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« Miner sans détruire » : Me Lucien Bahimba plaide pour une gouvernance minière responsable et respectueuse des droits humains ( Interview exclusive )

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Consultant en ressources naturelles, avocat et expert en droits humains, Me Bahimba revient sur les défis de l’exploitation minière en RDC, entre transparence, durabilité et justice sociale. 

CONGOPROFOND.NET : Maître Bahimba, pouvez-vous retracer brièvement votre parcours professionnel jusqu’à aujourd’hui ?

Me Lucien Bahimba : J’ai terminé mes études en droit économique et social à l’Université de Lubumbashi (promotion 2006-2007). Très vite, j’ai intégré plusieurs ONG locales œuvrant pour la défense des droits humains, avant de prêter serment comme avocat en 2010.

Dès 2009, je me suis intéressé à la recherche dans le secteur minier. Je suis co-auteur de plusieurs études, notamment sur la problématique de l’exploitation et de la commercialisation de l’or dans la région des Grands Lacs et sur l’évaluation de l’impact des droits humains dans le cas de Twangiza Mining en RDC.

Par la suite, j’ai orienté ma carrière vers la gouvernance minière, avec un accent sur le respect des normes ESG (Environnement, Social et Gouvernance), la diligence raisonnable et la traçabilité dans le secteur artisanal, notamment sur les 3TG, le cobalt et le cuivre. J’ai également acquis une solide expérience dans l’évaluation des chaînes d’approvisionnement responsable et dans la conduite d’audits de conformité.

En tant que consultant en ressources naturelles et droits humains, comment définissez-vous l’intersection entre exploitation minière et droits fondamentaux ?

L’exploitation minière est intimement liée aux droits fondamentaux, et cette relation est souvent conflictuelle dans les pays en développement. Deux exemples concrets :

– Le droit à un environnement sain : L’activité minière entraîne souvent la pollution de l’air, de l’eau et des sols, ce qui met en danger la santé des communautés locales.

– Le droit à la terre et au logement : De nombreux projets miniers impliquent des déplacements forcés de populations, avec expropriations et perte de terres agricoles.

Dans le secteur artisanal, les violations sont fréquentes : conditions de travail dangereuses, salaires dérisoires, absence de protection sociale, travail des enfants ou encore travail forcé. Cela enfreint les normes de l’OIT, le Code du travail et les textes nationaux.

Le Dodd-Frank Act, notamment sa section 1502, impose aux entreprises américaines de divulguer l’usage de minerais de conflit. Quelle est son efficacité réelle sur le terrain congolais ?


Le Dodd-Frank Act a été un signal fort en faveur d’une gouvernance responsable du secteur minier. Il a permis une prise de conscience, une meilleure sensibilisation sur la traçabilité et la transparence. Toutefois, son efficacité reste limitée tant que des défis structurels persistent, notamment en matière de sécurité et de contrôle des frontières dans la région des Grands Lacs.

Les communautés de Kolwezi ou de Walikale perçoivent-elles concrètement les effets de cette régulation ?

À Kolwezi, où les 3TG sont peu présents, l’impact est limité. En revanche, à l’Est (Nord/Sud-Kivu, Maniema, Ituri…), les communautés perçoivent certains effets : meilleure organisation des sites miniers, implication accrue des autorités locales.
Mais en matière de conditions de vie ou de revenus, les progrès restent très lents. Il reste des obstacles majeurs : taxation excessive, faible rémunération, et manque de régulation du prix des minerais au niveau local.

Le lien entre minerais stratégiques et biodiversité reste peu discuté. Quel est-il selon vous ?

Ce lien est direct. L’exploitation minière provoque des déboisements massifs, des excavations destructrices, et utilise des produits chimiques polluants. Résultat : destruction de la biodiversité terrestre et aquatique, disparition d’espèces, perte d’habitats naturels.

Quelles zones critiques de biodiversité sont aujourd’hui menacées en RDC ?

Les principales zones menacées sont les Parcs nationaux, les forêts communautaires et les forêts primaires, qui subissent une pression croissante due aux activités minières légales ou illégales.

Faut-il renforcer les critères environnementaux dans les permis miniers ? Vos recommandations ?

