À la Une
Le silence coupable de l’État de droit : 2 mois d’enlèvement pour Me Médard Palankoy !
Depuis le 14 mars 2025, l’avocat Médard Palankoy est détenu arbitrairement par un organe extrajudiciaire relevant de la Présidence de la République. Deux mois de silence. Deux mois de torture morale. Deux mois de violation systématique des droits fondamentaux d’un citoyen congolais inscrit au barreau. L’affaire, ignorée par les institutions judiciaires et balayée sous le tapis du Conseil national de la cyberdéfense (CNC), expose la faillite de l’État de droit vanté depuis 2019 par le régime Tshisekedi.
Le Consortium congolais des droits de l’homme (CCDH), appuyé par plusieurs ONG partenaires, a lancé la campagne « Freedom for Palankoy Médard », pour dénoncer ce qui s’apparente à une séquestration politique. Ce que l’État congolais s’efforce d’étouffer à coup de procédures opaques et de violations en série n’est ni plus ni moins qu’un abus de pouvoir orchestré depuis le Palais.
En effet, la réalité de l’affaire » Médard Palankoy » est brutale : un avocat arrêté sans mandat, détenu sans chef d’accusation, interrogé sans avocat et privé de ses droits élémentaires. Et cela, en totale contradiction avec l’ordonnance-loi n°79/028 sur le Barreau, qui réserve la poursuite des avocats aux procureurs généraux près les Cours d’appel. La légalité n’a pas été contournée : elle a été piétinée.
Le CNC, service spécialisé créé par l’ordonnance présidentielle n°23/170 du 15 août 2023, semble avoir confondu mission de cyberdéfense et chasse aux sorcières. Quelles charges concrètes pèsent sur Maître Palankoy ? Aucune n’a été notifiée. Pourquoi la CENAREF n’a-t-elle été saisie qu’après plusieurs jours de détention ? Pourquoi son juge naturel n’a-t-il toujours pas été saisi ?
En droit pénal, l’intention ne suffit pas. Il faut des faits. Or, dans le cas Palankoy, ni l’élément matériel ni l’élément moral ne sont établis. En revanche, les faits de torture psychologique, d’atteinte à la dignité humaine, de violation du secret professionnel et de non-respect du droit à la défense, eux, sont documentés.
L’affaire Palankoy met le CNC face à ses dérives sécuritaires et le Président Tshisekedi face à ses promesses trahies. Le Chef de l’État s’était engagé en janvier 2019 à démanteler les prisons illégales et à bâtir un véritable État de droit. Six ans plus tard, un avocat croupit dans un no man’s land juridique à cause d’un service rattaché à son propre cabinet. C’est une honte pour la République.
Face à cette situation, le CCDH exige :
– La libération immédiate et inconditionnelle de Maître Palankoy, ou à défaut, son déferrement immédiat devant un tribunal compétent ;
– La restitution de ses biens et documents saisis de manière arbitraire ;
– La fin des actes d’intimidation visant sa famille, son cabinet et les organisations de défense des droits humains qui le soutiennent.
Car ce qui se joue ici dépasse le sort d’un seul homme : c’est l’avenir du droit et des libertés publiques en RDC qui vacille. Le CNC n’est pas au-dessus des lois. Le silence des institutions n’est plus une omission : il devient complicité.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET