Diplomatie
Francophonie 2024 : Une insulte à la mémoire de nos 10 millions de morts
Dans le tumulte des discours diplomatiques et des préconisations, Emmanuel Macron a récemment émis des appels à la paix et à la réconciliation en République Démocratique du Congo. Ses mots, pourtant, résonnent comme un écho creux dans un océan de souffrance et de mémoire.
Alors que la RDC pleure ses 10 millions de morts, victimes d’une occupation rwandaise insidieuse, le président français propose un plan qui fait l’impasse sur la réalité tragique de notre histoire. Appeler au retrait du M23 et des troupes rwandaises, ainsi qu’à un démantèlement des FDLR, peut sembler, à première vue, un pas vers la paix.
Mais où est la condamnation claire et franche du Rwanda, ce pays qui a non seulement envahi nos terres, mais qui a également contribué à la dévastation de notre nation ? Macron semble se complaire dans une rhétorique qui occulte la responsabilité du Rwanda. Comment peut-on parler de paix sans nommer l’agresseur ? Comment peut-on espérer une résolution sans désigner ceux qui ont semé la mort et la désolation sur nos terres ?
Il est inacceptable que les souffrances de notre peuple soient réduites à de simples mots d’ordre diplomatiques. Nous n’avons pas besoin de beaux discours sur la paix, mais d’une reconnaissance de notre douleur, de notre perte, et d’une condamnation explicite de ceux qui ont perpétré ces atrocités. En omettant de pointer du doigt le Rwanda, Macron nous inflige une double peine .
Celle d’être dépossédés de notre histoire et celle d’être réduits au silence. L’appel à un processus politique impliquant le M23 et toutes les composantes politiques de la région frôle l’absurde. Quelles composantes politiques ? Celles qui ont été mises en place sous le joug d’une occupation ? Celles dont les mains sont tachées du sang de nos frères et sœurs ?
En intégrant le M23 dans le processus, Macron légitimize une force qui, malgré ses prétentions, reste un instrument de la déstabilisation rwandaise. Nous ne voulons pas d’un dialogue dans lequel nos bourreaux sont invités à la table des négociations. Nous voulons que la vérité soit révélée, que la justice soit faite, et que les coupables soient traduits en justice.
La France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, a la responsabilité morale et historique de soutenir la RDC dans cette quête de justice, plutôt que d’ignorer les crimes qui ont été commis. Il est grand temps de rompre nos relations avec une France qui, par ses préconisations, montre une fois de plus qu’elle est déconnectée des réalités congolaises.
La Francophonie, censée être un espace d’entraide et de solidarité, se transforme en un simulacre où nos voix sont étouffées et nos douleurs ignorées. Nous avons besoin d’une solidarité authentique, pas d’un soutien qui se limite à des déclarations sans lendemain. Il est impératif de quitter cette Francophonie qui ne nous sert à rien, qui ne nous respecte pas, et qui refuse de voir la vérité en face.
Nous devons revendiquer notre autonomie, notre dignité, et notre droit à une mémoire qui ne soit pas manipulée par des puissances étrangères. Le discours de Macron est une insulte à la mémoire de nos 10 millions de morts. Chaque mot prononcé sans un véritable engagement envers la justice est une trahison à ceux qui ont souffert et qui continuent de souffrir.
Nous devons nous lever, revendiquer notre histoire, et exiger que la vérité soit reconnue. La paix ne peut être bâtie sur des mensonges ni sur le silence des victimes. Il est temps de faire entendre notre voix, de réclamer notre droit à la dignité et à la justice.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
A Kampala, des experts plaident pour une paix “ancrée localement” en RDC face aux limites des accords internationaux
La 9ème édition de la Conférence de géopolitique de Kampala (KGC2026), tenue les 15 et 16 avril 2026 à l’Université Makerere en Ouganda, a pris fin ce jeudi sur un panel consacré à la situation en République démocratique du Congo.
Intitulé « Paix empruntée, ressources hypothéquées : le dilemme de souveraineté de la RDC et les perspectives de paix durable entre le cadre de Doha et l’accord de Washington », le panel 4 a réuni plusieurs spécialistes autour des défis que représentent les actuels processus de négociation pour la stabilisation du pays.
Le professeur Kasaijja Phillip Apuuli a souligné les limites des modèles standardisés d’accords de paix, rappelant que des solutions durables nécessitent une appropriation locale plus forte. « Les accords dont le processus n’est pas possédé nativement ne suscitent pas d’engagement », a-t-il observé, plaidant pour une implication directe des populations congolaises dans la conception des mécanismes de sortie de crise.
Asuman Bisika a pour sa part abordé la question de la souveraineté comme un espace en constante négociation, notamment face aux enjeux liés à la gestion des ressources naturelles. La professeure Zahara Nampewo a quant à elle interrogé la capacité de la RDC à mettre en œuvre des accords dans des cadres aussi complexes que Doha et Washington, au regard des contraintes politiques, économiques et géographiques propres au pays.
Les intervenants ont également replacé la crise congolaise dans son contexte historique long, depuis les années 1960 jusqu’aux tensions actuelles dans l’est du pays.
Au terme des échanges, les panélistes ont convergé vers la nécessité d’un ancrage africain plus affirmé dans les processus de paix, afin d’en garantir la durabilité et l’appropriation par les parties prenantes locales.
