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Interview

Interview exclusive : Hugo Zala veut faire de la paix et de la souveraineté minière une priorité nationale

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(1) Vous affirmez vouloir placer la paix au cœur du débat public. Comment mettre fin aux économies parallèles qui tirent profit de l’insécurité dans l’Est de la RDC ?

Hugo Zala : On ne peut pas éteindre un incendie sans couper le carburant qui l’alimente. La crise en RDC est une combinaison des trois facteurs à savoir l’économie, la politique et la sécurité. Et tous ces facteurs s’alimentent entre eux, ce qui fait que la résolution devient complexe voire impossible si la situation doit être regardée d’un seul angle en ignorant les autres. C’est une guerre de prédation économique, donc il faut démanteler ces économies parallèles par une approche d’intelligence économique d’État. C’est une guerre politique, les différents acteurs instrumentalisent les erreurs de gouvernance et profite de la faiblesse de l’administration publique pour se radicaliser dans leurs revendications. C’est comme ça que nous avons vu des personnes loin de la zone de crise être directement indexées. On se rappellera bien de la phrase de l’ancien Président de l’assemblée nationale s’adressant aux députés ; « Quittez les groupes armés ». Après c’est aussi une guerre sécuritaire, car la difficulté pour l’Etat à sécuriser l’ensemble de la population, plusieurs groupes socio-ethniques ont mis en place des groupes d’autodéfense, et qui dit groupe d’autodéfense, dit exactement ; « groupes armés ». La paix n’est pas simplement qu’un cessez-le-feu, mais plutôt l’assurance d’une stabilité de long terme tant pour la RDC que pour toute la région.

(2) De nombreux rapports évoquent la contrebande des minerais stratégiques vers les pays voisins. Quels mécanismes concrets proposez-vous pour stopper ce phénomène ?

Hugo Zala : Les rapports s’empilent, mais la contrebande continue car nos voisins ont bâti leur modèle de croissance sur le pillage de nos ressources. Ma proposition est concrète : il faut inverser le rapport de force par la souveraineté industrielle. Tant que nous exporterons de la terre brute, le contrôle sera impossible. Nous devons imposer des centres de traitement et de raffinage locaux obligatoires pour le coltan, l’étain, le tungstène et l’or. Si un minerai brut tente de traverser la frontière sans son empreinte chimique certifiée à Kinshasa ou Goma, il doit être saisi et ses convoyeurs lourdement sanctionnés. Bloquons la fuite à la source en valorisant le minerai sur notre sol. L’Etat congolais serait prêt à bâtir un partenariat stratégique avec le Rwanda pour la mise en place d’une chaine de production qui permettra aux deux pays de tirer profit du corridor central qui est l’un des principaux axes de désenclavement et d’approvisionnement pour l’Est de la République Démocratique du Congo. Reliant le port de Dar es Salam (Tanzanie) aux pays de l’hinterland (Rwanda, Burundi, Ouganda) et à la RDC. Mais apparemment le Rwanda fait preuve d’une attitude qui finira par pousser le peuple congolais à exiger de ses institutions d’envisager définitivement de solution avec d’autres état que le Rwanda. D’ailleurs, les choses vues sous cet angle, les accords de paix signés à Washington entre la RDC et le Rwanda sont plus une opportunité pour le Rwanda, et il n’est pas encore trop tard. Le Président Kagame doit le comprendre.

(3) Les groupes armés survivent souvent grâce à l’exploitation illégale des ressources naturelles. Comment couper durablement leurs sources de financement ?

