Analyses et points de vue
Le mystère du rapport ECOFIN : la vérité devient un crime d’État dans le Haut-Uélé
Un rapport parlementaire sur des soupçons de détournements de fonds publics, enterré au nom d’une prétendue “fuite”. Une Assemblée transformée en bouclier politique, refusant que la population connaisse la vérité. Un gouverneur qui règne en maître sur l’ombre et le silence, en appelant au calme dans une tension qu’il attise stratégiquement lui-même et qu’il entretient.
On assisterait à la pire idéologie du pompier pyromane. En tout cas, bienvenue dans le théâtre institutionnel du Haut-Uélé. Tout commence par des allégations de détournement de fonds publics. Fidèle à sa mission de contrôle, l’Assemblée provinciale du Haut-Uélé diligente une commission d’enquête, la commission Ecofin. L’objectif est de faire toute la lumière sur la gestion des finances provinciales.
L’initiative suscite l’espoir d’une gouvernance responsable. Mais au fil des semaines, ce qui devait être un exercice de transparence va se transformer en une comédie politique. La commission d’enquête termine ses travaux et dépose son rapport. Les conclusions seraient explosives, selon certaines indiscrétions parlementaires : des indices sérieux de détournement sont mis en évidence.
Une plénière est convoquée pour examiner le rapport… mais un député pro-gouverneur monte à la tribune et dépose une motion de procédure : “Le rapport a fuité dans la presse, il ne peut donc pas être entendu ni examiné !” Ainsi, le débat quitte le terrain du fond – les faits de corruption – pour se réfugier dans une querelle de forme. Résultat: le rapport est rejeté sans avoir été examiné.
Dans le Haut-Uélé de Jean Bakomito Gambu, la vérité, semble-t-il, vaut moins qu’un secret bien gardé. Le plus étonnant est quand le bourreau se fait victime. Dans une pirouette politique dont seuls les acteurs provinciaux ont le secret, les mêmes députés pro-gouverneur accusent désormais les membres de la commission d’enquête d’avoir détourné 100 000 dollars destinés à leur mission.
Aucune preuve n’est apportée. Aucune trace bancaire n’est exhibée. Rien qu’une accusation, sortie d’un chapeau politique. Un observateur résume, mi-amusé, mi-consterné : “C’est l’art de la diversion. Quand tu ne peux pas laver ta honte, accuse le blanchisseur.” Un juriste indépendant consulté sur la question balaie les arguments de la majorité : “Le Règlement Intérieur prévoit seulement que le rapport soit déposé 48 heures avant la plénière pour permettre son examen. Nulle part il n’est dit qu’une fuite justifie son rejet. Cette raison est inopérante.”
ECOFIN : une enquête qui dérange ?
Pour lui, la vérité est ailleurs : “Ils ont peur. Peur que la lumière se fasse, peur d’être éclaboussés par leur propre gestion.” Sous le gouvernorat de Jean Bakomito Gambu, la gestion du Haut-Uélé ressemble de plus en plus à un royaume de non-dits. L’Assemblée, censée être un contre-pouvoir, agit plutôt comme un paravent protecteur. La peur de la transparence est telle que même un document officiel, produit dans le cadre légal, devient une menace politique.
En refusant d’examiner le rapport, les élus ont piétiné le principe même de reddition des comptes.
Au lieu de protéger les intérêts des citoyens, ils protègent leurs positions, leurs alliances et leurs privilèges. Des questions qui dérangent. Que contient réellement le rapport d’enquête d’Ecofin ? Qui a intérêt à empêcher sa lecture publique ? L’Assemblée provinciale est-elle encore un organe de contrôle, ou simplement un instrument de protection du pouvoir exécutif ?
Jusqu’où ira le silence institutionnel pour éviter que la vérité n’éclate ? Le théâtre de la corruption est nauséabond. Dans le Haut-Uélé, la transparence est devenue une hérésie. Les institutions se cachent derrière des arguties procédurales pour étouffer toute velléité de vérité. Pendant ce temps, les finances publiques s’évaporent, les citoyens attendent, et Jean Bakomito continue d’orchestrer sa symphonie du silence.
“Le vrai mystère du rapport d’enquête d’Ecofin n’est pas ce qu’il contient, mais ce qu’il révèle : la peur du pouvoir face à sa propre ombre.” Il faut le reconnaître : Jean Bakomito Gambu est un génie. Pas un génie de la bonne gouvernance, non. Un génie du camouflage, du brouillard institutionnel et du retournement juridique. À peine l’ASBL STOP a-t-elle osé déposer plainte contre lui pour “indices sérieux de détournement de fonds publics”, que notre gouverneur, tel un prestidigitateur acculé, sort son plus vieux tour de magie : accuser pour ne pas être accusé.
En un temps record, Jean Bakomito Gambu dépose à son tour plainte contre l’ASBL STOP pour “diffamation” et fait porter le chapeau de l’accusation à son allié d’hier, Honorable André Lite, devenu soudain un rival politique. Mais ce n’est pas tout : il insinue que la plainte de l’ONG se serait appuyée sur le rapport de la commission d’enquête Ecofin, ce fameux rapport parlementaire qui, curieusement, n’a jamais été examiné.
