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Les femmes en politique : un long chemin avant d’atteindre la parité…
En RDC, la constitution consacre la parité homme-femme comme mode de participation dans la gestion de la chose publique. Depuis plusieurs années, des organisations féminines plaident pour le respect d’une représentativité des femmes à 50% dans les institutions publiques. Des progrès ont été enregistrés. Mais beaucoup reste encore à faire.
Dans le nouveau gouvernement national rendu public en avril 2021, le taux de représentation des femmes est de 27%. Ce qui constitue une grande avancée dans le plaidoyer pour la représentativité des femmes dans les instances de prise de décision.
« C’est une première en RDC. Il y a une femme vice- premier ministre, une femme à la tête de la Banque centrale du Congo”, reconnaît Marie Josée Ifoku, candidate président de la République en 2018.
« Mais, malgré ces avancées, nous ne pouvons pas baisser les bras. Nous devons continuer à lutter pour faire bouger les lignes de manière à ce que les femmes puissent jouer un grand rôle dans la sphère politique », reconnaît-elle.
Sensibiliser davantage les femmes
En République démocratique du Congo, malgré l’adoption de la loi sur la parité, le nombre de femmes à des postes de prise de décision reste moins élevé. Pourtant, la constitution parle d’une représentativité égalitaire à 50% hommes et femmes dans toutes les institutions publiques.
Selon le cadre permanent de la femme congolaise (CAFCO) “aux dernières élections de décembre 2018, 485 femmes avaient été retenues pour la députation nationale à Kinshasa et une seule femme sur 21 candidats à la présidentielle. Le pourcentage des femmes élues au parlement ne représente que 10,3% actuellement”, souligne un rapport de l’organisation.
Cela part notamment de différentes pesanteurs notamment le manque de moyens financiers, la concurrence déloyale d’autres candidats hommes et femmes. Mais aussi des femmes qui ne soutiennent pas les leurs qui postulent.
Marie José Ifoku, unique femme candidate président de la République aux élections de 2018 en RDC, a vécu ces obstacles et en témoigne.
« Les femmes doivent comprendre que ce n’est qu’à travers la solidarité et l’unité que nous pouvons arriver à améliorer le taux de notre participation dans la gestion de la chose publique en RDC, mais si nous évoluons séparées, nous serons toujours fragilisées. Nous devons soutenir les actions de nos sœurs qui s’engagent en politique et les accompagner. Si moi, j’avais été soutenue par les femmes, je serais peut-être élue présidente de la République. Je demande aux femmes d’être solidaires et unies malgré nos tendances politiques différentes», nous a-t-elle confiée.
Les défis à relever en politique
Si l’unique candidate à la présidentielle estime que le manque de solidarité est un obstacle à la participation politique des femmes qui les empêche de gagner ensemble, d’autres mentionnent plusieurs obstacles. C’est le cas d’Élisabeth (nom d’emprunt), la quarantaine révolue, mère de 4 enfants, candidate députée nationale aux élections de 2011. Elle garde un souvenir amer et pense effectivement que le chemin à parcourir est encore long pour atteindre la parité aussi longtemps que les mentalités ne vont pas évoluer. Elle félicite tout de même le président de la République car selon elle, les nominations des femmes à différents postes qu’il a faites ont redonné du baume au cœur.
«J’ai décidé de faire de la politique pour servir la population après avoir découvert la misère des gens que j’ai approchés », relève-t-elle.
« Je m’étais dit qu’en intégrant les cercles du pouvoir, notamment le parlement où on légifère, je pourrais tant soit peu influer positivement pour améliorer leurs conditions de vie. Malheureusement ça n’a pas marché, je n’ai pas été élue », regrette-t-elle.
« La première difficulté a commencé au sein du parti. Pour se retrouver sur les listes des candidats du parti c’était une vraie bataille. Généralement les partis politiques ont tendance à aligner les hommes. Ils mettent en priorité les hommes parce que les pesanteurs socioculturelles dans notre pays font que les femmes soient défavorisées », se confie-t-elle.
« Il y a par exemple l’organisation des rencontres et des réunions aux heures tardives où il est difficile pour une femme de quitter sa maison. Ceci est une façon de nous exclure car ceux qui fixent les heures et les lieux qui souvent sont difficiles d’accès à la femme, savent que vous ne viendrez pas à cause de nombreuses responsabilités entant que mère au foyer », explique-t-elle.