Hugo Zala : Un seigneur de guerre sans argent est un seigneur de guerre sans soldats. Les groupes armés et leurs parrains politiques ou étrangers vivent de l’or de défection et du coltan de sang. Pour couper ce cordon ombilical, il faut une militarisation intelligente des sites miniers stratégiques à travers un corps spécialisé et intègre, distinct de l’armée régulière de première ligne. Parallèlement, il faut asphyxier les réseaux logistiques : interdire le transport de minerais non enregistrés dans les zones de conflit. Si vous contrôlez la logistique et les routes d’évacuation, vous contrôlerez également des groupes armés qui par cette occasion deviendront vulnérables. Mais votre question rappelle aussi ce que nous avons toujours préconisé à savoir « l’Isolement de la zone de conflit ». Rappelons que ce ne sont pas tous les acteurs qui regardent le seigneur de guerre comme des simplescriminels. Pour certains, ce sont des fournisseurs des matièrespremières. Donc c’est justement à ce niveau que les motivations économiques et les considérations sécuritaires se renforcent mutuellement et compliquent les efforts de résolution, car leurs clients peuvent voler stratégiquement à leur recours. C’est un peu en filigrane ce que la République Démocratique du Congo reproche au Rwanda.

(4) Les frontières de l’Est sont régulièrement citées comme des points de passage de la contrebande. Quelles réformes préconisez-vous pour mieux les sécuriser ?

Hugo Zala : Nos frontières sont des passoires parce qu’elles manquent cruellement de technologie et de personnel motivé. Et sur cet aspect des choses le Gouvernement a la plus grande part des responsabilités. Il y a lieu de préconiser une triple réforme : d’abord, la numérisation complète et biométrique des postes douaniers pour supprimer le contact physique de l’argent entre le douanier et le trafiquant. Ensuite, l’usage de drones de surveillance thermique pour cartographier les pistes clandestines à travers la forêt et le lac Kivu. Enfin, une rotation systématique et trimestrielle des agents de la DGDA, de la DGM et de l’OCC affectés à l’Est pour éviter qu’ils ne développent des complicités locales durables avec les réseaux de fraude. Mais a coté de ces mesures, le renforcement tant des capacités que de la prise en charge du personnel de carrière publique affecté à cette mission ou d’ailleurs à toute autre mission de l’administration publique reste le socle. Et sur cette question, le gouvernement a suffisamment montré ses limites.

(5) La corruption au sein de certains services publics est souvent pointée du doigt. Comment lutte contre les complicités internes qui facilitent les trafics ?

Hugo Zala : C’est le cœur de notre drame. L’ennemi n’est pas seulement à l’extérieur, il est assis dans nos bureaux climatisés à Goma, Bukavu, et mieux, à Kinshasa. Pour briser ces complicités, la redevabilité doit être immédiate. Il faut lever l’immunité administrative des responsables des services de sécurité et des mines dès qu’un soupçon sérieux de complicité est établi. Mais la répression seule ne suffit pas : un agent public mal payé est une cible facile pour les corrupteurs. Il faut indexer les primes de performance de nos agents frontaliers sur la valeur des saisies de contrebande qu’ils effectuent.

(6) Peut-on espérer mettre fin à la contrebande sans une coopération sincère avec les pays voisins ?

Hugo Zala : Soyons lucides et pragmatiques : la « coopération sincère » avec certains de nos voisins, notamment le Rwanda, est un mythe diplomatique auquel plus personne ne croit. Leur modèle économique dépend de notre instabilité. Nous ne devons pas attendre leur bonne volonté. La fin de la contrebande viendra d’un rapport de force économique et diplomatique que la RDC imposera. Si nous sécurisons nos frontières par nous-mêmes et si nous punissons sévèrement les multinationales qui achètent des minerais blanchis chez nos voisins, ce sont ces pays qui viendront supplier pour coopérer. La sincérité ne se négocie pas, elle s’impose par la puissance de notre gouvernance interne.

(7) Quel regard portez-vous sur les mécanismes régionaux existants de certification et de traçabilité des minerais ?

Hugo Zala : Ces mécanismes, comme l’Initiative de la Région des Grands Lacs (CIRGL), sont aujourd’hui devenus des outils de blanchiment légal pour la contrebande. C’est de l’hypocrisie internationale. Comment un pays qui ne possède aucune réserve significative d’or ou de coltan peut-il devenir un exportateur mondial majeur certifié ? C’est absurde. Ces mécanismes ont échoué parce qu’ils ont été pensés à l’extérieur. La RDC doit imposer son propre système national de traçabilité numérique, adossé à la technologie Blockchain, infalsifiable, et exiger que les marchés internationaux n’acceptent que le label congolais original. Le parti politique que je dirige est entrain de réfléchir sur la mise en place d’un principe de stabilité environnante. C’est-à-dire, la communauté internationale doit accepter que l’exploitation, la production ou la commercialisation des matières premières soit interdite dans une zone d’au moins 500km de diamètre en prenant comme centre un point de la zone de conflit, lorsque les minerais commercialisés sont présents dans la zone de conflit. Ceci créera l’obligation pour les états concernés de rapidement régler les conflits parce que l’intérêt est mutuellement lié tant dans le positif que dans le négatif.

