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Politique

Ituri : CODECO, la milice accusée par l’ONU d’un possible génocide, continue ses carnages

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Victimes et rescapées de massacres de la CODECO, en Ituri, territoire de Djugu

 

C’est une milice tribale parmi tant d’autres – plus de 120 groupes armés – qui écument l’est de la RDC. Mais elle a ceci de particulier d’être la plus meurtrière de toutes. Le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme l’a accusée d’être responsable d’un ‘‘possible génocide’’, mais elle n’intéresse pas grand monde, ni dans le pays, ni dans la communauté internationale. Logique : comme la très mal nommée ‘‘Coopérative pour le développement du Congo’’, CODECO, ne menace jamais ceux qui exercent le pouvoir, se contentant juste de massacrer quelques milliers des Congolais, pas grand monde n’en parle. Et leurs sanglants hauts faits d’arme ne sont pas connus de la majorité de Congolais qui ignorent, du reste, jusqu’à son nom.  

 

Lala, une tranquille localité située dans le territoire de Djugu, province de l’Ituri, abrite un camp des déplacés qui ont fui plusieurs attaques de leurs villages aux alentours. Dans la nuit du 11 au 12 juin, alors que ces déplacés dorment, une nouvelle attaque est signalée. Des assaillants foncent sur le camp, fusils et armes blanches au poing, tirant dans tous les sens, déchiquetant des corps à la machette ou les perçant au poinçon, écrasant des crânes à coups de gourdin et, finalement, incendiant les abris de ces malheureux, brûlant vifs certains dans leurs tentes. Aucune force de sécurité, ni l’armée, ni la police, ni la MONUSCO, n’intervient pour protéger les victimes.

 

Au petit matin, le camp des déplacés de Lala est dévasté, et sent l’odeur de la mort. Au total, ce sont 46 personnes, dont 23 enfants, qui ont été tuées, et des dizaines d’autres blessées. Auteur du crime : la milice de la CODECO. L’ONU a, depuis lors, condamné le massacre, alors que le gouvernement congolais garde un silence de tonnerre. C’est le dernier haut fait d’arme en date de cette milice meurtrière, qui n’en est pas à son dernier carnage. Mais qu’est-ce au juste, ce groupe armé ethnique au nom si enchanteur – Coopérative pour le développement du Congo, ou encore Coopérative pour le développement de l’économie du Congo ?

 

Gourou hiératique

 

Créée dans les années 70 par un certain Bernard Kakado, un homme né en 1924 et qui tient à la fois d’un mentor des paysans que d’un gourou mystique et hiératique, la CODECO est, au départ, une association coopérative qui regroupe les agriculteurs Lendu de l’alors district de l’Ituri, devenu province depuis 2015. C’est pendant la guerre ethnique dite Hema-Lendu (1999-2003) qu’elle va développer des activités militaires pour combattre les rivaux Hema, dont l’activité principale est l’élevage bovin. Et ce, d’autant que Bernard Kakado a crée également la Force révolutionnaire et patriotique de l’Ituri, FRPI, une des milices les plus actives à l’époque. Après cette guerre, la CODECO ne désarme, mais garde son arsenal dans des caches d’armes soigneusement protégées.

 

Son fondateur, Bernard Kakado, est arrêté en 2007, et condamné le 9 août 2010, à l’âge de 86 ans, à la réclusion criminelle à perpétuité par un tribunal de Bunia, notamment pour les massacres de Nyankunde (plus de 2000 morts). Il décède l’année suivante, mais reste pour les membres de la CODECO, un maître spirituel qui inspire leur combat et les protège des armes ennemies. Après quelques années de sommeil, les CODECO se réveillent en décembre 2017. Dans leur viseur : la communauté Hema. Avant de lancer leurs attaques, les miliciens CODECO vont faire des ablutions et des cérémonies mystiques sur la tombe de Bernard Kakado…

 

 

Bernard Kakado, fondateur de la CODECO, lors de son jugement à Bunia, en 2010.

 

Deux faits anodins vont précipiter le réveil de ce mouvement. Le premier : le 10 juin 2017, un prêtre catholique lendu nommé Florent Dunji décède dans un village appelé Drodro. Selon les autorités, ce serait plutôt la consommation excessive d’alcool qui était la cause de son décès. Mais cette version est contestée par les Lendu qui, soupçonnant qu’il a été tué, envahissent les rues et organisent des manifestations. Il va s’en suivre un épisode mineur de violence : des jeunes Lendu de Walendu Tatsi commencent à attaquer les villages des Hema qui, à leur tour, engagent la riposte.

 

Le second : à la mi-décembre 2017, un lendu refuse de payer des taxes de barrage routier à Uzi, près de Ladedjo, en territoire de Djugu. Bien plus, il vole un chargeur à munitions aux militaires FARDC, et prend la fuite. Selon les Lendu, l’armée se serait appuyée sur des témoins Hema pour identifier et retrouver le voleur. La réaction des Lendu sera une fois encore violente, s’attaquant aux femmes Hema, accusées de collaborer avec l’armée. En réponse, les Hema vont brûler des villages Lendu voisins, notamment à Tete.

