Interview
MeYaBe 2026 : Nina Barciaz raconte comment « Mamie Wata » l’a choisie et a fait le buzz à Kinshasa
À l’occasion de la 15ᵉ édition du Festival international de danse MeYaBe 2026, la chorégraphe suisse Nina Barciaz a marqué les esprits avec sa performance autour de Mamie Wata, figure mythique qui continue de fasciner le public kinois.
Lors d’une interview accordée à CONGOPROFOND.NET, en marge du festival, l’artiste est revenue sur l’origine de cette performance devenue, au fil du temps, une véritable identité artistique.

CONGOPROFOND : Pourquoi avoir choisi Mamie Wata ?
Nina Barciaz : « Je vais vous expliquer, et vous comprendrez si c’est moi qui ai choisi Mamie Wata ou si c’est Mamie Wata qui m’a choisie. »
Tout a commencé lors d’un premier projet en République démocratique du Congo, proposé par une autre artiste suisse. À l’époque, elle devait interpréter une sirène imaginée par cette dernière, baptisée “Suisse Star”, dans une performance prévue au milieu des déchets à Kinshasa, précisément au niveau du Pont Bralima, sur la route de Lutendele.
Le concept était saisissant : faire apparaître une sirène au milieu des poubelles de Kinshasa.
Pour une artiste venant de Suisse, pays qu’elle décrit comme propre et très structuré, le contraste était immense.
Elle reconnaît que jouer dans un tel décor n’a pas été facile, notamment à cause des risques et du décalage entre l’univers européen et la réalité urbaine kinoise.
Mais ce qui l’a le plus marquée, c’est la réaction du public.
Quand Kinshasa a cru à l’apparition de Mamie Wata
Contrairement à ce qu’elle connaissait en Europe, où une performance reste généralement confinée à la scène, à Kinshasa, le personnage a littéralement dépassé le cadre artistique.
Le public s’est approprié la performance.
Les habitants se demandaient :
« Est-ce la vraie Mamie Wata ? »
« Est-ce une poupée ? »
« Est-ce une apparition ? »
Le spectacle a rapidement créé le buzz dans la ville.
« Les gens n’ont pas seulement vu une performance, ils m’ont donné une identité », explique-t-elle.
Depuis ce jour, le nom de Mamie Wata lui est resté associé, au point de devenir une part importante de son univers artistique.
Elle confie qu’après une séparation professionnelle avec l’artiste à l’origine du premier projet, elle a décidé de s’approprier cette création et de la faire évoluer à sa manière.
CONGOPROFOND : Avez-vous des projets pour l’évolution de cette performance Mamie Wata ?
Nina Barciaz :
« Oui, il y a des projets. »
Elle annonce déjà plusieurs représentations prévues en 2026, notamment à Marseille ainsi qu’en Suisse au mois de novembre.
Son ambition est de proposer des formats d’environ 30 minutes, tout en innovant à chaque nouvelle mise en scène.
CONGOPROFOND : Quelle est votre lecture des spectacles des jeunes Kinois pendant cette 15ᵉ édition ?
Interrogée sur le niveau des prestations observées pendant le festival, la chorégraphe suisse n’a pas caché son admiration pour la jeunesse congolaise.
Elle salue particulièrement l’énergie, la force et surtout la manière dont la danse transmet un message.
Ce qui a le plus retenu son attention, dit-elle, c’est la dimension narrative des spectacles.
Avant de danser, plusieurs artistes racontent une histoire, un conte ou délivrent un message.
Cette approche l’a particulièrement touchée.
Elle dit aussi avoir été profondément marquée par la richesse du côté folklorique africain, qu’elle estime en voie de disparition dans plusieurs pays européens.
Pour elle, la jeunesse congolaise a encore cette capacité rare de préserver ses valeurs culturelles et de les mettre en scène.
En guise de conclusion, l’artiste a lancé avec le sourire :
« Je suis devenue à moitié Congolaise. »
Amoureuse de la culture locale, elle confie apprécier particulièrement le fufu, les fumbwa et la chèvre.
Entre la Suisse et Kinshasa, Nina Barciaz semble désormais porter une double identité, artistique et affective.
Propos recueillis par Dorcas Mwavita
À la Une
DIGI’TALK Douala 2026 : « L’Afrique doit passer de consommatrice à créatrice du digital », affirme Estelle Essame ( Interview exclusive )
Fondatrice du magazine INNOV’TECH AFRICA et initiatrice de DIGI’TALK, plateforme stratégique dédiée aux acteurs du numérique, Estelle Essame œuvre à structurer et valoriser les écosystèmes technologiques africains. À la croisée des médias, du digital et du développement, elle porte une ambition claire : positionner l’Afrique comme un acteur crédible sur la scène technologique mondiale.
Dans cette interview exclusive accordée à CONGOPROFOND.NET, elle décrypte les enjeux de la transformation digitale et les ambitions de DIGI’TALK.

