Diplomatie
Invasion rwandaise : La RDC demande à Arsenal, PSG et Bayern Munich de rompre leurs partenariats avec « Visit Rwanda »
La République démocratique du Congo (RDC) a adressé une lettre aux clubs de football européens Arsenal FC, Paris Saint-Germain (PSG) et Bayern Munich, les exhortant à mettre fin à leurs partenariats avec « Visit Rwanda », qu’elle qualifie d’« entachés de sang », en raison de l’occupation par les troupes rwandaises de vastes régions de l’est du pays.
Dans cette correspondance consultée par CONGOPROFOND.NET ce dimanche 2 février, la ministre des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, interroge la moralité des accords de sponsoring avec ces clubs, en pleine guerre menée par le Rwanda dans l’est du Congo.
La ministre a rappelé que le conflit a contraint plus de 500 000 personnes à fuir leur domicile en 2025 seulement, amplifiant la crise humanitaire dans la région.
Dans sa lettre adressée à Arsenal, Thérèse Kayikwamba a mis en lumière les preuves irréfutables de l’implication du Rwanda dans le conflit, en s’appuyant sur un rapport des Nations Unies qui a confirmé la présence de 4 000 soldats rwandais actifs en RDC.
« Des milliers de personnes sont actuellement piégées dans la ville de Goma, avec un accès limité à la nourriture, à l’eau et à la sécurité. Des milliers de vies ont été perdues : viols, meurtres et pillages y règnent. Votre sponsor est directement responsable de cette misère. », a déclaré Thérèse Kayikwamba.
Elle a mis également en évidence les liens entre les accords Visit Rwanda et l’exploitation illégale des ressources minières dans les zones occupées de la RDC. Ces minerais sont ensuite transportés à travers la frontière et exportés depuis le Rwanda, enrichissant ainsi l’économie rwandaise et finançant des partenariats onéreux, comme ceux avec les clubs européens.
Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies révèle que près de 150 tonnes de coltan ont été frauduleusement exportées vers le Rwanda, où elles ont été mélangées à la production locale.
Cette situation marque la plus grande contamination des chaînes d’approvisionnement en minerais jamais enregistrée dans la région des Grands Lacs.
La RDC estime que le pillage de ses ressources minières, orchestré par le Rwanda, représente environ un milliard de dollars US pour l’économie rwandaise.
Ces fonds, au lieu de financer des initiatives de développement en RDC, seraient détournés pour soutenir des partenariats commerciaux, comme ceux entre « Visit Rwanda » et des clubs de football européens.
Les autorités congolaises appellent ainsi ces grandes institutions sportives à réévaluer leurs engagements avec le Rwanda et à prendre en compte les implications éthiques et humanitaires de leurs accords de sponsoring.
Cette demande intervient alors que la RDC, confrontée à une grave crise sécuritaire et humanitaire, cherche des soutiens internationaux pour mettre fin à l’agression rwandaise et assurer la protection de ses ressources et de sa population.
WTK
Actualité
A Kampala, des experts plaident pour une paix “ancrée localement” en RDC face aux limites des accords internationaux
La 9ème édition de la Conférence de géopolitique de Kampala (KGC2026), tenue les 15 et 16 avril 2026 à l’Université Makerere en Ouganda, a pris fin ce jeudi sur un panel consacré à la situation en République démocratique du Congo.
Intitulé « Paix empruntée, ressources hypothéquées : le dilemme de souveraineté de la RDC et les perspectives de paix durable entre le cadre de Doha et l’accord de Washington », le panel 4 a réuni plusieurs spécialistes autour des défis que représentent les actuels processus de négociation pour la stabilisation du pays.
Le professeur Kasaijja Phillip Apuuli a souligné les limites des modèles standardisés d’accords de paix, rappelant que des solutions durables nécessitent une appropriation locale plus forte. « Les accords dont le processus n’est pas possédé nativement ne suscitent pas d’engagement », a-t-il observé, plaidant pour une implication directe des populations congolaises dans la conception des mécanismes de sortie de crise.
Asuman Bisika a pour sa part abordé la question de la souveraineté comme un espace en constante négociation, notamment face aux enjeux liés à la gestion des ressources naturelles. La professeure Zahara Nampewo a quant à elle interrogé la capacité de la RDC à mettre en œuvre des accords dans des cadres aussi complexes que Doha et Washington, au regard des contraintes politiques, économiques et géographiques propres au pays.
Les intervenants ont également replacé la crise congolaise dans son contexte historique long, depuis les années 1960 jusqu’aux tensions actuelles dans l’est du pays.
Au terme des échanges, les panélistes ont convergé vers la nécessité d’un ancrage africain plus affirmé dans les processus de paix, afin d’en garantir la durabilité et l’appropriation par les parties prenantes locales.
