Connect with us

À la Une

Lutte contre les violences sexuelles : Mettre fin aux mariages précoces pour un avenir meilleur des filles en RDC

Published

on

Le phénomène de « mariage précoce et/ou forcé » continue de faire des victimes dans le monde et en RDC, en particulier. Dans nos milieux ruraux, zones en conflits et même dans les grandes villes, cette pratique est courante malgré les lois du pays qui interdisent le mariage des enfants. Des filles dont l’âge varie entre 14 et 16 ans sont données en mariage sans leur consentement pour diverses raisons. Dans les zones de conflits, c’est pire. Des rebelles obligent les parents de donner leurs filles adolescentes en mariage moyennant une somme d’argent ou quelques présents mais avec des menaces. C’est le cas de Maria (nom d’emprunt) dans le village de Kishishe, dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu.

Maria est une fille de 14 ans qui vivait avec ses parents, ses deux grands-frères et une petite sœur. Elle était en classe de 7ème dans son école. «C’était la deuxième semaine de reprise des cours après les vacances de Noël et de Nouvel An. Je revenais de l’école lorsque j’ai croisé sur mon chemin un groupe d’hommes, ils étaient effrayants. L’un d’entre eux m’a appelé et m’a demandé où j’habitais parce qu’il voudrait rencontrer mon père. Sans savoir pourquoi, je les ai conduits jusqu’à la maison », raconte Maria. Ce n’est que lorsque le père a haussé le ton que la petite fille a compris que ces visiteurs n’avaient pas des bonnes intentions. « Ils étaient entrain de demander ma main à mon père. Ignorant ce qu’ils étaient, mon père les a chassés de notre cour en criant, “Laissez ma fille tranquille ! Ce n’est qu’un enfant !” », répète Maria. Ils ont proposé au père une importante somme d’argent, mais il était catégorique. Ces hommes ont finalement décidé de partir parce que les cris de mon père commençaient à attirer l’attention des curieux. Le jour suivant, le chef du groupe a envoyé ses hommes venir menacer son père de mort s’il n’acceptait pas leur offre. « C’est en ce moment que mon père a su que c’était les éléments FDLR ( Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda)… mais il est resté sur sa décision. C’était NON. Il voulait que je poursuive mes études pour un meilleur avenir », explique-t-elle en retenant les larmes.

Après quelques jours d’insistance, le chef de la troupe rebelle a finalement décidé d’envoyer ses hommes enlever la petite et ils sont partis avec elle. Ils l’ont prise sur le chemin de l’école car ils l’attendaient à la sortie de l’école, sans défense et ils ont amené Maria avec eux. La petite fille est restée trois mois dans le camp des rebelles.

Une toute nouvelle vie loin de sa famille

« Les trois premiers jours, j’étais comme une fille militaire. Mon rôle était de cuisiner pour eux et de faire des tâches ménagères… Je ne savais pas ce qui allait venir après…», raconte Maria toujours avec des larmes dans la voix. L’homme avait commencé à la prendre pour femme, les relations sexuelles étaient devenues régulières et c’était le début de son calvaire car elle souffrait à chaque acte. « Je pensais que j’allais m’y habituer mais rien… », regrette-t-elle.

Laissant tout derrière pour sauver sa fille

«La-bas, les jours ressemblaient aux mois et les mois aux années… je suis tombée malade au bout de trois mois », se souvient-elle. Ne sachant que faire de la maladie de Maria, l’homme l’a renvoyé au village pour les soins dans un centre de santé. A son arrivée au village, la nouvelle est parvenue aux parents de Maria qui ont décidé de rendre visite à leur fille. Sur place, ils ont appris que Maria attendait un bébé. Le père a décidé de lui faire avorter et toute la famille s’est enfuie du village pour éviter la colère des rebelles. D’un village à l’autre, la famille a réussi à s’éloigner de leur bourreau. Arrivée dans la ville de Goma, la fille avait repris le chemin de l’école après avoir été prise en charge par des psychologues mais elle avait perdu cette année scolaire. Aujourd’hui, grâce à l’un de ses oncles maternels, elle a voyagé pour Kinshasa où elle poursuit ses études et elle est en 6ème biologie chimie.

