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FILEP 2023 : Médias, conflits et cohésion sociale en Afrique, au centre de la 10ème édition à Ouagadougou
La dixième édition du Festival International de la liberté d’expression et de la presse (FILEP), organisée par le Centre National de Presse Norbert Zongo (CNP-NZ), s’est déroulée à Ouagadougou, du mercredi 18 au samedi 21 octobre 2023, sous le thème : « Medias, conflits et cohésion sociale en Afrique ».
En effet, pendant quatre jours, hormis les festivaliers venus de différentes régions du Burkina Faso, ceux de plusieurs pays d’Afrique, d’Europe , d’Amérique et d’Australie, notamment : le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Zambie, le Mali, le Sénégal, le Niger, le Nigéria, le Togo, l’Afrique du Sud, la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, le Burundi, l’Ouganda, le Zimbabwe, le Rwanda, la Guinée, le Libéria, la Gambie, Le Cap-Vert, la Guinée Bissau, le Cameroun, le Tchad, le Ghana, la Namibie, l’Allemagne, le Danemark, la République Démocratique du Congo, l’Australie, les Etats-Unis, la France, la Suisse et le Botswana, ont participé à des réflexions de très haut niveau sur plusieurs sujets liés au thème, organisées sous forme des panels, ainsi qu’aux activités ludiques, notamment le football et les prestations des artistes.
Soulignons que le Mali a battu le record en nombre des représentants. 35 maliens, journalistes et responsables des organisations professionnelles du Mali, ont pris part à ce dixième FILEP.
*Cérémonie officielle d’ouverture*
La cérémonie officielle d’ouverture de la 10ème édition du FILEP, intervenue le mercredi 18 octobre 2023, dans la salle des réunions du Conseil burkinabé des Chargeurs (CBC), a connu trois moments forts, à savoir : les mots des personnalités, la cérémonie d’hommages aux pionniers du FILEP et la conférence inaugurale.
Signalons que ladite cérémonie était agrémentée par la prestation d’artistes, musicien et humoriste.
S’agissant des mots de circonstance, l’on a noté cinq interventions, à savoir : le mot d’introduction du Président du comité d’organisation, Innoussa Ouédraogo, les mots du Représentant des partenaires techniques et financiers, Albert Bruun, ainsi que celui du porte-parole des participants, Ndeye Tafa, le mot du Directeur Exécutif du Ministère namibien de la Communication et enfin le mot d’ouverture du Président de l’Assemblée législative de transition, Bougouma Ousmane.

Au cours de la présente édition, le Centre National de Presse Norbert Zongo, a honoré la Namibie, pays qualifié de champion en matière de liberté de la presse.
Selon les rapports de Reporter Sans frontière, la Namibie est le meilleur pays africain concernant la liberté de la presse.
Dans son mot d’introduction, le Président du Comité d’organisation de cette 10ème édition, Innoussa Ouédraogo, est revenu sur l’épineuse question des rapports entre les medias et les conflits en Afrique.
« L’édition 2023 du Festival international de la liberté d’expression et de presse (FILEP) voudrait se pencher sur cette question lancinante des rapports entre les médias et les conflits en Afrique subsaharienne qui sont malheureusement des terreaux fertiles pour les violations et atteintes aux droits humains », a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : « Depuis le lancement du Festival en 2000, de nombreuses thématiques en lien avec les médias et les journalistes ont été questionnées et ont permis de mettre en lumière des problèmes majeurs qui minent le développement des médias du continent ».
Par ailleurs, Innoussa Ouédraogo estime que c’est un moment de partage d’expériences, de dénonciations et de prise des décisions. Il souligne que : « Ce festival est l’occasion de partager et de capitaliser des expériences, de prendre des résolutions et de les soutenir, de dénoncer les violations des droits des journalistes et d’interpeller les décideurs et les populations sur la nécessité de défendre la liberté d’expression et de la presse consacrée par nos textes fondamentaux que ce soit au niveau national et international ».

Du côté des participants, l’on a également noté cette même perception du FILEP qui se définit aussi comme un grand rassemblement des journalistes.