Le cas d’espèce, si on prend Masisi comme centre d’une zone de 500km de diamètre pour y interdire le commerce mondial des minerais présents dans la zone de conflit, on aura une zonequi en RDC couvre les villes de Bukavu, Uvira, Butembo, Beni, Lubutu et Baraka, et dans les pays limitrophes cette zone couvrirai l’intégralité du Rwanda (y compris sa capitale Kigali), la quasi-totalité du Burundi (y compris Bujumbura et Gitega), ainsi que le sud-ouest de l’Ouganda et les rives occidentales du Lac Victoria en Tanzanie.

Du coup vous aurez la RDC, Rwanda, Burundi, Tanzanie et Ouganda qui seront concerné dans le conflit du Kivu. Et pas seulement ces pays entant qu’Etats, mais aussi tous les investissements présents dans la zone seront handicapés. Résultat, tout le monde contribuera à la stabilité de la zone, que les actes de déstabilisation viennent du M23, FDLR, ADF ou tout autre groupe.

(8) Comment offrir des alternatives économiques aux populations qui dépendent parfois, directement ou indirectement, des circuits informels liés à l’exploitation minière ?

Hugo Zala : Nos compatriotes de l’Est ne sont pas des criminels, ce sont des survivants. Si un jeune choisit de creuser la terre pour un dollar par jour sous la coupe d’un groupe armé, c’est parce que l’État ne lui offre rien d’autre. L’alternative, c’est l’agriculture et l’entrepreneuriat local. L’Est de la RDC est un scandale agricole qui s’ignore. Il faut créer des zones économiques spéciales agricoles, financer des coopératives de jeunes et formaliser l’artisanat minier en transformant les « creuseurs » en actionnaires de petites coopératives légales et protégées par l’État. Remplaçons l’économie de survie par une économie de dignité.

(9) Pensez-vous que la guerre à l’Est est devenue un véritable modèle économique pour certains réseaux nationaux et étrangers ?

Hugo Zala : Absolument, et c’est pour cela que la guerre dure depuis trois décennies. La paix est devenue le pire ennemi du business de certains généraux et politiciens véreux, de pays agresseurs et de multinationales occidentales ou asiatiques. Pour ces réseaux, la détresse du peuple congolais est une ligne de profit dans un bilan comptable. C’est un capitalisme de guerre. Tant que le coût de la guerre sera inférieur aux bénéfices du pillage, la guerre continuera. Notre rôle est de rendre la guerre économiquement invivable et juridiquement suicidaire pour ces réseaux.

(10) Si vous étiez aux responsabilités aujourd’hui, quelle serait la première décision que vous prendriez pour démanteler les filières de contrebande liées aux minerais stratégiques ?

Hugo Zala : Tout acteur soucieux de résoudre cette crise et instaurer une stabilité de long terme doit savoir que l’enjeu dépasse les simples intérêts de la RDC, tout en acceptant que ce sont nos populations qui en soufrent le plus, mais l’enjeu ne concerne pas exclusivement la RDC. C’est ainsi qu’il faut ramener l’application de l’accord cadre d’Addis-Abeba signé en 2012 dans l’agenda des politiques de stabilité de la région des grands lacs. Cet instrument propose la meilleure base pour construire une architecture de stabilité de long terme dans la région des grands lacs, profitables pour la sécurité de nos populations, et pour préserver l’intégrité de notre territoire comme de tout autre état de la région.