« Or, c’est au cours de ces réunions que les grandes décisions se prennent. Ainsi, souvent la voix de la femme ne porte pas!», s’est exclamée Elisabeth, ancienne membre du Mouvement social pour la république (MSR).
Réagissant à cette problématique, le député national Juvénal Munubo estime que la parité reste un idéal. « Si on peut faire des progrès c’est déjà quelque chose. Le problème c’est au niveau de l’engagement collectif à faire le progrès. J’ai toujours conseillé de sensibiliser les leaders des partis politiques parce que c’est eux qui sont appelés à aligner les femmes candidates. Que les femmes elles-mêmes soient sensibilisées pour qu’elles expriment leurs ambitions et s’épanouissent. Les hommes en général doivent être aussi sensibilisés par ce qu’il y en a qui ne veulent pas que leurs femmes puissent nourrir des ambitions politiques. C’est de cette façon qu’on peut arriver à faire des progrès en ce qui concerne la parité », explique-t-il.
Il poursuit en affirmant que, la femme joue un rôle important dans son parti politique « l’Union pour la Nation Congolaise ».
« Il y a des femmes au sein de l’UNC qui non seulement ont été candidates (non élues) mais qui occupent des postes de responsabilité au sein du parti. C’est vrai que nous devons faire davantage. Au sein du gouvernement par exemple, nous avons des femmes ministres dans le quota de l’UNC. Il y a des efforts à fournir pour accompagner les nombreuses autres qui ont le profil et qui aimeraient briguer des postes de responsabilité», révèle-t-il.
Lors de son discours d’investiture le 25 janvier 2019, le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, avait salué la participation importante des femmes comme candidates aux différents scrutins de décembre 2018.
«Nous les encourageons à s’engager davantage lors des prochaines échéances afin de promouvoir la parité homme- femme prônée par l’article 14 de notre constitution », s’était exprimé le président de la République. Il avait pris l’engagement de veiller à garantir à chaque citoyen le respect de l’exercice de ses droits fondamentaux en luttant contre toutes les formes de discrimination.
C’est ainsi que, après la nomination de Jean-Michel Sama Lukonde comme premier ministre, il y a eu deux mois d’attente pour que ce dernier affiche l’équipe de son gouvernement. Le premier ministre avait déclaré dans les médias que cette attente était due au fait que les femmes avaient été éliminées des listes envoyées par les leaders des partis politiques.
Ce que dit la loi
L’article 14 de la constitution stipule que “les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits. La femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales. L’État garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans lesdites institutions, martèle l’article.
Pour Juvénal Munubo, député national et juriste de formation, « la non représentativité des femmes dans les instances de prise de décision est une violation des droits des femmes. Cela s’explique, dans la mesure où la constitution elle-même reconnaît l’égalité des chances. On ne peut donc pas avoir de discrimination liée au sexe pour l’accès aux emplois. D’ailleurs ceci est clairement mentionné dans la constitution dans le chapitre consacré aux droits et libertés », fait savoir Juvénal.
Les actions des Organisation de la Société Civile qui militent pour les droits des femmes
Annie Bambe, Présidente du Forum pour les Droits des Jeunes et Enfants au Congo (FODJEC) et Coordinatrice de la Coalition Beijing 25+ RDC, évoque plusieurs actions que son organisation mène pour soutenir et accompagner les femmes qui s’engagent en politique.
« Nous faisons des plaidoyers auprès des décideurs (publics et privés) en faveur de la femme en conformité avec l’article 14 de la Constitution. Il y a le renforcement des capacités en leadership, entrepreneuriat et instruments juridiques ainsi que différents mécanismes de promotion des droits de la femme envers les leaders sociaux, les femmes des partis politiques et des associations. Nous faisons de la sensibilisation de masse à travers les médias, les campagnes et les conférences », explique-t-elle.
Selon cette militante des droits des femmes, il est évident que ces dernières veulent s’engager en politique, en dépit de différents obstacles qui se dressent sur leur chemin.
« La femme d’aujourd’hui est une femme avisée, une femme complète qui a son cursus appréciable et qui s’améliore chaque jour qui passe. Notre combat continuera jusqu’à ce que la femme occupe la moitié des postes de responsabilités et à tous les niveaux come le dit la constitution en ce qui concerne la participation homme-femme dans les institutions du pays », souligne-t-elle.
