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Face au M23, Félix Tshisekedi fait le pari de l’Afrique australe

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La crise sécuritaire dans l’est de la RDC se double désormais d’une profonde crise de confiance entre les acteurs de la région. Il y a « une cohabitation entre le contingent de l’Afrique de l’Est et les rebelles » du M23, a accusé Félix Tshisekedi. Le président congolais, qui était en visite d’État ce mardi 9 mai à Gaborone, au Botswana, a même posé un ultimatum. La force régionale de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EACRF) devra « quitter définitivement le territoire congolais, en juin prochain, si les résultats de sa mission ne sont pas satisfaisants ».  

Frustration

Expression de la frustration du chef de l’État congolais vis-à-vis du peu de résultats concrets obtenus par l’EACRF, cette fermeté affichée est aussi, à quelques mois de la présidentielle, un message adressé par Félix Tshisekedi à son opinion publique. De Kinshasa à Goma, nombreuses sont en effet les voix qui réclament avec insistance le départ des troupes kényanes, ougandaises, burundaises et sud-soudanaises qui composent l’EACRF.

Les tensions entre les autorités congolaises et l’état-major de la force est-africaine n’ont cessé de s’accentuer depuis le début de l’intervention, lorsque les premiers soldats kényans ont été déployés sur le terrain, en novembre dernier. Elles semblent même avoir atteint un point de non-retour, le 27 avril, lorsque le départ du général kényan Jeff Nyagah, commandant de l’EACRF depuis novembre 2022, a été rendu public.

Aux autorités congolaises qui ont plusieurs fois exprimé leurs doutes sur l’efficacité de sa mission, l’officier kényan a rétorqué par un courrier au vitriol dans lequel il dénonce des pressions politiques et des tentatives d’intimidation.

Au cœur de la brouille, les divergences sur le mandat exact de l’EACRF. Pour Kinshasa, qui réclamait dès le début un mandat plus offensif pour la force régionale, les soldats déployés sous la bannière de l’EAC doivent affronter le M23. Pour le désormais ex-commandant kényan, la priorité était au contraire donnée au processus politique. Une position publiquement assumée par certains chefs d’État de la région, mais qui demeure inconciliable avec celle de Félix Tshisekedi, lequel rejette avec force toute perspective de dialogue avec le M23.

Redynamiser la FIB

Fâché avec la Communauté d’Afrique de l’Est – en raison de ses relations plus que tendues avec le Rwanda de Paul Kagame et de sa défiance vis-à-vis de l’Ouganda de Yoweri Museveni –, le chef de l’État congolais semble bien décidé à jouer la carte de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).

Réunie le 8 mai pour le sommet de Windhoek, en Namibie, l’organisation sous-régionale a annoncé le déploiement prochain de forces pour « soutenir la RDC pour restaurer la paix et la sécurité dans l’Est ».

Au-delà de l’appel à une « approche coordonnée », lancé à l’issue de ce sommet auquel assistait, outre Félix Tshisekedi, le Namibien Hage Geingob, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa et la Tanzanienne Samia Suluhu Hassan, les contours de la future intervention restent à définir. Aucune date de déploiement n’est pour l’heure fixée. L’ampleur exacte des forces qui seraient déployées sur le terrain n’est pas connue, pas plus que les pays qui y contribueront en hommes et en matériels.

Plusieurs pays de la SADC comptent déjà des hommes au sein de la Brigade d’intervention de la force de la Monusco (FIB), crée en 2013 pour combattre, déjà, le M23. Selon les confidences d’un proche conseiller de Félix Tshisekedi à Jeune Afrique, le chef de l’État veut « redynamiser » la FIB, dans la perspective du retrait progressif de la mission onusienne.

En tournant le dos à l’EAC, bloc vers lequel il avait, au début de son mandat, concentré l’essentiel de ses efforts diplomatiques, et en se rapprochant de la SADC, dont son prédécesseur Joseph Kabila était très proche, Félix Tshisekedi effectue un changement de pied géopolitique. Reste à savoir si, à seulement huit mois de l’échéance électorale de décembre prochain, ce pari sera gagnant.