 

Propos recueillis par Tchèques Bukasa

Interview

MeYaBe 2026 : Nina Barciaz raconte comment « Mamie Wata » l’a choisie et a fait le buzz à Kinshasa

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À l’occasion de la 15ᵉ édition du Festival international de danse MeYaBe 2026, la chorégraphe suisse Nina Barciaz a marqué les esprits avec sa performance autour de Mamie Wata, figure mythique qui continue de fasciner le public kinois.

Lors d’une interview accordée à CONGOPROFOND.NET, en marge du festival, l’artiste est revenue sur l’origine de cette performance devenue, au fil du temps, une véritable identité artistique.

CONGOPROFOND : Pourquoi avoir choisi Mamie Wata ?

Nina Barciaz : « Je vais vous expliquer, et vous comprendrez si c’est moi qui ai choisi Mamie Wata ou si c’est Mamie Wata qui m’a choisie. »

Tout a commencé lors d’un premier projet en République démocratique du Congo, proposé par une autre artiste suisse. À l’époque, elle devait interpréter une sirène imaginée par cette dernière, baptisée “Suisse Star”, dans une performance prévue au milieu des déchets à Kinshasa, précisément au niveau du Pont Bralima, sur la route de Lutendele.

Le concept était saisissant : faire apparaître une sirène au milieu des poubelles de Kinshasa.

Pour une artiste venant de Suisse, pays qu’elle décrit comme propre et très structuré, le contraste était immense.

Elle reconnaît que jouer dans un tel décor n’a pas été facile, notamment à cause des risques et du décalage entre l’univers européen et la réalité urbaine kinoise.

Mais ce qui l’a le plus marquée, c’est la réaction du public.

Quand Kinshasa a cru à l’apparition de Mamie Wata

Contrairement à ce qu’elle connaissait en Europe, où une performance reste généralement confinée à la scène, à Kinshasa, le personnage a littéralement dépassé le cadre artistique.

Le public s’est approprié la performance.

Les habitants se demandaient :

« Est-ce la vraie Mamie Wata ? »
« Est-ce une poupée ? »
« Est-ce une apparition ? »

Le spectacle a rapidement créé le buzz dans la ville.

« Les gens n’ont pas seulement vu une performance, ils m’ont donné une identité », explique-t-elle.

Depuis ce jour, le nom de Mamie Wata lui est resté associé, au point de devenir une part importante de son univers artistique.

Elle confie qu’après une séparation professionnelle avec l’artiste à l’origine du premier projet, elle a décidé de s’approprier cette création et de la faire évoluer à sa manière.

CONGOPROFOND : Avez-vous des projets pour l’évolution de cette performance Mamie Wata ?

Nina Barciaz :
« Oui, il y a des projets. »

Elle annonce déjà plusieurs représentations prévues en 2026, notamment à Marseille ainsi qu’en Suisse au mois de novembre.

Son ambition est de proposer des formats d’environ 30 minutes, tout en innovant à chaque nouvelle mise en scène.

CONGOPROFOND : Quelle est votre lecture des spectacles des jeunes Kinois pendant cette 15ᵉ édition ?

Interrogée sur le niveau des prestations observées pendant le festival, la chorégraphe suisse n’a pas caché son admiration pour la jeunesse congolaise.

Elle salue particulièrement l’énergie, la force et surtout la manière dont la danse transmet un message.

Ce qui a le plus retenu son attention, dit-elle, c’est la dimension narrative des spectacles.

Avant de danser, plusieurs artistes racontent une histoire, un conte ou délivrent un message.

Cette approche l’a particulièrement touchée.

Elle dit aussi avoir été profondément marquée par la richesse du côté folklorique africain, qu’elle estime en voie de disparition dans plusieurs pays européens.

Pour elle, la jeunesse congolaise a encore cette capacité rare de préserver ses valeurs culturelles et de les mettre en scène.

En guise de conclusion, l’artiste a lancé avec le sourire :

« Je suis devenue à moitié Congolaise. »

Amoureuse de la culture locale, elle confie apprécier particulièrement le fufu, les fumbwa et la chèvre.

Entre la Suisse et Kinshasa, Nina Barciaz semble désormais porter une double identité, artistique et affective.

Propos recueillis par Dorcas Mwavita

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