CONGOPROFOND.NET : On parle de plus en plus de transformation digitale dans le contexte africain. Selon vous, pourquoi ce sujet est-il devenu incontournable pour les entreprises ?
Estelle Essame : Parce que le monde n’attend plus. Aujourd’hui, une entreprise qui n’intègre pas le digital ne perd pas seulement en performance, elle perd en pertinence.
Mais au-delà de la compétitivité, il y a un enjeu encore plus profond en Afrique : le digital est un accélérateur de développement. Il permet de contourner certaines limites structurelles et d’ouvrir des marchés autrefois inaccessibles.
La vraie question n’est plus : “faut-il y aller ?”, mais “à quelle vitesse et avec quelle stratégie ?”.
CONGOPROFOND.NET : Quelle est la vision derrière l’organisation de DIGI’TALK ?
Estelle Essame : DIGI’TALK est né d’un besoin simple : créer des conversations utiles. Pas des panels passifs, mais des espaces d’échanges réels, où les participants se challengent et se connectent.
Ma vision est claire : transformer les discussions en opportunités, et les rencontres en collaborations concrètes.
CONGOPROFOND.NET : Pourquoi avoir choisi Douala comme ville hôte ?

Estelle Essame : Douala est un hub économique majeur en Afrique centrale. C’est une ville dynamique, portée par une forte culture entrepreneuriale et une concentration d’acteurs économiques clés.
Positionner DIGI’TALK à Douala, c’est s’ancrer au cœur de l’activité économique réelle.
CONGOPROFOND.NET : À qui s’adresse principalement cet événement ?
Estelle Essame : DIGI’TALK s’adresse à ceux qui font : entrepreneurs, décideurs, startups, professionnels du digital, investisseurs, mais aussi jeunes talents.
Ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les profils, mais les dynamiques. Créer des ponts entre ces mondes, c’est là que se crée la vraie valeur.
CONGOPROFOND.NET : Quelles thématiques majeures seront abordées lors de cette édition ?

Estelle Essame : Nous avons choisi des thématiques à la fois tendances et stratégiques : la transformation digitale des entreprises, l’intelligence artificielle et les opportunités business dans le numérique.
Mais surtout, nous allons parler concret : cas réels, retours d’expérience et opportunités immédiates.
CONGOPROFOND.NET : Qu’est-ce qui distingue DIGI’TALK des autres rencontres sur le digital ?
Estelle Essame : Son positionnement hybride et orienté résultats. Ce n’est ni un événement institutionnel classique, ni une simple conférence.
C’est un format immersif, conçu pour favoriser des échanges directs, qualitatifs et stratégiques, avec un objectif clair : déboucher sur des collaborations concrètes.
CONGOPROFOND.NET : Quel impact concret attendez-vous pour les participants et les entreprises ?

Estelle Essame : DIGI’TALK doit générer des connexions stratégiques, faciliter l’accès à des opportunités business et accélérer la compréhension des enjeux digitaux.
Pour les entreprises, c’est un levier de veille et de développement. Pour les participants, un accès à des réseaux qualifiés et à des insights de haut niveau.
Notre objectif est clair : créer de la valeur tangible.
CONGOPROFOND.NET : Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui hésitent encore à amorcer leur transformation digitale ?
Estelle Essame : Le principal risque aujourd’hui, c’est l’inaction.
La transformation digitale doit être progressive, structurée et alignée sur les objectifs business. Il ne s’agit pas de tout transformer, mais de prioriser les leviers à fort impact.
Il est aussi essentiel de s’entourer des bonnes expertises et d’adopter une culture d’adaptation continue.
CONGOPROFOND.NET : Quelles tendances digitales marqueront les prochaines années en Afrique ?

Estelle Essame : L’intelligence artificielle va accélérer beaucoup de choses. En parallèle, la cybersécurité deviendra critique.
Je crois également à la montée des solutions africaines, pensées pour nos réalités. Nous allons passer progressivement d’un modèle d’adoption à un modèle de création.
CONGOPROFOND.NET : Comment les jeunes et les startups peuvent-ils tirer parti de cette dynamique ?
Estelle Essame : Les opportunités sont considérables. Ils doivent se positionner rapidement, développer des compétences solides et miser sur la collaboration.
Des plateformes comme DIGI’TALK leur permettent de gagner en visibilité, de rencontrer des partenaires et d’accélérer leur croissance.
CONGOPROFOND.NET : Pourquoi faut-il absolument participer à DIGI’TALK Douala 2026 ?
Estelle Essame : Parce que DIGI’TALK est un catalyseur d’opportunités.
C’est un espace où se rencontrent les acteurs qui façonnent l’avenir du digital en Afrique centrale. En une seule expérience, les participants accèdent à un réseau qualifié, à des insights stratégiques et à des opportunités concrètes.
C’est un rendez-vous à forte valeur ajoutée.
CONGOPROFOND.NET : Un dernier message aux acteurs du numérique et aux décideurs africains ?
Estelle Essame : Nous sommes à un tournant décisif. L’Afrique ne peut plus se contenter d’être un marché de consommation technologique.
Elle doit s’affirmer comme un acteur de création, d’innovation et de production de solutions adaptées à ses réalités.
Cela exige une mobilisation collective : institutions, secteur privé, talents et entrepreneurs.
C’est à ce prix que nous construirons une Afrique qui ne subit pas la transformation digitale, mais qui la façonne.
Propos recueillis par Tchèques Bukasa / CONGOPROFOND.NET
