Hydrocarbures
Le taux d’accès à l’électricité en RDC : entre 10 %, 19 % ou 21 %, Mwangaza dénonce la cacophonie des chiffres
Lors d’un point de presse tenu ce mardi 9 décembre à l’immeuble Sedec à Kinshasa, le Réseau Mwangaza a exprimé ses préoccupations croissantes face aux incohérences majeures observées dans les statistiques officielles du secteur de l’électricité en République démocratique du Congo. L’organisation estime qu’il est plus que temps d’harmoniser et de fiabiliser les données publiques, condition indispensable pour une planification énergétique crédible.
Cette prise de parole intervient après les déclarations du ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi, lors du Business Forum Makutano 2025. Le ministre y affirmait que le taux d’accès à l’électricité en RDC est passé de 9 % à 21,5 % en l’espace de cinq ans. Une annonce qui contraste fortement avec d’autres sources : le rapport annuel 2024 de l’ARE publié en mars 2025 situe l’accès à 10,3 %, la Banque mondiale évoque 22,1 % en 2023, tandis que le rapport 2024 de GOGLA mentionne 19 %. Pour Mwangaza, ces écarts témoignent d’un grave problème de cohérence statistique.
En dépit de ces chiffres discordants, le Réseau Mwangaza souligne un constat unanime : la RDC demeure parmi les pays d’Afrique subsaharienne où le taux d’accès à l’électricité est le plus faible. La faible production énergétique disponible profite surtout au secteur minier, alors que l’accès reste concentré dans les zones urbaines. En milieu rural, il n’atteint qu’environ 1 %, un déséquilibre qui pénalise durablement les populations et freine le développement local.
Le gouvernement a annoncé plusieurs initiatives censées améliorer cette situation, notamment le projet d’électrification de 78 000 villages par la construction de 100 centrales solaires ou hybrides, ainsi qu’une étude de faisabilité pour implanter une usine locale de fabrication de panneaux solaires. Toutefois, sans données fiables pour établir le taux réel d’accès, le Réseau Mwangaza craint qu’il ne soit impossible de mesurer l’impact de ces projets. Il alerte également sur l’absence de mécanismes de transparence et de redevabilité dans un secteur exposé à des risques élevés de corruption et de détournement.
Au terme de son point de presse, le Réseau Mwangaza recommande au ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité d’harmoniser et de publier les données sur l’accès à l’électricité, de désagréger ces taux par catégories d’usagers — ménages, entreprises minières, PME et autres entreprises — et de rendre publics les mécanismes garantissant transparence et redevabilité. Pour l’organisation, il s’agit d’un préalable essentiel pour que les initiatives annoncées cessent d’être de simples intentions et deviennent des avancées concrètes pour la population congolaise.
Désiré Rex Owamba
Hydrocarbures
Flambée du prix du carburant à Beni : Les transporteurs augmentent le coût des trajets
Une hausse brutale du prix du carburant est observée depuis plusieurs jours dans la ville de Beni, au Nord-Kivu. Le litre, qui se vendait encore autour de 3 200 francs congolais, est désormais écoulé entre 5 000 et 7 000 francs dans plusieurs stations-service et points de vente informels de la ville.
Face à cette situation, la division provinciale de l’économie du Nord-Kivu a mis en garde les opérateurs économiques du secteur pétrolier. Selon cette division, aucune raison objective ne justifie pour l’instant cette hausse du prix du carburant sur le marché local. Les autorités précisent en effet que les stocks disponibles dans les villes de Beni, Butembo et au poste frontalier de Kasindi restent suffisants pour alimenter normalement le marché.
Malgré ces avertissements, les prix restent élevés sur le terrain, provoquant déjà des répercussions dans plusieurs secteurs, notamment celui du transport. Les transporteurs, fortement dépendants du carburant pour leurs activités, disent subir de plein fouet cette augmentation et cherchent des solutions pour limiter les pertes.
Réunis pour analyser la situation, les membres de l’association des transporteurs de Beni ont décidé d’ajuster les tarifs des voyages longue distance. Selon Dieume Mutumwa, secrétaire de cette association, cette décision est une mesure d’adaptation face à la hausse du prix à la pompe.
« Nous venons de terminer une réunion, parce que l’objet de la réunion était d’analyser la situation dans notre secteur de transport, vu la hausse du prix du carburant à la pompe. Ça fait presque une semaine que nous achetions le litre à 3 200 francs congolais, mais aujourd’hui ça se vend entre 5 000 et 7 000 francs dans la ville et dans les milieux voisins de Beni », explique-t-il.
Face à cette flambée, les transporteurs ont décidé d’augmenter le prix de certains trajets afin de continuer à assurer leurs activités. « Nous avons jugé bon de voir comment nous adapter à cette situation. Nous avons trouvé nécessaire d’augmenter de 10 dollars tous les longs trajets. Par exemple, pour aller à Goma, il faudra désormais payer 60 dollars au lieu de 50 dollars comme avant », précise Dieume Mutumwa.
La même mesure s’applique également à d’autres destinations importantes de la région. « Pour aller à Bunia, où on payait 50 dollars, on sera aussi obligé de payer 60 dollars. Les 10 dollars supplémentaires doivent nous permettre d’acheter le carburant mais aussi de payer les taxes imposées par les services de l’État sur les routes », ajoute-t-il.
Le secrétaire de l’association souligne également que les transporteurs font face à d’autres difficultés qui aggravent la situation. « Comme vous le savez, nous sommes aussi victimes de plusieurs tracasseries sur plusieurs axes routiers, surtout sur la route Beni-Bunia et Beni-Kisangani », déplore-t-il.
Cette hausse du carburant risque ainsi d’avoir un effet en chaîne sur le coût de la vie dans la région, notamment sur les prix du transport et des marchandises, dans un contexte sécuritaire déjà fragile dans l’est de la République démocratique du Congo.
Franck Kaky/CONGO PROFOND.NET