Jean Bakomito et le règne du silence…
Pourquoi? Parce que les députés pro-Bakomito ont bloqué son audition, prétextant qu’il avait “fuité” dans la presse. Pas qu’il soit faux, pas qu’il soit erroné… non. Seulement qu’il avait fuité. Comme si la vérité, une fois sortie de son tiroir, devait être condamnée pour excès de transparence. Et là, la boucle est bouclée. Jean Bakomito brandit triomphalement sa pirouette:
“Le rapport sur lequel l’ASBL STOP s’est basée a été rejeté. Donc la plainte est vide.” Un raisonnement d’une élégance rare : étouffer la vérité pour ensuite dire qu’elle n’existe pas. C’est comme brûler le registre comptable d’une entreprise et déclarer ensuite : “Voyez ? Il n’y a pas de preuve de vol !” Ce qui est dommage, c’est que la scène se déroule dans une province où les institutions ont perdu leur colonne vertébrale.
L’Assemblée provinciale, censée être le contre-pouvoir du gouverneur, agit désormais comme son avocat de circonstance. On y débat moins de vérité que de procédure ; moins de reddition des comptes que de protection de carrière. Pendant que les fonds publics prennent l’ascenseur sans ticket, on débat à huis clos de la légalité d’un rapport “fuité”.
Et pendant qu’on bâillonne les voix qui réclament la lumière, on applaudit la pénombre au nom de la discipline politique. Jean Bakomito ne nie pas les faits : il les efface. Il ne répond pas aux accusations: il change le sujet. Il ne se défend pas: il attaque celui qui parle. Dans sa logique, ce n’est pas le détournement qui est grave, mais le fait que quelqu’un en parle. Ce n’est pas la corruption qui est le scandale, mais la transparence.
Et pour cela, il faut bien que la fuite devienne le crime suprême. Le plus tragique, c’est que cette comédie fonctionne. Les institutions se taisent, les députés obéissent, et le citoyen regarde, impuissant mais pas dupe. L’ASBL STOP, au lieu d’être saluée pour son courage, se retrouve poursuivie pour avoir tenté de dénoncer la corruption. Le message est clair : “Dans le Haut-Uélé, celui qui dénonce le voleur devient suspect de tapage.”
L’avis du droit ? Une raison inopérante !
À ce stade, Jean Bakomito ne gouverne plus : il orchestre. Il dirige non pas une administration, mais une mise en scène. Le décor? Des rapports enterrés. Les acteurs? Des députés dociles. Le public? Un peuple fatigué. Et la bande-son? Le cliquetis des signatures sur des procès-verbaux d’oubli. Mais attention : même les brouillards finissent par se dissiper. Et lorsque la lumière reviendra sur le Haut-Uélé, le peuple se souviendra que le gouverneur avait préféré rejeter la vérité plutôt que la confronter.
Jean Bakomito ne fuit pas la vérité : il la noie dans la procédure. Il ne se lave pas les mains: il les trempe dans l’eau sale du mensonge politique. Et quand la justice viendra, il dira sans trembler : “Prouvez-le-moi avec le rapport que j’ai interdit.” Voilà toute la mécanique d’un pouvoir qui ne veut pas être vu, d’un dirigeant qui s’abrite derrière le bruit pour éviter l’écho. Mais qu’il se rassure : le silence ne dure jamais éternellement. Un jour, même les rapports enterrés remontent à la surface.
FRANÇOIS ANGA KUAPA, Journaliste, écrivain et enseignant à DOMUNI UNIVERSITAS
Actualité
Le député Jacques Djoli brandit Tocqueville : la souveraineté populaire foudroie l’imposture
L’Honorable Jacques Djoli Eseng’Ekeli n’a pas seulement démenti une rumeur : il a donné une magistrale leçon de grandeur. Par un tweet lapidaire convoquant la science, le Rapporteur de l’Assemblée nationale a refusé de descendre dans l’arène fangeuse où certains voulaient l’attirer. Il a choisi la verticale. Face à la manœuvre odieuse qui lui prêtait des propos imaginaires, il ne s’est pas justifié.
Il a surplombé, avec l’autorité souveraine de celui qui manie le droit comme on manie le glaive. Un silence calculé, puis une annonce : l’heure de la vérité sonnera, et elle sera sans appel. Car la riposte, c’est à Tocqueville qu’il la confie, élevant soudain le débat à des hauteurs où la calomnie ne peut plus respirer. Aux “chercheurs du Buzz” qui alimentent l’infamie, il assène la pensée centrale de l’article 5 de la Constitution.
Celle qui brûle toutes les impostures : “Au-dessus de toutes les institutions et en dehors de toutes les formes réside un pouvoir souverain : celui du peuple, qui les détruit ou les modifie à son gré.” Ce n’est plus un tweet, c’est un manifeste. Le pouvoir créateur, le pouvoir constituant originaire, est par essence illimité, inconditionné, indomptable. Placé au-delà des pouvoirs institués (simples créatures ), il détient la faculté sublime de tout refonder.
La faculté de briser les cadres établis et de redessiner, dans sa majesté absolue, le pacte national tout entier. Voilà la souveraineté populaire dans sa vérité nue, que le Professeur Jacques Djoli brandit comme une torche dans la nuit des manigances. Ainsi, en deux phrases et une citation, l’honorable rapporteur vient d’offrir à la nation congolaise bien plus qu’un rétablissement des faits : il lui restitue la puissance de son propre destin.
Là où les manœuvriers espéraient l’enfermer dans une polémique stérile, il leur oppose le granit des principes, rappelant que le peuple est le seul maître, le seul architecte, le seul juge. Par cette riposte éclatante, où Tocqueville éclaire le chemin de la RD Congo, Jacques Djoli Eseng’Ekeli lave son honneur sans une once d’aigreur, et du même geste réarme la démocratie avec une force conceptuelle rare. La calomnie n’a pas été vaincue : elle a été dissoute, dans la lumière d’une vérité plus haute. Magistral.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
