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Diplomatie

L’absence du Sénégal à Villers-Cotterêts : Un silence éloquent pour la Francophonie

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Les Assises de Villers-Cotterêts, qui se sont récemment tenues en France, ont été un événement marquant pour la Francophonie, rassemblant des acteurs clés pour discuter de l’avenir de la langue française et de la culture francophone. Pourtant, au milieu des discours et des promesses, une ombre plane sur cette rencontre : l’absence du Sénégal, l’un des pays fondateurs de la Francophonie.

Cette omission soulève des questions cruciales sur la direction que prend cette institution et sur le rôle du Sénégal dans le concert francophone. Le Sénégal, pays qui a joué un rôle central dans l’établissement de la Francophonie, notamment en accueillant le premier sommet des chefs d’État francophones en 1986, se trouvait en position d’absence sur un podium qui lui était historiquement destiné.

Cet acte de Bassirou Diomaye n’est pas anodin ; il est révélateur d’une fracture qui semble se creuser au sein de la communauté francophone. L’absence du Sénégal à Villers-Cotterêts peut être interprétée comme une protestation silencieuse contre une institution qui, malgré ses belles intentions, peine à répondre aux attentes et aux aspirations des pays membres.

La Francophonie, à ses débuts, était synonyme d’unité et de diversité culturelle. Cependant, avec le temps, la question des priorités a changé. Les pays africains, dont le Sénégal et la RD Congo, ressentent de plus en plus un décalage entre les discours tenus au sommet et les réalités sur le terrain. La Francophonie semble parfois se concentrer davantage sur des enjeux politiques et économiques de la France que sur la promotion de la langue et de la culture.

En s’absentant des Assises, le Sénégal envoie un message fort : la Francophonie doit se réinventer pour rester pertinente. La question se pose également de savoir si le Sénégal se sent reconnu et respecté dans le cadre de la Francophonie. Les pays africains, souvent en première ligne des défis liés à la langue française, à la culture et à l’identité, pourraient estimer que leurs préoccupations ne sont pas prises en compte.

Cette absence peut donc aussi être perçue comme un appel à une plus grande considération des réalités africaines dans les discussions francophones. L’absence du Sénégal aux Assises de Villers-Cotterêts constitue un moment de réflexion sur l’avenir de la Francophonie. Si l’institution souhaite rester un acteur significatif sur la scène internationale, elle doit s’interroger sur sa capacité à intégrer les voix des pays fondateurs tout en les respectant.

Le Sénégal a des choses à dire, et son silence ne devrait pas être interprété comme une acceptation du statu quo. Bassirou Diomaye, par son absence, nous rappelle que la Francophonie ne peut pas se contenter de célébrer son passé glorieux sans s’attaquer aux défis contemporains. Les Assises de Villers-Cotterêts devraient servir de tremplin pour une réflexion profonde sur la manière dont la Francophonie peut évoluer pour répondre aux enjeux du XXIe siècle.

Ce silence, bien que lourd de sens, pourrait être le prélude à une renaissance, à condition que les acteurs de la Francophonie soient prêts à écouter et à agir. L’absence du Sénégal est à la fois un cri de désespoir et une opportunité de renouvellement. La balle est dans le camp des dirigeants francophones, qui devront choisir entre l’immobilisme et une dynamique authentique de transformation.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

À la Une

Ukraine-Afrique : Kiev veut dépasser les 6,7 milliards USD d’échanges commerciaux avec l’Afrique

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À l’occasion de la Journée de l’Afrique, célébrée le 26 mai à l’Académie diplomatique Hennadii Oudovenko relevant du ministère ukrainien des Affaires étrangères, l’Ukraine a affiché sa volonté de renforcer ses relations politiques, économiques et sécuritaires avec les États africains. Prenant part au forum « Ukraine – Afrique : le Passé, le Présent et l’Avenir des Relations », le chef de la diplomatie ukrainienne, Andrii Sybiha, a livré un plaidoyer en faveur d’un partenariat « pragmatique et mutuellement bénéfique » entre Kiev et le continent africain.

