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Analyses et points de vue

L’ipséité courtelinesque : cet ancrage indélébile que la nature écrit en nous

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Dans un monde toujours plus numérisé et artificiel, retrouver le dialogue intime avec la nature n’est pas une fuite, mais un retour à notre matrice identitaire”.

Nous évoluons dans une époque de sur-stimulation, d’identités multiples et souvent imposées, où le “moi” peut sembler éparpillé, fragmenté par les sollicitations externes. Et pourtant, il existe en chacun de nous une forme d’ipséité courtelinesque – une permanence du soi, ironique et lucide, à la manière de l’écrivain Georges Courteline, observateur acéré et tendre de la nature humaine.

Cette ipséité n’est pas une forteresse refermée sur elle-même. Elle se nourrit et se ressource continuellement dans, par et grâce à la nature, qui n’est pas un simple décor, mais l’expression permanente de la Providence. La nature comme providence : non pas comme une réserve à piller, mais comme une source ininterrompue de leçons, d’équilibre et de révélation de soi.

L’arbre qui ploie sans rompre, la rivière qui contourne l’obstacle, les saisons qui s’enchaînent sans précipitation – tout cela nous parle, nous modèle et nous apaise. C’est dans ce dialogue silencieux et perpétuel que notre identité la plus authentique se fortifie et se renouvelle. Loin du bruit, la nature nous ramène à l’essentiel : un sentiment d’appartenance à un tout, à un rythme premier, à une vérité qui précède les mots.

Aujourd’hui, réapprendre à écouter la nature, c’est peut-être l’acte le plus subversif et le plus salutaire qui soit. C’est y puiser non seulement un réconfort, mais une grille de lecture de nous-mêmes. Notre “ipséité courtelinesque” intérieur – cet esprit qui sait rire de ses travers tout en restant profondément humain – y trouve un miroir et un terreau.

Alors, si vous vous sentez éloigné de vous-même, peut-être faut-il simplement reprendre le chemin des forêts, des rives, des montagnes. La Providence, à travers le vent, l’eau et la terre, nous murmure depuis toujours qui nous sommes. Il n’est que temps de lui prêter à nouveau l’oreille.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Analyses et points de vue

La matrophagie : l’instinct cannibale ou la maternité dévorée

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La matrophagie n’est pas un mythe oublié, ni une simple figure échouée sur les rives de la psychanalyse. Elle est le geste inaugural, trop souvent tu, de notre rapport à l’origine. Manger la mère, c’est d’abord tenter d’absorber ce qui nous a précédés pour ne plus lui être redevable : un monde sans dette, sans filiation, sans cet importun rappel que nous venons toujours d’ailleurs que de nous-mêmes.

Dans cette ingestion symbolique, l’enfant devenu adulte croit s’émanciper en digérant celle dont le corps fut le premier territoire. Mais le prix de cette autarcie est l’oubli de la vulnérabilité constitutive — celle qui nous lie aux autres par ce que nous avons reçu avant même de savoir vouloir. La matrophagie n’est donc pas un acte, mais un silence : celui d’une culture qui célèbre l’autonomie tout en ensevelissant les mères sous le poids de ce qu’elles ont donné sans jamais pouvoir être remboursées.

Car la matrophagie n’a pas besoin de crocs ni de feux de bois : elle s’exerce froidement, dans les interstices du quotidien. Elle se niche dans l’injonction faite aux mères de s’effacer dès lors que leur utilité a servi — après le sevrage, après les nuits blanches, après que leur corps a été morcelé par les attentes sociales. On loue leur abnégation tout en la leur reprochant dès qu’elle devient trop visible. On les somme de donner sans compter.

Puis on les accuse d’étouffer lorsqu’elles osent encore vouloir exister pour elles-mêmes. La matrophagie, c’est cette double contrainte qui transforme la mère en ressource, puis en gêne : source de vie réduite à l’état de vestige, une fois son capital de sollicitude épuisé. Elle révèle ainsi la contradiction brute d’une société qui sacralise la maternité comme fonction mais abandonne la mère comme personne. Ce que la matrophagie déchire, c’est le lien même qui pourrait fonder une politique de la vulnérabilité partagée.

En faisant de la mère le lieu du don sans retour, on installe au cœur du monde une dette impossible à honorer, et que l’on préfère donc effacer en effaçant celle qui l’incarne. Mais refuser la matrophagie, ce n’est pas simplement rendre hommage aux mères : c’est refuser la logique sacrificielle qui exige que le commencement soit dévoré pour que le continuateur puisse se croire autosuffisant.

C’est soutenir qu’aucun commencement ne doit être ni mangé ni oublié, mais porté comme ce qui nous empêche à jamais de nous prendre pour des dieux. La mère digérée hante les cultures qui l’ont avalée ; la mère reconnue, en revanche, pourrait devenir le premier maillon d’une chaîne où donner et recevoir ne s’opposent plus, où l’on cesse enfin de croire qu’il faut tuer ce qui nous a faits pour devenir quelqu’un.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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