Analyses et points de vue
La désinvolture du Professeur André Mbata Mangu face à la constitution – Un affront à la réflexion juridique
Lors des États Généraux de la justice, le Professeur André Mbata Mangu a fait des déclarations qui laissent perplexes et révoltent bon nombre d’observateurs du paysage juridique congolais. En affirmant que « tout juriste n’est pas constitutionnaliste » et en minimisant le rôle des échanges sur les réseaux sociaux concernant la Constitution.
Il semble ignorer la réalité dynamique et moderne de la communication et du débat public. Ce discours désinvolte ne fait qu’accentuer la fracture entre le monde académique et les préoccupations citoyennes. La première partie de ses propos, qui insiste sur le fait que « l’on n’écrit pas la Constitution sur les réseaux sociaux », montre une méfiance alarmante envers les nouvelles plateformes de discussion.
Celles qui, pourtant, ont révolutionné le débat démocratique. Les réseaux sociaux ne sont pas simplement des outils de communication ; ils sont devenus des espaces de dialogue où les citoyens peuvent s’exprimer, s’informer et critiquer les institutions. En dénigrant ces espaces, le Professeur Mbata Mangu semble se positionner dans une tour d’ivoire, coupée des réalités du peuple congolais.
Il a affirmé qu’il n’a « jamais dit que la Constitution était intouchable ». Ce qui masque un mépris sous-jacent pour le débat public. C’est lui qui fît pourtant publiquement de cette même constitution aujourd’hui décriée « la meilleure » de l’histoire de la RDC. La Constitution, bien qu’établie par des experts, appartient à la nation tout entière. Nous avons le droit d’en discuter, de la critiquer et de revendiquer des changements.
En tentant de restreindre cette discussion à un cercle restreint de soi-disant « experts », le Professeur André Mbata fait preuve d’une arrogance intellectuelle qui ne peut être acceptée dans un système démocratique. Il semble promouvoir une vision élitiste de la jurisprudence, où seuls quelques individus triés sur le volet ont le droit de s’exprimer sur des questions constitutionnelles.
Cette attitude est non seulement rétrograde, mais elle va à l’encontre des principes fondamentaux d’une démocratie participative. La Constitution est un texte vivant, soumis à l’interprétation et à l’évolution. La contribution de la société civile, même sur des plateformes comme les réseaux sociaux, est essentielle pour assurer une justice représentative et équitable.
Si André Mbata Mangu se veut un défenseur de la Constitution de 2006, il devrait également être le premier à encourager un débat ouvert sur son contenu et ses implications. La Constitution n’est pas un dogme, mais un cadre adaptable aux réalités d’un pays en constante évolution. En prônant une discussion fermée, il risque de contribuer à une stagnation juridique.
Celle qui empêche la RDC de progresser sur le chemin de l’État de droit. La désinvolture du Professeur André Mbata Mangu doit être un signal d’alarme pour tous ceux qui croient en la nécessité d’une justice participative et d’une démocratie vivante. Les juristes, qu’ils soient constitutionnalistes ou non, ont le devoir d’encourager le débat public sur et en dehors des réseaux sociaux.
Ils doivent valoriser la voix des citoyens et de reconnaître que chaque opinion compte dans la construction d’une société plus juste. Ignorer cette réalité, c’est faire preuve d’une légèreté intolérable face aux enjeux cruciaux qui touchent le peuple congolais. Il est temps de dépasser les discours élitistes pour embrasser une approche inclusive et respectueuse des contributions de tous, dans la quête d’une justice véritablement représentative et d’une Constitution vivante.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
À la Une
UDPS 2028 : Avant même le crash, ils répètent déjà la scène du pillage de l’épave
Il fallait avoir le cœur bien accroché et le sens de l’absurde chevillé au cervelet pour suivre les derniers épisodes de la sitcom UDPS. On a d’abord vu Peter Kazadi, honorable cadre du parti présidentiel, adresser une lettre incendiaire au Secrétaire Permanent de l’Union Sacrée, André Mbata, oubliant au passage que l’un comme l’autre portent le même maillot.

Puis, summum du vaudeville institutionnel, ce même André Mbata s’est fendu d’un ricanement sardonique après la victoire de son poulain au Sankuru face au candidat du Secrétaire Général Augustin Kabuya, proclamant urbi et orbi que “l’Union Sacrée a gagné contre l’UDPS”. Voilà le décor planté : un parti où la victoire de ses propres structures satellites est célébrée comme une défaite de sa direction. C’est moins une scène de ménage qu’une répétition générale pour un chaos bien plus grand.
La médiocrité de ces querelles byzantines n’est pas un simple défaut de cuirasse ; elle est l’aveu public d’une impréparation stratégique qui donne le tournis. Ce théâtre d’ombres a révélé au monde entier ( et surtout aux Congolais qui attendent encore un projet structurant ) que les cadres au pouvoir ne pensent pas en termes de Nation, mais en termes de casting. Ils ne plancheront jamais sur une vision à 50 ans parce qu’ils sont incapables d’avoir une vision à 50 jours qui ne concerne pas leur propre nomination.

Leur horizon temporel s’arrête au prochain remaniement ministériel ou à la prochaine rotation des mandats provinciaux. Pas un seul d’entre eux n’a porté un débat de fond sur l’industrialisation, la démographie galopante ou la souveraineté énergétique. Non. Leur seul projet structurant, c’est de s’assurer que le voisin de bureau ne récupère pas leur fauteuil. Ce sont des court-termistes purs jus, des opportunistes pour qui le pouvoir est une fin en soi, et non le levier pour transformer un pays.
Ce qui les maintient encore dans une forme de cohésion tectonique, c’est uniquement l’aimant surpuissant de la figure tutélaire de Félix Tshisekedi. Mais 2028 n’est pas une hypothèse d’école lointaine, c’est un mur qui se rapproche à grande vitesse. Le jour où ce point de gravité viendra à disparaître du bulletin de vote, la force centrifuge actuelle n’aura plus aucun frein. Entre Peter Kazadi, André Mbata, Augustin Kabuya, Gecoco Mulumba, Nicolas Kazadi, André Wameso, Judith Suminwa et la longue cohorte des frustrés en réserve, ce ne sera pas une primaire.

Ce sera une curée. Une guerre de tranchées où chacun voudra la peau de l’autre pour hériter des ruines. Ils ont passé huit ans à ne rien bâtir ensemble, et à peine quelques heures à se déchirer pour une élection provinciale. Imaginez ce que donnera la bataille pour le royaume tout entier quand le roi ne sera plus candidat. Ce sera sanglant, et surtout, terriblement inutile pour le Congo.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