« Les leaders que nous sommes, nous devrions avoir un cadre où nous pourrions discuter pour continuer à mener des actions et faire pression aux responsables politiques afin que la femme puisse trouver véritablement sa place dans la gestion de la république », recommande Marie José Ifoku.
Elle lance aussi un message aux hommes car pour elle, il est impossible pour eux de faire la politique sans la présence féminine.
« Les femmes sont les plus nombreuses et les mieux placées pour connaître les problèmes du citoyen, des enfants, de la jeunesse etc. C’est la femme qui vit au quotidien avec tout ce monde là. Que les hommes comprennent qu’on ne saura pas évoluer ni se développer tant que la femme n’aura pas sa place dans la gestion de la chose publique. Nous ne cherchons pas nécessairement à arriver à l’égalité parfaite, mais nous voulons la complémentarité qui permettra de démontrer que la femme est aussi compétente que l’homme », conclut-t-elle.
Rappelons que le RD Congo a connu des femmes politiques qui ont occupé de hautes fonctions politiques partant de Sophie Kanza; ministre des Affaires sociales à l’époque du Zaïre, en passant par Philomène Omatuku, présidente de l’Assemblée nationale; Marie-Ange Lukiana ministre du Genre; Louise Munga ministre du Portefeuille et j’en passe. Malheureusement elles ne représentaient pas plus de 7% des femmes au gouvernement à l’époque.
Aujourd’hui, nous en sommes à 27% après plusieurs mandats mais la route est encore longue pour atteindre le 50%. Et pour cela, les femmes doivent continuer à se battre et acquérir des compétences pour rivaliser avec leurs partenaires hommes.
Cet article a été produit en collaboration avec Journalistes pour les droits humains, JDH/JHR avec l’appui d’Affaires mondiales Canada.
Elda Along/congoprofond.net
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RDC/Filière cupro-cobaltifère : GATT-RN salue la levée partielle de la suspension et plaide pour une application définitive et équitable
Le Groupe d’Appui à la Traçabilité et à la Transparence dans la gestion des Ressources Naturelles (GATT-RN) a réagi favorablement au communiqué du Ministère des Mines annonçant la suspension, suivie d’une levée partielle, des activités des entités de traitement de la filière cupro-cobaltifère dans la province du Lualaba.
Une étape jugée cruciale pour l’assainissement du secteur
Dans une déclaration rendue publique ce mardi 6 janvier 2025, le réseau estime que cette mesure constitue « une étape importante dans le processus d’assainissement du secteur minier artisanal ». GATT-RN souligne toutefois la nécessité de prendre en compte les réalités économiques et sociales des milliers d’artisanaux et de familles dont la survie dépend directement de cette activité.
Pour une levée définitive fondée sur la conformité
Membre actif de la société civile congolaise, GATT-RN recommande que la levée temporaire de la suspension soit effectivement appliquée sur le terrain et qu’elle débouche, après la mise en conformité exigée, sur une levée définitive pour les entités respectant les obligations légales, techniques et de traçabilité. Le réseau insiste sur l’importance d’une application « rigoureuse et équitable » afin d’éviter des perturbations économiques, des tensions sociales et la précarisation des communautés minières.
La dimension sociale au cœur des mesures d’accompagnement
Par ailleurs, GATT-RN invite le Ministère des Mines à veiller à ce que les mesures d’accompagnement intègrent pleinement la dimension sociale, notamment la protection des revenus des artisanaux, la stabilité des coopératives minières et le maintien d’un climat apaisé dans les zones d’exploitation.
Une disponibilité réaffirmée pour la collaboration
Tout en saluant la décision gouvernementale, le réseau réaffirme sa volonté de coopérer avec les autorités congolaises et l’ensemble des parties prenantes. « Le GATT-RN réaffirme enfin sa disponibilité à collaborer étroitement avec le Ministère des Mines et l’ensemble des parties prenantes afin de promouvoir un secteur minier responsable, transparent, socialement juste et véritablement bénéfique pour la République démocratique du Congo », souligne la déclaration.
Trouver l’équilibre entre régulation et protection des communautés
Cette prise de position met en lumière l’enjeu majeur d’un équilibre durable entre la régulation du secteur minier et la protection des populations locales, dans un contexte où la filière cupro-cobaltifère demeure un moteur économique essentiel pour de nombreuses communautés congolaises.
Franck Kaky / CONGOPROFOND.NET