Zine Cherfaoui, Directeur de rédaction du quotidien indépendant El Watan d’Algérie, considère que c’est une belle occasion qui permet aux journalistes de rester entre eux, tout en discutant des problèmes et difficultés auxquels ils sont confrontés dans l’exercice de leur profession.
« Il n’est pas toujours évident de rassembler, chaque deux ans, deux cents à deux cent cinquante journalistes, issus de toutes les régions du continent. Et grâce à cela, les journalistes peuvent échanger entre eux sur des problèmes d’actualité », a-t-il déclaré au micro de la rédaction de CONGOPROND.NET.
Il est à signaler que c’est le Président de l’Assemblée Législative de Transition de Burkina Faso, Bougouma Ousmane, qui a officiellement ouvert la cérémonie et procédé au lancement du Colloque International, peu avant la conférence inaugurale qui était animée par le professeur Kari Kari Kwamé du Ghana.
*Participation de la RDC et autres pays d’Afrique centrale*
La République Démocratique du Congo a pris une part active au cours de cette dixième édition du FILEP. Trois journalistes, ressortissants de ce pays y étaient présents, à savoir : Jules Kisema Kinkatu et Dorcas Ntumba Bukasa du media en ligne WWW.CONGOPROFOND.NET, ainsi que Grace Kenyero de l’Univers TV.La présence de ces trois rd-congolais était bel et bien remarquée au pays de Thomas Sankara, de Norbert Zongo et d’Idrissa Ouédraogo, partant de leurs interventions aussi bien lors des travaux qu’à travers les émissions et interviews accordées aux télévisions burkinabé.
A ce propos, Il convient de noter que Dorcas Ntumba Bukasa était parmi les panelistes qui sont intervenus sur le sous-thème : « Médias, conflits et construction de la paix ».
Hormis la RDC, le Cameroun, le Tchad, le Rwanda et le Burundi, étaient aussi représentés, respectivement par Alain-Denis Mbenzele, Abbas M. Tahir, Aimable Twahirwa et Bob Rugurika.
*Déroulement des panels*
Au total, huit panels étaient organisés durant cette dixième édition du Festival International de la liberté d’expression et de la presse, à Ouagadougou et ce, du mercredi 18 au vendredi 20 octobre derniers.
Le tout premier et dont le sous-thème est : « Medias face aux crises sécuritaires, politiques et institutionnelles », était animé par Moussa Diallo du Burkina, Mama Diarra Diop du Mali et Harouna Ibrahim du Niger, sous la modération de Sadou Yattara du Mali.
Notons que six autres panels se sont déroulés de manière simultanée, au Conseil burkinabé des Chargeurs (CBC) et au Centre National de presse Norbert Zongo (CNP-NZ).
Ils se sont penchés sur les sous-thèmes suivants : Médias, conflits et construction de la paix, Problématique de la régulation et d’autorégulation en période de crise, Journalisme d’investigation dans un contexte de crises sécuritaire, Politique et institutionnelle, Médias de proximité et contribution à la paix, à la justice et la démocratie locale, Médias, droit et responsabilité numérique, et enfin, Extrémisme violent et criminalité organisés : la nécessité d’investiguer.
La projection d’un film intitulé : « Boko Haram, aux origines du mal », suivi d’un débat, avait clôturé la journée du jeudi 19 octobre.
Un huitième et dernier panel était consacré à la célébration de la journée nationale de la liberté de la presse et de 25 ans du Centre National de presse Norbert Zongo et a fait des regards croisés des maisons et centres de presse sur le parcours et le combat du CNP-NZ pour la liberté d’expression et de la presse en Afrique. C’était le vendredi 20 octobre.
*Recueillement, Sport, Concerts et Soirée de gala*
En dehors des activités à caractère scientifique, au cours desquelles les participants ont débattu sur différents sous-thèmes relatifs à la liberté de la presse, des moments de recueillement, de sport et de divertissement, étaient également au rendez-vous.
En hommage à Norbert Zongo et à tous les journalistes assassinés en Afrique et dans le monde, les festivaliers se sont rendus au cimetière de Gounghin, devant la tombe de Norbert Zongo, pour une courte cérémonie de recueillement. C’était dans la matinée du vendredi 20 octobre.