 

Terre inondée du sang des Hema

 

Très vite, la CODECO se réveille alors, et se réorganise. Elle a comme objectif ‘‘la protection des Lendu’’. Mais en fait de protection des Lendu, elle va inonder la terre de l’Ituri du sang des Hema. La première série de ses attaques a lieu le 4 février 2018 contre plusieurs villages de Bahema Nord (Djusa, Lera, Lovi, Ngaroli, Ngbagu, Blukwa Collectivité, Blukwa Centre, Katoto et Labo) : plus de 30 personnes sont tuées et plus de 400 maisons incendiées et pillées. Les attaques vont se poursuivre tout au long de cette année 2018 : le 7 février, des attaques ont lieu à Langa, Dz’mbu (Bahema Nord) et Bese (chefferie Banyali Kilo), faisant au moins neuf morts. Le 8 février, au moins 37 personnes sont été tuées à Kparangaza, Kawa, Tche et Logo. Le 10 février, 14 autres personnes meurent dans des attaques visant Tchura, Ulo, Ndjaza, Reta (Bahema Nord), Lidja et Kli (Bahema Badjere).

 

Entre le 11 et le 15 février, une série d’attaques a pour cible le groupement Bahema Nord : environ 75 personnes sont été tuées à Angolu, Talire, Rule, Dzri, Blukwa, Panduru (le premier village touché à Mahagi). L’attaque de Rule est la plus importante : plus de 60 personnes sont été tuées et le village totalement incendié. La plupart des attaques visent les villages Hema, même si certains villages Lendu figurent parmi les cibles. Le 20 février, une première attaque contre les FARDC fait deux morts parmi les soldats à Tche. En outre, deux civils sont tués dans une attaque à Blukwa le 24 février et quatre à Tchele le 27 février.

 

Le rythme des violences s’est poursuivi tout au long du mois de mars 2018, une quarantaine de personnes ayant été tuées à Maze et Beliba le 1er mars. Une attaque simultanée a lieu le 3 mars à Chele, Bbani, Gobba, Ddeti, Nyanda et Chatsikipa, faisant plus d’une douzaine de morts. Un jour plus tard, six personnes sont tuées et plusieurs villages pillés. Le 7 et 8 mars, 16 personnes, dont quatre éléments des FARDC, sont massacrées dans des attaques à Drodro, Masini, Tsoba et Ndoki. Une autre vague importante s’est produite le 13 mars lorsque près de 30 personnes ont été tuées à Jjo, Gbi, Ngazba et Risasi. Le 17 mars, des incendies à grande échelle ont eu lieu à Bbu, Jibba et Petro.

 

Le 23 janvier 2020, Michelle Bachelet, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’Onu, se rend en Ituri. Quelques jours avant son arrivée, le 10 janvier, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme avait publié un rapport évoquant un ‘‘possible’’ génocide visant les Hema. «La grande majorité des victimes des attaques semble avoir été visée en raison de leur appartenance à la communauté Hema (au moins 402 membres de cette communauté tués et 79 blessés entre décembre 2017 et septembre 2019) », affirme ce rapport d’une trentaine de pages.

 

Les auteurs ajoutent qu’en se basant sur «le mode opératoire qui semble viser particulièrement la communauté Hema, le nombre élevé de civils tués, mutilés et de victimes de violences sexuelles, la volonté au cours des attaques de tuer les blessés, les attaques sur les camps de déplacés et la destruction systématique des habitations Hema, les violences documentées par le BCNUDH pourraient présenter au moins certains des éléments constitutifs du crime de génocide par meurtre et atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe». Avant de renoncer à émettre une conclusion définitive : «Toutefois, les enquêtes menées à ce jour ne démontrent pas à suffisance l’intention de détruire les Hema en tant que groupe ethnique».

 

Etat de siège : échec complet

Le président Félix Tshisekedi a décrété l’état de siège en mai 2021 pour endiguer cette violence et neutraliser tous les groupes armés. Au regard des résultats sur terrain en Ituri, cet état de siège est un échec complet. En effet, le cycle meurtrier de la CODECO s’est poursuivi avec frénésie. Depuis le début de l’état d’urgence jusqu’à ce jour, on peut citer, sans être exhaustif, les massacres suivants :

 

1er novembre 2021 : 32 morts dans le camp des déplacés de Tsuya

1er novembre 2021 : 24 morts dans le camp des déplacées de Jangi-Ivo.

