qu’elle soit vraie ou non, cette rumeur suffit à consacrer Angwalima comme un défi vivant à l’autorité de l’État ».

Du banditisme à la chute

Avec le temps, Angwalima quitte le cambriolage pour rejoindre une bande de criminels armés opérant en périphérie de la capitale.

Mais cette escalade marque un tournant tragique. Après le meurtre d’une fermière dans la région de Kasangulu, il est arrêté avec ses complices.

Le chef de bande, Ngabidila, est condamné à mort et exécuté publiquement. Angwalima, lui, échappe de justesse à la peine capitale.

Selon Ngimbi Kalumvueziko, « des interventions discrètes, notamment d’officiers originaires de l’Équateur, auraient pesé dans la commutation de sa peine ».

Prison, oubli… puis rédemption inattendue

Condamné à la prison à vie, Angwalima est transféré à Luzumu, dans le Kongo Central.
Libéré dans les années 1970, il disparaît progressivement des radars après s’être installé à Bana, dans un ancien village de “paysannat”.

Le plus surprenant reste sa dernière métamorphose : son retour à Kinshasa dans les années 1990… comme prédicateur.

Ngimbi Kalumvueziko conclut avec une pointe d’ironie : « le destin d’Angwalima rappelle que les trajectoires humaines échappent souvent à toute logique ».

Une renommée jusqu’aux États-Unis

L’écho de ses exploits dépasse les frontières du Congo. Le prestigieux The New York Times lui consacre un article en 1963, le comparant à Al Capone.
Une consécration internationale pour celui que Kinshasa n’a jamais cessé de raconter.
Entre mythe et mémoire collective
Aujourd’hui encore, Angwalima reste une figure ambiguë : criminel pour les uns, héros populaire pour les autres.

Mais comme le souligne Ngimbi Kalumvueziko, « ce n’est pas seulement l’homme qui survit, mais l’histoire que la ville a choisi de raconter à travers lui ».
Une légende urbaine née dans les ruelles de Léopoldville, et gravée à jamais dans la mémoire kinois.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET

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