Morte en donnant la vie

Une autre histoire est celle de Rachel, une fille de 15 ans dont les parents l’ont obligée à se marier avec un garçon de 17 ans quand ils ont appris que celui-ci l’avait défloré. La famille du jeune garçon avait accepté cette condition et ils ont payé la dot. La fille a aménagé chez le garçon. Rachel n’allait plus à l’école depuis deux ans faute de moyen…

Au bout de quelques temps, elle est tombée enceinte. Le premier trimestre n’était pas facile pour elle, mais elle a tenu bon. Arrivé à l’accouchement, Rachel avait des complications liées à son âge. Elle est décédée en donnant naissance à une petite fille qui n’a pas non plus survécu.

Rachel est morte parce que son corps était encore en développement, et cette grossesse était précoce.

Mariage forcé dans les zones de conflits armés, servitude sexuelle

Au premier congrès de la Chaire Internationale, le Dr Denis Mukwege dans son intervention en ligne intitulée ; «Le mariage forcé comme servitude sexuelle dans les situations de conflit», le mariage forcé, imposé aux femmes et filles dans des zones en proie à un conflit armé, engendre différentes formes de violence sexuelle ou de servitude.

Dans ce document, il est écrit « Les témoignages des survivantes et la jurisprudence internationale révèlent le mariage forcé comme une violence contre les femmes, de nature à la fois physique (séquestration, violences physiques, avant et pendant le mariage, viol, mutilation sexuelle, etc.) et psychologique. En outre, les analyses empiriques des pratiques de mariage forcé en temps de conflit permettent son assimilation à une forme de traite des êtres humains. C’est ainsi par exemple que la jurisprudence du Tribunal spécial pour la Sierra Leone a permis l’association entre le mariage forcé d’une part et les pratiques de viol, de violence sexuelle, ou de réduction en esclavage d’autre part, des phénomènes largement observés lors du conflit en Sierra Leone qui a eu cours pendant les années 1990. Des filles et des femmes sont ainsi susceptibles d’être enlevées, violées et contraintes d’épouser un belligérant ou rebelle, se retrouvant in fine soumises à une servitude domestique et contraintes de fournir des services sexuels pour leur « mari ».

D’après Me Onema, membre de l’ONG « Génération femmes capables », le mariage des mineures bloque leurs perspectives d’avenir. « La loi de 2009 sur la protection de l’enfant et celle de juillet 2016 sur le code de la famille sont très claires à ce propos », mentionne-t-elle.

Pour Régine, le mariage forcé prive les filles du droit de choisir avec qui et quand ils ou elles souhaitent se marier. C’est une décision qu’elles devraient prendre une fois adulte car elles doivent être prises librement, sans peur ni contrainte. «La lutte contre les mariages précoces est un travail de longue à laine. Il y a des nombreux accords qui condamnent le mariage d’enfants, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, c’est la vulgarisation et la mise en pratique qui ne suivent pas», mentionne Me Onema.

Protection judiciaire aux mariages précoces

D’après Me Liévin Gibungula, coordonnateur du collectif des avocats de la Lizadeel, ce sont nos cultures, certaines pratiques et traditions, l’ignorance de la loi et la pauvreté qui sont à la base des mariages précoces.

Face à ce phénomène il y a des textes qui protègent les enfants au mariage précoce en RDC. La loi du premier août telle que modifié par la loi du 15 juillet 2016 dans ses articles 352 et 357 qui stipulent que « l’homme et la femme avant 18 ans révolus ne peuvent pas contacter le mariage. Mais aussi l’enfant même émancipé ne peut contracter le mariage », explique-t-il.

