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Kinshasa : Thy René Essolomwa Nkoy ea Linganga, « Elima » et les paradoxes de la presse sous Mobutu

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René Essolomwa Nkoy ea Linganga demeure l’une des figures les plus marquantes de la presse écrite congolaise. Originaire de Mbandaka, dans l’actuelle province de l’Équateur, il s’installe à Kinshasa où il va bâtir une carrière journalistique qui marquera plusieurs générations. Notable respecté de la communauté mongo, il s’impose progressivement comme un acteur central du paysage médiatique zaïrois dès les années 1970, à une époque où l’information était étroitement contrôlée par le pouvoir politique.

Une école du journalisme et un parcours entrepreneurial

Thy René Essolomwa aurait appris les rudiments du métier auprès de Makosso, fondateur du Courrier d’Afrique, également connu comme le beau-père de l’artiste Koffi Olomidé. Fort de cette expérience, il prend son envol en créant successivement « La Tribune Africaine« , « Elombe« , avant de fonder le quotidien « Elima« , qui deviendra l’un des journaux les plus lus du pays. À son apogée, Elima fonctionnait sur abonnement, avec livraison à domicile, une innovation notable pour l’époque à Kinshasa.

Entre proximité avec le pouvoir et rupture politique

Dans les premières années, Essolomwa est perçu comme proche du régime de Mobutu Sese Seko. Comme Salongo, Elima est alors considéré par certains observateurs comme un organe au service de la propagande du parti unique, le MPR, dans un contexte où la liberté de la presse n’existait pas réellement. Cette proximité initiale avec le pouvoir alimente encore aujourd’hui un débat sur son impartialité journalistique.

Le tournant du 24 avril 1990

L’annonce du multipartisme, le 24 avril 1990, marque un basculement. À l’instar de nombreux Zaïrois, Thy René Essolomwa prend ses distances avec Mobutu, convaincu que le régime est devenu une menace pour la stabilité et le développement du pays.

À travers Elima, il s’engage alors résolument dans la lutte pour la démocratie, devenant l’un des principaux animateurs du combat médiatique pro-démocratique. Cet engagement lui coûtera cher : perte de privilèges, pressions constantes et plusieurs tentatives d’assassinat auxquelles il échappe de justesse, mettant aussi en danger ses proches.

Le journaliste qui défia le Maréchal

Thy René Essolomwa reste également associé à de grandes affaires politico-militaires, notamment celle du coup d’État manqué de 1975 impliquant le major Kalume. Un titre jugé trop audacieux lui vaudra une convocation directe auprès du président Mobutu, qui l’obligera à rectifier l’intitulé en parlant de « coup monté et manqué ». Cet épisode illustre à la fois la puissance de la presse écrite à l’époque et les limites imposées par un régime autoritaire.

Répression, imprimeries détruites et résistance

Propriétaire des célèbres Imprimeries du Zaïre, situées à Kitambo Magasin, près de l’actuelle station de la rue Colonel Mondjiba, René Essolomwa paiera le prix fort pour ses publications jugées trop critiques. Les installations seront plastiquées par la soldatesque du Maréchal, signe de la violence de la répression contre une presse devenue trop dérangeante.

Elima, journal du quotidien des Zaïrois 

Au-delà de la politique, Elima s’inscrit profondément dans la mémoire collective. À Kinshasa, notamment au rond-point Victoire, des milliers de finalistes de l’examen d’État se précipitaient chaque année pour acheter le journal afin d’y découvrir leurs noms et leurs pourcentages. Elima n’était pas seulement un quotidien politique, mais un véritable service public informel.

Icône controversée mais incontournable

Pionnier de la presse libre pour les uns, acteur d’un système médiatique inféodé au pouvoir pour les autres, René Essolomwa Nkoy ea Linganga reste une figure complexe. Ce qui fait consensus, en revanche, c’est son courage à un moment décisif de l’histoire nationale et son apport majeur à la profession. Qu’on salue ou qu’on critique son parcours, son nom demeure une référence incontournable de la presse congolaise, méritant respect et mémoire pour les générations présentes et futures.

Tchèques Bukasa

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Esclavage des enfants : A Kananga, l’urgence d’agir face au phénomène « Bayanda »

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Au cours d’une ronde effectuée par CONGOPROFOND.NET, dans la ville de Kananga, un constat alarmant s’impose : de nombreux enfants et adolescents sont livrés à eux-mêmes dans les rues. Certains, encore en âge scolaire, sont contraints de travailler comme transporteurs à vélo, communément appelés « bayanda », pour subvenir à leurs besoins quotidiens.

Ces jeunes, qui devraient être assis sur les bancs de l’école, arpentent plutôt les artères de la ville, exposés à toutes les formes de vulnérabilité. Une situation qui illustre crûment une réalité persistante, bien loin des discours officiels.

Une Journée mondiale au goût amer

Le 16 avril, à l’occasion de la Journée mondiale contre l’esclavage des enfants, cette réalité a pris une résonance particulière. À Kananga, cette journée n’a pas été une simple commémoration, mais un révélateur d’un phénomène profondément enraciné.

Des acteurs de la société civile ont saisi cette occasion pour interpeller l’opinion publique et les autorités, appelant à une prise de conscience urgente face à ce qu’ils considèrent comme une forme moderne d’exploitation des enfants.

La société civile hausse le ton

Parmi les voix les plus engagées, celle de la structure La Voix des Jeunes du Grand Kasaï (VJKA-ASBL), dirigée par sa coordonnatrice Merveille Tshibola, dénonce une situation préoccupante. Selon elle, abandonner un enfant à la rue revient à compromettre l’avenir même de la République démocratique du Congo.

Elle souligne qu’au Kasaï-Central, de nombreux enfants sont arrachés à leur environnement naturel (la famille, l’école et les espaces de socialisation ) pour être plongés dans des activités pénibles, notamment dans les marchés, les carrières ou sur les routes.

Des pratiques assimilées à une forme d’esclavage

Pour plusieurs observateurs, cette situation tend à se banaliser, au point d’être tolérée dans certaines couches sociales. Pourtant, les conséquences sont lourdes : exposition aux dangers, mendicité forcée et travaux pénibles deviennent le quotidien de ces mineurs.

La présidente provinciale du Cadre de concertation de la jeune fille rappelle que le foyer doit rester un espace de protection. De son côté, Vincent Kayembe Tshiamumanya, coordonnateur provincial de la Commission nationale des droits de l’homme, condamne fermement ces pratiques, qu’il juge inacceptables.

Un appel pressant à l’action

Au-delà du constat, la société civile lance un appel clair : la lutte contre l’esclavage des enfants ne peut se limiter à des discours. Elle exige des actions concrètes, des politiques publiques adaptées et une responsabilisation accrue des parents.

À Kananga, derrière chaque enfant exploité se dessine une crise silencieuse : celle d’une génération privée de ses droits fondamentaux. Face à cette réalité, les acteurs locaux ne demandent plus ( ils exigent ) des mesures urgentes pour protéger l’enfance et restaurer sa dignité.

Mike Tyson Mukendi / Congoprofond.net

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