Néanmoins, pour s’offrir une détente, les festivaliers ont visité quelques sites touristiques de Ouaga, la capitale burkinabé, notamment le Mémorial Thomas Sankara. Peu avant cette visite, un match de football avait opposé l’équipe des journalistes burkinabé à celle des journalistes étrangers. Un score final de quatre buts partout, avait sanctionné la rencontre.
Pour lier l’utile à l’agréable, des concerts populaires étaient organisés, dans la grande cour du siège du FESPACO, où les festivaliers étaient invités pour se détendre.
Les activités du FILEP 2023 se sont définitivement clôturées avec l’organisation d’une soirée de gala, au cours de laquelle des hommages mérités étaient rendus, d’abord à la Namibie, pays champion de la liberté de la presse, ensuite à plusieurs journalistes africains, pour leur professionnalisme.
En guise de conclusion, notons qu’un rapport final adopté par tous les participants et contenant plusieurs résolutions et recommandations, avait sanctionné la fin des travaux, qui avaient été clôturés par le Ministre burkinabé de la Communication et Medias, Jean-Emmanuel Ouédraogo, le vendredi 20 octobre 2023.
Jules Kisema Kinkatu/CONGOPROFOND.NET.
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Responsabilité introuvable : À ce stade du procès, personne n’a établi que Philémon Mambabwa a ordonné de frapper ou séquestré qui que ce soit
Alors que la Cour militaire s’achemine vers la phase des plaidoiries, un constat factuel s’impose avec une acuité dérangeante : en près de huit audiences, aucun témoignage ni aucune pièce versée au dossier n’a permis d’établir un lien direct et univoque entre Philémon Mambabwa et les violences physiques subies par les enfants Mushobekwa.
L’audition des deux principaux renseignants, Sakina R. et Claudien Likulia, loin de clarifier la chaîne de commandement, a plutôt semé le trouble sur l’implication personnelle du prévenu. Sakina a été formelle devant le Ministère Public : “Est-ce que Monsieur Philemon Mambabwa avait donné l’ordre de la brutalité ? Non. Les policiers ont pris leur propre initiative” a-t-elle répondu. Une déclaration capitale, prononcée par une très proche du fils aîné de la principale partie civile, qui fragilise considérablement l’accusation de complicité ou d’instruction de torture.
De son côté, si Claudien maintient avoir entendu l’expression “petite correction”, les policiers commis à la résidence affirment sous serment n’avoir reçu que l’ordre de “garder” les jeunes gens jusqu’à l’arrivée des parents. Cette absence de preuve d’un ordre explicite de violenter les enfants se double d’une zone d’ombre juridique concernant le chef de séquestration. L’audience a confirmé que Philémon Mambabwa, après avoir découvert la présence clandestine de trois garçons majeurs ou quasi-majeurs dans la chambre de sa fille mineure à 4 heures du matin, a d’abord envisagé de les faire conduire à la 7ème Direction de l’ANR – service d’investigation dépourvu de cachot.
Cependant, il est établi et reconnu par toutes les parties que cet ordre n’a jamais été exécuté. Les enfants n’ont jamais quitté la résidence. Ils ont été retenus dans la guérite, dans l’attente, selon la défense, d’une confrontation parentale à une heure décente. Philémon Mambabwa a justifié cette rétention temporaire par un souci de responsabilité : “S’il leur était arrivé quelque chose à 5h du matin dehors, j’aurais été fautif de les avoir exposés”.
Dès lors, la question centrale qui se pose à l’orée des réquisitions est la suivante : la responsabilité pénale de Philémon Mambabwa peut-elle être engagée sur la seule base d’intentions supposées ou d’un environnement sécuritaire dont il aurait mal évalué le zèle ? La partie civile martèle que les cris des enfants étaient audibles depuis le salon et que le prévenu Philemon Mambabwa aurait dû intervenir.
La défense rétorque que ce dernier, après avoir entendu les explications des filles, a réévalué la situation en temps réel et a précisément renoncé à envoyer les garçons à l’ANR pour privilégier un dialogue parental. À ce stade du procès, si le comportement des enfants et des policiers est sévèrement questionné, la matérialité des faits principaux reprochés à Philémon Mambabwa – ordre de frapper et séquestration arbitraire – reste, sur le strict plan factuel et objectif, désespérément non établie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
