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Le prix de la clairvoyance : regarder le monde au-delà des frontières congolaises
Dans un monde où les frontières se dissolvent à la faveur des flux numériques et des interdépendances globales, notre regard sur la réalité congolaise ne peut plus se contenter des limites géographiques ou des récits hérités. Voir au-delà du Congo, c’est embrasser une perspective universelle, mais c’est aussi accepter de payer le prix de cette lucidité.
Un prix souvent lourd, fait de contradictions, de critiques et d’une solitude certaine. Regarder le monde depuis la RD Congo, c’est naviguer entre les vestiges d’un passé tumultueux et les promesses d’un avenir à construire, symbolisant une volonté de dépasser les lacunes historiques pour atteindre l’excellence. Notre action témoigne d’une vision qui dépasse les frontières nationales.
Pourtant, cette ambition se heurte à des réalités complexes. Ceux qui osent regarder au-delà des narratifs traditionnels sont souvent incompris. Nous en avons fait l’expérience. Certains mouvements ne sont pas de simples ajustements administratifs ; ils symbolisent les conflits entre anciens et nouveaux paradigmes. Il faut dès lors s’armer du courage de la continuité pour que la RDC accélère sa mue.
Mais cette ambition ne pourra aboutir sans un regard résolument tourné vers l’extérieur, sans une ouverture aux meilleures pratiques internationales. Le prix à payer est souvent invisible : incompréhensions, calomnies, voire sacrifices personnels. Nous payons durement le prix de notre engagement. Le peuple Congolais paie aussi ce prix. Celui de devoir constamment justifier son identité, son potentiel, et sa place dans le monde.
Celui de devoir combattre les clichés tout en assumant ses faiblesses. Notre regard dépasse le monde congolais parce qu’il est porteur d’une espérance universelle. Il est ancré dans la richesse de nos terres, la résilience de notre peuple, et notre vision du monde. Mais il exige aussi de nous un courage quotidien : celui de critiquer sans détruire, de construire sans complaisance, et de rêver sans naïveté.
Le prix est élevé, mais le rêve d’un Congo debout, libre et prospère, mérite bien ces sacrifices. Car, il s’agit de former des citoyens conscients de leurs droits et devoirs, capables de contribuer activement au développement de la RDC. Nous devons tous porter le regard qui libère pour que notre pays la RD Congo ose, elle, regarder le monde en face.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Santé
Santé maternelle : Le monde manque d’un million de sages-femmes, un défi majeur aussi pour la RDC
Plus de 3 000 sages-femmes, responsables politiques, chercheurs et acteurs du secteur de la santé issus de plus de 115 pays sont attendus à Lisbonne, au Portugal, à l’occasion du 34ᵉ Congrès triennal de la Confédération internationale des sages-femmes (ICM), qui s’ouvrira le 14 juin prochain. Au centre des débats, un constat préoccupant : le monde a besoin d’un million de sages-femmes supplémentaires pour répondre aux besoins croissants des femmes et des nouveau-nés.

Selon les dernières données relayées par l’ICM, 181 pays sont confrontés à une pénurie estimée à près de 980 000 sages-femmes. Ce déficit compromet l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, aux consultations prénatales, à l’assistance qualifiée lors de l’accouchement ainsi qu’au suivi postnatal.
Pour les spécialistes, investir dans la formation et le déploiement des sages-femmes constitue l’une des stratégies les plus efficaces pour réduire la mortalité maternelle et néonatale. Une couverture adéquate en personnel qualifié permettrait de prévenir des millions de décès chaque année, tout en consolidant les systèmes de santé de première ligne et en favorisant des soins davantage centrés sur les besoins des femmes et des familles.
Un appel mondial à l’action
Placée sous le thème « Le monde a besoin d’un million de sages-femmes supplémentaires », cette 34ᵉ édition du Congrès se veut un véritable appel à l’action lancé aux gouvernements et aux partenaires techniques et financiers. Les organisateurs plaident notamment pour un renforcement des investissements dans la formation, le recrutement, l’emploi et la reconnaissance professionnelle des sages-femmes.
Un enjeu crucial pour la RDC
Cette problématique résonne particulièrement en République démocratique du Congo, où les défis liés à la santé maternelle et néonatale restent considérables, notamment dans les zones rurales et les régions affectées par les crises humanitaires et sécuritaires. L’insuffisance de personnel qualifié, les difficultés d’accès aux structures sanitaires et les disparités territoriales continuent de limiter la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés, contribuant à des indicateurs de santé maternelle encore préoccupants.
Le Congrès de Lisbonne devrait ainsi offrir une plateforme d’échanges pour partager les expériences, promouvoir les bonnes pratiques et mobiliser les décideurs autour d’un objectif commun : faire des sages-femmes un pilier incontournable des systèmes de santé et un levier essentiel pour atteindre la couverture sanitaire universelle.
Bibiche Mbete/CONGOPROFOND.NET