Absolument. Il est urgent d’intégrer des critères plus stricts, notamment :

– Tolérance zéro dans les zones protégées ;

– Fiscalité dissuasive pour les pollueurs ;

– Audits environnementaux indépendants et transparents ;

– Limitation ou interdiction de certains produits chimiques ;

– Sanctions sévères contre les contrevenants.

Quelle est votre évaluation du cadre légal congolais en matière minière et droits humains ?

Le cadre légal est relativement complet. Cependant, il souffre de mauvaises pratiques de gouvernance, de corruption, d’impunité, et d’ingérence d’acteurs inéligibles. Le dysfonctionnement de la justice permet des abus et la loi du plus fort continue à dominer le secteur.

Les communautés locales tirent-elles réellement profit de l’exploitation minière ?

Très peu. La redistribution des richesses issues des mines reste marginale. Les projets dits communautaires sont souvent déconnectés des besoins réels ou réalisés sans efficacité. On assiste encore à un pillage déguisé, au détriment du développement local.

Un mot de la fin ?

Merci pour cette opportunité de m’exprimer sur un sujet aussi essentiel pour notre pays. L’exploitation minière doit devenir un véritable levier de développement durable, au service de tous.

Propos recueillis par Tchèques Bukasa

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Esclavage des enfants : A Kananga, l’urgence d’agir face au phénomène « Bayanda »

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Au cours d’une ronde effectuée par CONGOPROFOND.NET, dans la ville de Kananga, un constat alarmant s’impose : de nombreux enfants et adolescents sont livrés à eux-mêmes dans les rues. Certains, encore en âge scolaire, sont contraints de travailler comme transporteurs à vélo, communément appelés « bayanda », pour subvenir à leurs besoins quotidiens.

Ces jeunes, qui devraient être assis sur les bancs de l’école, arpentent plutôt les artères de la ville, exposés à toutes les formes de vulnérabilité. Une situation qui illustre crûment une réalité persistante, bien loin des discours officiels.

Une Journée mondiale au goût amer

Le 16 avril, à l’occasion de la Journée mondiale contre l’esclavage des enfants, cette réalité a pris une résonance particulière. À Kananga, cette journée n’a pas été une simple commémoration, mais un révélateur d’un phénomène profondément enraciné.

Des acteurs de la société civile ont saisi cette occasion pour interpeller l’opinion publique et les autorités, appelant à une prise de conscience urgente face à ce qu’ils considèrent comme une forme moderne d’exploitation des enfants.

La société civile hausse le ton

Parmi les voix les plus engagées, celle de la structure La Voix des Jeunes du Grand Kasaï (VJKA-ASBL), dirigée par sa coordonnatrice Merveille Tshibola, dénonce une situation préoccupante. Selon elle, abandonner un enfant à la rue revient à compromettre l’avenir même de la République démocratique du Congo.

Elle souligne qu’au Kasaï-Central, de nombreux enfants sont arrachés à leur environnement naturel (la famille, l’école et les espaces de socialisation ) pour être plongés dans des activités pénibles, notamment dans les marchés, les carrières ou sur les routes.

Des pratiques assimilées à une forme d’esclavage

Pour plusieurs observateurs, cette situation tend à se banaliser, au point d’être tolérée dans certaines couches sociales. Pourtant, les conséquences sont lourdes : exposition aux dangers, mendicité forcée et travaux pénibles deviennent le quotidien de ces mineurs.

La présidente provinciale du Cadre de concertation de la jeune fille rappelle que le foyer doit rester un espace de protection. De son côté, Vincent Kayembe Tshiamumanya, coordonnateur provincial de la Commission nationale des droits de l’homme, condamne fermement ces pratiques, qu’il juge inacceptables.

Un appel pressant à l’action

Au-delà du constat, la société civile lance un appel clair : la lutte contre l’esclavage des enfants ne peut se limiter à des discours. Elle exige des actions concrètes, des politiques publiques adaptées et une responsabilisation accrue des parents.

À Kananga, derrière chaque enfant exploité se dessine une crise silencieuse : celle d’une génération privée de ses droits fondamentaux. Face à cette réalité, les acteurs locaux ne demandent plus ( ils exigent ) des mesures urgentes pour protéger l’enfance et restaurer sa dignité.

Mike Tyson Mukendi / Congoprofond.net

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