Actualité
Inondations à Kinshasa : La bombe sanitaire à retardement que l’élite a sciemment armée
Les eaux ont commencé à se retirer, mais le pire reste à venir. Les inondations monstres du 5 avril 2025 en RDC, qui ont jeté plus d’un million de Congolais dans la rue, ne sont qu’un prélude. La véritable catastrophe, celle qui tuera en silence, se profile : une crise sanitaire d’une ampleur inédite, évitable, mais rendue inéluctable par l’incurie criminelle de ceux qui dirigent ce pays.
Imaginez des eaux stagnantes atteignant 3 mètres de hauteur, charriant un mélange nauséabond de déchets humains, fosses septiques éventrées, ordures ménagères, produits chimiques et carcasses d’animaux. C’est dans cette soupe toxique que des milliers de Kinois ont pataugé pour sauver ce qui pouvait l’être, les pieds nus, les mains en contact direct avec des agents pathogènes mortels.
Une soupe toxique entre eaux usées, excréments et cadavres en décomposition. Le choléra, la typhoïde, la dysenterie, la leptospirose et les dermatoses sévères ne sont plus des risques, mais des certitudes. L’histoire se répète : après les inondations de 2019 et 2022, des épidémies avaient déjà éclaté, faute de mesures préventives. Pourtant, rien n’a été fait pour éviter la prochaine.
Le peuple Congolais paie le prix exorbitant de l’impunité. Combien de morts faudra-t-il pour que l’État agisse ? Combien d’enfants mourront de diarrhées aiguës ? Combien de familles seront décimées par des maladies que l’on sait pourtant prévenir ? La réponse est cynique : pour l’élite congolaise, ces vies ne valent rien. D’aucuns font tout pour rendre l’État fantôme et l’indifférence meurtrière.
Car si les vies des Congolais comptaient, on n’aurait pas laissé des politiciens, des militaires et des affairistes construire en toute illégalité sur les voies d’évacuation des eaux. Si elles comptaient, on aurait appliqué la loi, démoli les bâtiments illégaux, et investi dans des infrastructures dignes d’une capitale du 21e siècle. Aujourd’hui, le pays devra dépenser des millions de dollars en urgence.
Parce qu’il y a une urgence médicale, en centres de traitement, en campagnes de vaccination. Une facture bien plus lourde que celle qu’aurait coûtée le simple respect des règles d’urbanisme. Où sont les autorités sanitaires ? Où sont les stocks de médicaments pré-positionnés ? Où sont les équipes d’urgence formées pour répondre à de telles crises ? Absentes, comme toujours. Pendant ce temps :
Les hôpitaux publics, déjà en ruine, seront submergés. Les ONG devront, encore une fois, pallier les carences de l’État. Les mêmes responsables qui ont permis ce dessein viendront poser devant des caméras en promettant des solutions. Le scénario est écrit d’avance, car il se répète depuis des décennies. Prévenir ? Trop tard. Mais agir est encore possible. La catastrophe sanitaire n’est pas une fatalité.
Mais elle exigera une mobilisation immédiate et massive : Déclencher un plan d’urgence épidémiologique avec surveillance active des maladies hydriques. Approvisionner en masse en sels de réhydratation, antibiotiques et désinfectants. Assainir en urgence les zones inondées pour éviter la prolifération des moustiques (paludisme, dengue). Poursuivre juridiquement les responsables de l’occupation illégale des bassins de rétention.
Mais au-delà de l’urgence, il faut enfin tirer les leçons : Arrêter l’impunité urbanistique : démolir sans complaisance les constructions illégales, même celles des « puissants ». Reconstruire Kinshasa avec un vrai plan directeur, des égouts fonctionnels et des zones non aedificandi respectées. Sanctionner les autorités complices de cette anarchie mortifère. La RDC mérite t-elle encore des élites aussi indignes ?
Un pays qui laisse ses citoyens mourir de maladies évitables est un pays qui se suicide. Les inondations de 2025 ne sont pas une « tragédie naturelle », mais le résultat de décennies de mépris, de corruption et d’incompétence. Demain, quand les premiers cas de choléra exploseront, les mêmes qui ont permis ce drame viendront pleurer des crocodiles. Mais le sang des victimes, lui, criera justice.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Politique
États inquiétants des routes dans le Haut-Uele : l’A.Ch Blaise Omunyepa remet en cause la politique provinciale de Jean Bakomito
L’état préoccupant des routes dans le Haut-Uele relance le débat sur la politique des infrastructures menée par le gouverneur Jean Bakomito Gambu. Face à des axes routiers jugés dégradés et peu durables, Blaise Omunyepa, président fédéral de l’Alliance pour le Changement (Haut-Uele 2), critique ouvertement les choix opérés par l’exécutif provincial.

Le gouvernement provincial met pourtant en avant plusieurs travaux de réhabilitation réalisés sur fonds propres, présentés comme un effort pour désenclaver les territoires et faciliter les échanges vers Isiro. Ces initiatives sont perçues par les autorités comme un pas important vers le développement économique de la province.
Mais pour Blaise Omunyepa, l’enjeu ne réside pas dans le nombre de kilomètres réhabilités, mais dans la qualité des infrastructures. Il estime que privilégier des routes en terre, souvent impraticables en saison des pluies, ne répond pas aux besoins réels des populations.

Cette critique rejoint le ressenti de nombreux usagers qui dénoncent la dégradation rapide de certains tronçons à peine aménagés. L’opposant plaide pour une politique axée sur l’asphaltage et des ouvrages durables, capables de soutenir les activités économiques sur le long terme.
Au-delà de l’aspect technique, Blaise Omunyepa soulève aussi la question de la gouvernance et de la gestion des ressources publiques. Un débat de fond s’installe ainsi dans le Haut-Uele : faut-il miser sur la quantité des réalisations ou sur la qualité des infrastructures pour impulser un développement durable ?
Junior Kasamba