Matthieu Millecamps/JEUNE AFRIQUE 

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« Descendez au refuge ! » : À Kyiv, j’ai vécu 2 alertes aériennes qui m’ont fait comprendre le quotidien des Ukrainiens sous les bombes (Carnet de voyage CONGOPROFOND.NET)

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Pendant 3 heures d’échanges riches et passionnants avec des universitaires, des diplomates et des journalistes, nous avons eu l’opportunité exceptionnelle de découvrir les initiatives académiques et scientifiques portées par l’Ukraine en direction de l’Afrique, grâce au précieux accompagnement du Centre d’études africaines de l’Université nationale Taras Chevtchenko et de nombreux partenaires engagés.

Mais au-delà des discussions scientifiques et diplomatiques, c’est une expérience humaine forte qui marquera durablement ma mémoire.

Quand les sirènes interrompent la science

Alors que les échanges se déroulaient dans une atmosphère studieuse et conviviale, les sirènes d’alerte aérienne ont retenti à 2 reprises. À chaque fois, nous avons dû interrompre la conférence pour rejoindre en urgence un refuge anti-bombes.

Ces moments ont suscité en moi des émotions intenses. Descendre dans un abri souterrain alors que l’on participe à une conférence universitaire est une expérience qui dépasse l’imagination de ceux qui vivent loin du conflit. Cette réalité, je ne l’avais jusqu’alors observée qu’à travers les médias. La vivre personnellement m’a permis de mieux comprendre les conditions actuelles de l’Ukraine et les défis quotidiens auxquels les Ukrainiens sont confrontés depuis le début de l’agression russe.

Sur le chemin menant au refuge, une question me traversait l’esprit. J’ai alors demandé à notre hôte si les frappes russes visaient uniquement des objectifs militaires. Sa réponse fut aussi simple que percutante : « Que faut-il en penser lorsque nous sommes obligés, avec des étudiants et des chercheurs, de descendre dans un abri anti-bombes alors que nous discutons de science ? »

Cette interrogation résume à elle seule la réalité d’un pays où la guerre s’invite jusque dans les amphithéâtres, les salles de conférence et les espaces dédiés au savoir.

Le courage d’informer malgré la guerre

 

Cette visite a également été marquée par la présence d’une importante délégation de journalistes africains. Je tiens à saluer le courage et le professionnalisme de mes confrères venus de plusieurs pays du continent. Leur décision de se rendre en Ukraine en cette période particulièrement difficile témoigne d’un véritable engagement envers la recherche de la vérité et la compréhension des réalités du terrain.

Choisir de visiter un pays en guerre ne relève pas seulement du devoir professionnel ; cela exige aussi une part importante de courage personnel. Leur détermination à voir l’Ukraine de leurs propres yeux mérite d’être reconnue.

Cette visite m’a permis de découvrir une autre facette de l’Ukraine : celle d’un peuple qui continue d’enseigner, de rechercher, d’innover et de dialoguer avec le monde malgré les menaces permanentes. J’espère sincèrement que cette expérience contribuera à une meilleure compréhension des réalités que vivent quotidiennement les Ukrainiens et renforcera les liens entre l’Afrique et l’Ukraine dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de la coopération internationale.

Une expérience qui rapproche l’Afrique et l’Ukraine

Au cours de cette tournée de presse, des journalistes venus du Bénin, de la République démocratique du Congo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Sénégal et du Togo ont eu l’opportunité de couvrir les activités organisées à l’Université nationale Taras-Chevtchenko de Kyiv et de découvrir de près la réalité ukrainienne. Leur présence a donné à cette mission une dimension véritablement panafricaine, favorisant les échanges d’expériences et le partage de regards sur les défis contemporains auxquels fait face l’Ukraine.

Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude à Saleck Zeid, Josiasse Assemon, Arnauld Kassouin, Aliya, Mohamed Diop, Robert Kra, Bernadette Ayelo Ablavi Ayibe, Paul Joel Kamtchang, Mor Amar, Eddy Tshiala Katala qui ont participé à cette tournée de presse en Ukraine. Leur professionnalisme, leur courage et leur volonté de témoigner des réalités du terrain ont contribué au succès de cette mission et à une meilleure compréhension mutuelle entre nos peuples. Ensemble, nous avons vécu une expérience marquante qui restera gravée dans nos mémoires bien au-delà de ce voyage.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET

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