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Enseignement à distance en RDC en temps de pandémie Covid-19: leurre ou réalité? (Tribune de Jean-Paul B. Mbuyamba Professionnel en Développement International et Spécialiste en Éducation)

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Le mercredi 18 mars 2020, dans une allocution sobre et solennelle diffusée en direct sur la chaine nationale, le Président de la République, Felix Antoine Tshisekedi, annonce « la fermeture, jusqu’à nouvel ordre des établissements scolaires, des institutions supérieures et universités sur l’ensemble du territoire national » pour freiner la propagation du COVID-19 ordonnant ainsi à 27 millions d’élèves de rester à la maison.

La République Démocratique du Congo (RDC), 176ième pays sur 189 en ce qui concerne l’indice du Développement Humain publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en 2018, emboite le pas de beaucoup d’autres pays dans le monde et décide de s’isoler du monde et de confiner toute la population congolaise y compris les enfants, les jeunes et adolescents, en promettant la poursuite normale des enseignements via les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Quand pour certains pays, le recours à l’enseignement à distance est une seconde nature, pour d’autres comme la RDC, cela relève de l’anecdotique. En effet, dans un pays où le taux de pénétration de l’internet est l’un de plus faible du continent avec près de 4,2% (Banque Mondiale, 2016), il serait illusoire de croire que les 30 millions d’élèves et étudiants poursuivront une scolarité normale. Couplé à cela, le faible revenu des ménages et un taux national d’électrification de 9% en 2013 selon l’Agence Américaine pour l’Aide au Développement Internationale (USAID), quoi de plus normal que d’avoir des doutes sur cette stratégie.

En dépit des efforts du Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique (EPST) qui a proposé successivement en mars, avril, mai et juin des solutions frivoles à cette crise, telles que : l’Enseignement par la radio, par la télévision, par internet et la distribution massive de livrets d’exercices, l’impact de ces mesures sur terrain demeure limité.

Face à l’ampleur d’une crise à laquelle il n’était pas préparé, le Ministère de l’EPST s’est vu très rapidement dépassé par les conséquences de la fermeture de toutes les écoles. Ainsi, le 26 mars 2020, sur son compte Twitter, il annonce recourir à VODA EDUC, une application censée être accessible par internet, pour la formation des élèves à domicile. Cependant, l’accès à cette plateforme acariâtre est quasi impossible comme le suggère les nombreux commentaires des élèves sur les réseaux sociaux, notamment twitter et Facebook.

Au 30 Avril 2020, soit plus d’un mois après la fermeture totale des écoles, le site internet de l’UNICEF en RDC renseigne que des leçons vont finalement être diffusées pendant deux heures par jour sur Radio Okapi, sur la Radio Nationale RTNC et en continue sur Educ TV qui ne couvre que la ville de Kinshasa. En outre, on apprend que 211,000 livrets d’exercices serait en cours de distribution. De plus, le Ministère informe sur son compte Twitter que « bientôt », sera distribué aux élèves de l’ensemble du pays des cahiers d’exercices. Lorsque l’on sait qu’il n’existe pas en RDC d’imprimerie industrielle, nous sommes en droit de nous demander si ces manuels sont effectivement entreposés quelque part et s’il existe un plan réel de distribution.

Aujourd’hui, les experts internationaux de l’éducation, préconisent 4 options d’enseignement à distance (PME, Juin 2020) : (i) par la radio, (ii) par la télévision, (iii) par le téléphone et (iv) l’enseignement en ligne qui nécessite un cadre particulier et des ressources appropriées.

Dans ce contexte, où nous situons-nous en République démocratique du Congo ? Quid de l’effectivité de l’enseignement à distance sur l’ensemble du pays aux 27 millions d’élèves comme l’affirme effrontément le Ministère de tutelle ? S’agit-il d’un leurre ou d’une réalité ? Qu’observe-t-on réellement dans nos maisons transformées du jour au lendemain en salle de classe ?

Avec en moyenne 6 enfants par femme (Banque Mondiale 2017), les parents congolais, eux aussi victimes de ce confinement sont très vite débordés et doivent assumer le rôle d’enseignants en sus de leurs tâches professionnelles. En l’absence d’un Plan National d’Urgence, ou d’une plateforme virtuelle nationale dédiée fonctionnelle, efficace et efficiente, les enseignants se débrouillent comme ils le peuvent, aux grès et aux humeurs de chacun.

Pour ce faire, les enseignants des écoles des nantis et privilégies ont recours pour la plupart à l’application WhatsApp par laquelle des vidéos et/ou des liens sont partagés. Compte tenu du coût élevé, voir prohibitif de la connexion internet en RDC, cela a une incidence majeure sur le budget des ménages. Autre fait marquant, on observe que la quasi-totalité des écoles exigent le paiement des frais scolaires du troisième trimestre bien qu’il s’agisse d’un semestre tronqué. On constate également que la majorité des écoles publiques ont malheureusement abandonnés leurs élèves à leur triste sort. Par conséquence, peut-on réellement parler d’un véritable enseignement à distance en RDC ?

Au terme de ce confinement, il serait opportun qu’une évaluation soit faite sur le nombre exact d’écoles, publiques comme privées, ayant réellement dispensé des cours à distance. Notamment, combien d’élèves sur les 27 millions que compte la RDC ont effectivement bénéficié d’un tel enseignement ? Il serait également utile d’étudier les effets de cet enseignement sur la qualité de l’éducation en particulier et sur la vie sociale de l’élève en général y compris la jeune fille.

Actuellement, des chuchotements sur la réouverture des écoles, ou « la réouverture progressive des écoles » comme le promet le Ministère de l’EPST se font entendre. Ainsi, une Task Force a vu le jour afin d’éclairer le politique et l’aider à opérer un choix judicieux sur le « quand et comment » de cette réouverture. Bien qu’aucune recommandation perspicace n’ait vu le jour jusqu’à présent, nous osons croire que cette Task Force travaillera en synergie avec des experts ayant une expérience avérée dans le domaine afin d’éviter une catastrophe.

Au final, comme toujours, le politique aura le dernier mot.

 

Par Jean-Paul B. Mbuyamba Professionnel en Développement International et Spécialiste en Éducation avec plus de 10 ans d’expérience dans le secteur de l’éducation en Afrique. 

 

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