L’Ukraine et l’Afrique unies contre le néocolonialisme

Dans son allocution, Andrii Sybiha a rappelé que la Journée de l’Afrique symbolise « la victoire contre le colonialisme » et l’unité des peuples africains. Établissant un parallèle entre les luttes historiques africaines et la guerre que mène actuellement son pays, le ministre ukrainien a estimé que l’Ukraine comprend « mieux que quiconque » la valeur de la souveraineté et de la liberté face à « une agression néocoloniale ».

Le chef de la diplomatie ukrainienne a également insisté sur le rôle majeur que peut jouer l’Afrique dans les efforts internationaux pour la paix. Il a appelé à une mobilisation commune contre la désinformation et l’influence russe sur le continent, évoquant notamment le recrutement illégal de mercenaires africains par des réseaux liés à Moscou.

« Cette pratique doit être arrêtée. Il s’agit de sauver des vies », a-t-il déclaré avec fermeté.

Kiev mise sur l’essor économique et humain de l’Afrique

Qualifiant le XXIe siècle de « siècle de l’Afrique », Andrii Sybiha a dénoncé les visions stéréotypées encore portées sur le continent. Selon lui, l’Afrique représente aujourd’hui l’un des principaux moteurs de croissance mondiale grâce à ses ressources naturelles, son dynamisme économique et surtout son capital humain.

L’Ukraine entend ainsi devenir un partenaire fiable de cette « Renaissance africaine ». Le ministre a souligné l’ouverture du président ukrainien Volodymyr Zelenskyy au dialogue avec les dirigeants africains ainsi qu’avec African Union.

Évoquant les liens historiques entre Kiev et plusieurs pays africains, Andrii Sybiha a rappelé que des ingénieurs et scientifiques ukrainiens avaient contribué au développement industriel de nombreux États africains au XXe siècle. Il a notamment cité des infrastructures emblématiques comme le Haut barrage d’Assouan en Égypte ou encore le complexe sidérurgique d’Ajaokuta au Nigeria.

Offensive diplomatique ukrainienne sur le continent africain

Le ministre ukrainien a annoncé l’ambition de son pays de dépasser le volume commercial de 6,7 milliards de dollars enregistré avant la guerre. Pour atteindre cet objectif, Kiev multiplie les initiatives diplomatiques sur le continent.

Huit nouvelles ambassades ont récemment été ouvertes en Afrique, portant à 18 le nombre total de représentations diplomatiques ukrainiennes. De nouveaux projets d’implantation sont également envisagés, notamment une ambassade en Zambie ainsi qu’un consulat général au Cap, en Afrique du Sud.

« L’Ukraine considère l’Afrique non comme un objet d’aide, mais comme un acteur égal et puissant de la politique mondiale », a affirmé Andrii Sybiha.

Selon lui, l’Ukraine souhaite proposer des solutions technologiques concrètes dans plusieurs secteurs stratégiques, avec une approche fondée sur le bénéfice mutuel et le partenariat d’égal à égal.

Sécurité, agriculture et numérique : les trois piliers de la stratégie ukrainienne

Le chef de la diplomatie ukrainienne a présenté une vision baptisée « Ukraine — partenaire stratégique pour le développement durable de l’Afrique — 2063 », en référence à l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Cette stratégie repose sur trois axes majeurs.

– Le premier concerne la sécurité alimentaire. L’Ukraine veut aller au-delà du simple rôle d’exportateur de céréales pour devenir un partenaire technologique capable d’accompagner la modernisation agricole africaine, notamment dans les infrastructures ferroviaires, portuaires et énergétiques.

– Le deuxième pilier porte sur la sécurité et la cybersécurité. Fort de son expérience acquise dans le conflit avec la Russie, Kiev propose son expertise dans la lutte contre les drones, la guerre électronique ainsi que la protection des systèmes numériques. Un projet d’alliance cybernétique régionale et un centre de surveillance contre la désinformation russe figurent parmi les initiatives annoncées.

– Enfin, le troisième volet concerne la transformation numérique et la formation. L’Ukraine souhaite partager son expérience dans la digitalisation des services publics à travers la plateforme Diia et développer des partenariats universitaires pour former une nouvelle génération de spécialistes africains.

Pour Andrii Sybiha, l’Afrique ne doit plus être perçue sous l’angle de l’assistance humanitaire, mais comme un espace stratégique de coopération internationale.

« Ensemble, nous sommes capables de construire un espace entièrement nouveau de sécurité et de développement », a conclu le ministre ukrainien.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET 

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