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Félix Wazekwa, patrimoine vivant : « Fimbu » ou l’Afrique qui impose son tempo au monde ( Tribune de Christian Bombolo Libre penseur et Chercheur en Droit pénal )

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Félix Wazekwa occupe une place singulière et éminente dans le patrimoine culturel congolais et africain. Il n’est pas seulement musicien : il est une institution vivante, un penseur populaire, un moraliste moderne et un chroniqueur aigu de la société. Auteur et compositeur d’une rare profondeur, il a su imposer une écriture musicale où la sagesse populaire, la satire sociale et le réalisme urbain se conjuguent avec une puissance poétique exceptionnelle.

Surnommé à juste titre « Monstre d’Amour », Félix Wazekwa incarne une musique qui ne se contente pas de faire danser, mais qui pense, interroge et éduque. Son art dépasse le simple divertissement pour devenir un instrument de lecture sociale, de correction morale et de célébration de la dignité humaine. Cette profondeur intellectuelle, alliée à une accessibilité populaire remarquable, lui permet de toucher toutes les couches sociales, toutes les générations et de franchir les frontières culturelles et géographiques.

Fimbu : une danse, un langage, un symbole

La danse Fimbu ne saurait être réduite à une simple chorégraphie. Elle constitue un véritable langage corporel universel, un code rythmique immédiatement intelligible par le corps humain, indépendamment de toute appartenance culturelle. Sa force réside dans sa simplicité expressive, son énergie communicative et sa capacité à fédérer spontanément.

Fimbu est à la fois danse et chant, mouvement et parole, rythme et message. Elle transforme la musique en une expérience collective, libératrice et fédératrice. Elle rassemble sans distinction, efface les clivages sociaux et culturels, et instaure une communion rythmique mondiale.

La portée symbolique du terme “Fimbu”

En lingala, le terme Fimbu désigne la chicotte, comprise ici non comme un instrument de violence, mais comme un symbole de correction, de discipline et de redressement.

Cette dimension symbolique trouve un écho particulier dans l’univers intellectuel et spirituel de Félix Wazekwa, dont l’œuvre est profondément nourrie de références bibliques.

La Bible, ouvrage de référence assumé par l’artiste, évoque explicitement le « bâton de la discipline » comme moyen d’éducation et de réajustement moral. Dans cette perspective, Fimbu devient une métaphore puissante : celle d’une correction administrée avec amour, fermeté et finalité éducative.

Cette symbolique a trouvé une résonance contemporaine forte à travers les performances sportives des Léopards du Congo, infligeant une « correction sportive » à leurs adversaires.

Ainsi est née une image saisissante et inédite : une danse de la correction, joyeuse, collective et porteuse de sens.

Une danse planétaire : une énormité culturelle

Le fait que Fimbu soit exécutée simultanément sur les cinq continents constitue un événement culturel majeur, sans précédent dans l’histoire récente des danses africaines contemporaines. Peu de créations chorégraphiques peuvent se prévaloir d’une diffusion aussi immédiate, synchronisée et universelle.

Danser Fimbu à Kinshasa, Paris, Montréal, Tokyo ou Johannesburg, c’est participer à un même moment symbolique mondial. C’est l’Afrique qui impose son tempo au monde, sans traduction, sans médiation, sans filtre. Le corps devient le lieu d’un langage universel, et Kinshasa en est le centre rythmique.

L’énormité du phénomène Fimbu

L’ampleur du phénomène Fimbu se déploie sur plusieurs plans fondamentaux :

– Culturel, en affirmant la centralité de la culture congolaise dans la dynamique musicale mondiale ;

– Symbolique, en unissant les peuples par le corps, le rythme et le sens ;

– Historique, en inscrivant Félix Wazekwa parmi les rares artistes capables de générer un mouvement global ;

– Social, en rassemblant riches et pauvres, jeunes et anciens, Africains et non-Africains ;

– Temporel, enfin, car Fimbu est une danse sans date d’expiration, à l’image de la discipline qu’elle symbolise : une valeur intemporelle, transgénérationnelle et universelle.

Conclusion et appel institutionnel

Fimbu n’est pas seulement une danse à succès.

Elle est un phénomène civilisationnel, porté par un artiste visionnaire dont l’œuvre contribue à l’élévation morale, culturelle et symbolique de la nation congolaise.

À travers Fimbu, Félix Wazekwa démontre que la musique congolaise n’est pas seulement influente : elle est fondatrice, fédératrice et universelle. Fimbu, c’est le monde qui danse au rythme de Kinshasa.

Au regard de cette contribution exceptionnelle à la culture nationale, à l’image internationale du Congo et à la célébration symbolique des performances sportives nationales, il apparaît légitime et hautement souhaitable que le Ministre des Sports décerne à Félix Wazekwa un prix spécial, en reconnaissance de son apport unique à la valorisation de l’identité congolaise, à l’unité nationale et au rayonnement culturel du pays à l’échelle mondiale.

Une telle distinction consacrerait non seulement un artiste, mais un patrimoine vivant.

Christian Bombolo

Libre penseur et Chercheur en Droit pénal

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Kinshasa : Les « gratteurs » de l’iPhone, quand la photo de rue devient un business de survie

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À Kinshasa, où l’accès à l’emploi formel demeure un défi majeur pour la jeunesse, l’ingéniosité devient une arme de survie. Chaque jour, de nombreux jeunes inventent de nouvelles formes d’activités génératrices de revenus. Parmi elles, un phénomène urbain gagne du terrain : celui des photographes de rue armés d’iPhone.

Un smartphone comme seul outil de travail

Sans studio ni matériel professionnel, ces jeunes utilisent uniquement leur smartphone ( le plus souvent de la marque Apple ) pour capturer des clichés de passants. On les retrouve devant les supermarchés, les malls, dans les artères animées du centre-ville ou encore dans les lieux de forte affluence.

« Les gratteurs », une pratique qui interpelle

Surnommés « les gratteurs », ces photographes improvisés prennent des photos spontanées avant d’aborder leurs sujets. Les images sont ensuite proposées à un tarif unique, généralement fixé à 2 000 francs congolais par photo. Une offre simple, directe et accessible.

Souvenir express ou service alternatif

Pour certains clients, ces clichés représentent un souvenir instantané pris sur le vif ; pour d’autres, une solution rapide et moins coûteuse, évitant le passage par un studio photographique classique. Cette proximité et cette spontanéité séduisent une clientèle variée.

Entre controverse et résilience

Si cette activité divise l’opinion (oscillant entre débrouillardise créative et travail informel) elle illustre surtout la capacité d’adaptation de la jeunesse kinoise face à une réalité économique difficile. Loin d’être un simple effet de mode, ce phénomène traduit une lutte quotidienne pour la survie.

L’iPhone, symbole d’une économie informelle inventive

En attendant des solutions structurelles et durables à la crise de l’emploi, l’iPhone devient pour ces jeunes bien plus qu’un simple téléphone : un véritable outil de travail et de survie économique, au cœur de la capitale congolaise.

Désiré Rex Owamba

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