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Kasaï-Oriental : L’exode de la honte !

Chaque jour qui passe, le Kasaï-Oriental se vide un peu plus de ses forces vives. Sur un parking chaotique de Mbujimayi, la scène se répète avec une régularité glaçante : des camions surchargés, des passagers entassés comme du bétail, et des visages marqués par la fatigue, la résignation ou la peur. La destination ? Le Haut-Katanga, perçu comme un eldorado économique. Ce mardi 27 mai, un reportage sur place confirme ce que tout le monde pressentait : l’exode n’est plus saisonnier. Il est massif, désespéré, et désormais hors de tout contrôle.

Des hommes, des femmes, des enfants-parfois à peine sortis du berceau-fuient Mbujimayi. Ils fuient la pauvreté endémique, le chômage sans issue, les promesses politiques trahies. « Le camion ne doit pas dépasser 80 passagers », souffle un responsable du site, débordé et impuissant. Mais qui contrôle encore quoi ? À peine deux véhicules bondés quittent la ville chaque jour, et déjà, c’est tout un peuple qui s’arrache à sa terre.

Les autorités observent, commentent, s’inquiètent… mais agissent peu. Rien n’est fait pour endiguer cette hémorragie humaine qui révèle, mieux que n’importe quel discours, l’échec des politiques de développement dans les provinces dites « oubliées« . Pendant que Kinshasa inaugure des projets vitrine, les Kasaïens fuient par centaines, entassés dans des camions de fortune, au péril de leur vie. L’État, lui, regarde ailleurs.

Ce phénomène n’est pas une fatalité. Il est le résultat d’un abandon. D’un mépris historique envers les provinces de l’intérieur. Il est temps d’appeler les choses par leur nom : ce qui se joue ici, c’est un déplacement forcé déguisé en migration volontaire. Une fuite organisée par l’impuissance.

Tant qu’il n’y aura pas de réponse nationale, coordonnée, urgente, à cette fuite vers le sud, les routes du Katanga continueront d’engloutir les espoirs d’une jeunesse trahie. Ce n’est pas seulement un exode : c’est une honte nationale.

Félix Ilunga/CONGOPROFOND.NET