Dans la suite des ses explications, Me Liévin renforce avec la loi du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant dans ses articles 48 et 49. A l’article 48, il est dit que ; «les fiançailles et le mariage d’enfants sont interdits» et à l’article 49 lui stipule que «les pratiques, traditions et coutumes qui portent atteinte au développement, à la santé, voire à la vie de l’enfant sont interdites », renchérit-il.

Pour ce défenseur des droits des enfants, la meilleure protection des droits des filles face aux mariages précoces est prévue dans les articles 336 du code de la famille 154 alinéa 2 du code pénal congolais livre ll.

L’économie de ces 2 articles prévoit une peine de 1 à 12 ans des servitudes pénales à toute personne qui force un enfant ou une fille au mariage qui n’est pas de son choix.

Un mariage précoce pour une vie limitée

Me Gibungula mentionne que les filles mariées précocement courent plusieurs risques dont l’impossibilité d’étudier normalement donc elles ne pourront pas obtenir le diplôme D6 qui s’obtient normalement entre 17 et 19 ans ; elles ne peuvent que faire des travaux de champ ; elles ne peuvent devenir professeur, député, ministre, etc.

Le mariage précoce étant une pratique qui sacrifie l’avenir de fille, la Lizadeel s’est engagée à mener cette lutte dans les zones des conflits depuis 4 ans déjà. « Nous sommes en train de sensibiliser et de réinsérer les enfants victimes de mariages forcés et précoces grâce à l’appui de différents partenaires», révèle Me Liévin Gibungula.

Pétronelle Lusamba/JDH

À la Une

Procès “des Enfants chillers” : Marie-Ange Mushobekwa réclame 3,4 millions de dollars !

Published

on

Et si le mobile n’était pas seulement la justice ? La plaidoirie de la partie civile, ce jeudi 30 Avril 2026 aura duré une heure. Elle aura aussi produit un chiffre qui a fait réagir l’assistance jusqu’aux bancs de la presse : 3.400.000 dollars américains. Un million de dollars par enfant et 200.000 dollars pour chaque mère soit 7.898.200.000 CDF (taux de 2 323 CDF) c’est-à-dire sept milliards huit cent quatre-vingt-dix-huit millions deux cent mille francs congolais.

Un montant colossal, présenté comme la juste réparation de “douleurs et souffrances aiguës intentionnellement infligées”, selon les mots du conseil de Madame Marie-Ange Mushobekwa parlant au nom de toutes les parties civiles. Mais au-delà de l’effet d’annonce, ce quantum interroge. Et ouvre une brèche que les prochaines audiences ne pourront ignorer. Car le décalage est troublant. D’un côté, un récit d’horreur : torture, détention illégale, séquestration, cages à chiens.

De l’autre, un dossier médical qui, de l’aveu même du médecin traitant Docteur Yenga Mbuta Dosh Junior, ne révèle aucun traumatisme interne, aucune fracture, aucune lésion grave. Les vidéos projetées montrent des enfants certes éprouvés, mais que l’on voit debout, capables de se mouvoir, sans trace visible de saignement (alors même que la plaignante Marie-Ange Mushobekwa affirmait que ses fils saignaient). L’écart entre la gravité alléguée et les constatations objectives interroge nécessairement la proportionnalité de la demande indemnitaire.

Quatre mois de procès, et ce constat implacable : personne n’a pu désigner Philemon Mambabwa comme le véritable architecte des violences, rien ne documente un ordre explicite sorti de sa bouche, et son récit, livré avec constance depuis le premier jour, demeure à ce jour sans contradiction. Dès lors, une question s’invite dans les couloirs du prétoire : ce procès était-il mû par la seule quête de justice, ou ce chiffre de 3,4 millions de dollars soit 7.898.200.000 Francs Congolais, trahit-il un objectif plus lucratif ?

Les parties civiles ont le droit de solliciter réparation. Mais lorsque la somme réclamée semble décorrélée de la matérialité des faits établie à l’audience, c’est la crédibilité même de la démarche qui est en jeu. La défense, qui se dit prête à plaider, ne manquera certainement pas de le relever.

TEDDY MFITU

Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Continue Reading