8 décembre 2021 : 5 morts à Andisa

29 novembre 2021 : 10 morts à Mahagi

29 novembre 2021 : 20 morts dans un camp des déplacés à Hivo

9 décembre 2021 : 20 morts à Nizi et Kpandroma

23 décembre 2021 : 26 morts à Lidjo

13 janvier 2022 : 4 morts dans un petit village près de Mongwalu

15 janvier 2022 : 10 morts à Mumu-Kokonyangi

29 janvier 2022 : 7 morts à Alagi

1er février 2022 : 62 morts (dont 17 femmes et 19 enfants) dans le camp des déplacés de Plaine Savo

8 mai 2022 : 35 morts dans la mine d’or de Camp Blanquette

9 mai 2022 : 38 morts à Blakete-Plitu

10 mai 2022 : 15 morts dans le camp des déplacés de Ladha

19 janvier 2023 : 42 morts dont 12 femmes et 6 enfants à Nyambamba, et 7 morts à Mbogi.

13 février 2023 : 20 morts dans trois villages, dont Mongbwalu

27 mars 2023 : 17 otages tués à Mongbwalu

29 août 2022 : 14 morts à Lodjo

9 septembre 2022 : 17 morts à Mbidjo

En février 2022, Félix Tshisekedi dépêche une mission, une ‘‘Task force présidentielle’’, comprenant, notamment, les anciens chefs de guerre de l’Ituri du début de la décennie 2000, Thomas Lubanga, Germain Katanga – jadis condamnés par la Cour pénale internationale – et Floribert Ndjabu, pour négocier un cessez-le-feu et la démobilisation des miliciens. Mais le 16 février 2022, ils sont – carrément ! – pris en otage par la CODECO qui n’a décidément pas froid aux yeux. Ils ne seront libérés que deux mois plus tard.

 

Le 1er décembre 2022, les groupes armés qui écument l’est de la RDC, y compris la CODECO, décident de déposer les armes à l’issue du troisième round du dialogue avec le gouvernement congolais à Nairobi. Cependant, rien n’a changé sur le terrain comme démontré plus haut. Dans son dernier rapport trimestriel, publié le 27 mars 2023, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, estimait que 485 civils avaient été tués entre le 1er décembre 2022 et le 14 mars 2023, en Ituri.

 

«La CODECO, c’est l’ADF adjointe, c’est le groupe congolais le plus meurtrier, c’est la plus grande horde d’assassins que nous avons dans la région. Mais le gouvernement est dépassé, manque d’imagination, et ne sait pas sur quel pied danser pour en venir à bout», se désole un membre de la société civile de Bunia.

 

MULOPWE Wa Ku DEMBA

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Isolé politiquement, Laddy Yangotikala maintient la pression : « Le VPM Jacquemin Shabani doit s’expliquer devant le Parlement ! »

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Exclu de son regroupement politique et abandonné par plusieurs de ses soutiens, le député national Laddy Yangotikala refuse de retirer sa motion de défiance visant le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité. Dans une déclaration publiée ce vendredi 17 avril sur ses plateformes numériques, il a réaffirmé sa détermination à aller jusqu’au bout de sa démarche parlementaire.

À l’origine de cette initiative, déposée le 13 avril à l’Assemblée nationale, l’élu accuse le VPM d’inefficacité face à l’insécurité grandissante à Kinshasa et dans plusieurs autres villes du pays. Malgré les pressions politiques et les désistements enregistrés parmi les signataires, il campe sur sa position.

« Je prends acte de mon exclusion du regroupement. Je remercie le président Jean-Michel Sama Lukonde pour m’avoir permis d’être libre d’exercer le pouvoir de contrôle sur un membre du gouvernement. Je n’ai pas violé la Constitution ni le règlement intérieur. Je n’ai fait que demander au VPM de protéger les électeurs du président Félix Tshisekedi », a-t-il déclaré.

Dans la même veine, Laddy Yangotikala insiste : « Qu’on ne vous trompe pas. Ma motion de défiance n’a pas été retirée. Nous irons jusqu’au bout ». Il dénonce également des tentatives d’entrave à la procédure parlementaire : « Toutes les manœuvres dilatoires qu’ils ont lancées pour protéger le VPM de l’Intérieur et Sécurité, comme le report de la plénière, n’aboutiront pas car le règlement intérieur est clair ».

Cette posture de fermeté intervient dans un contexte politique tendu. L’Union sacrée de la Nation, par la voix de son secrétaire permanent André Mbata, avait désavoué cette motion, évoquant l’absence de quitus préalable. De son côté, l’AFDC-A a exigé de ses deux députés signataires de retirer leurs signatures, tandis que plusieurs parmi les 56 signataires initiaux se sont désistés.

Malgré cet isolement progressif, Laddy Yangotikala se présente comme un élu déterminé à exercer pleinement son rôle de contrôle parlementaire. En résistant aux pressions politiques et aux désaveux, il affirme son refus de céder, martelant un message clair : pour lui, la question sécuritaire mérite un débat public au Parlement, sans compromis ni abandon de sa motion.

Njila Mule/CONGOPROFOND.NET

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