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Analyses et points de vue

Deux phares éteints de la Franc-maçonnerie congolaise : Hommage à Henri Kitenge Yezu et Bernard-Claude Mbu Ne Letang

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En ce mois de mai, la République démocratique du Congo rend hommage à deux figures tutélaires de la franc-maçonnerie nationale : Henri Kitenge Yezu, disparu le 31 mai 2021, et Bernard-Claude Mbu Ne Letang, décédé le 23 mai 2024. Ces deux bâtisseurs ont, chacun à leur manière, profondément influencé le paysage maçonnique congolais et africain.

Leur engagement, lucide et constant, a permis de poser les fondations d’une maçonnerie congolaise structurée, souveraine et résolument ouverte sur le monde. Initié en 1980 au Grand Orient du Congo (GOC), Henri Kitenge Yezu est le patriarche fondateur, aux côtés de celui qui signe cet hommage. Il fut bien plus qu’un homme d’État. Il fut un passeur de Lumière et un bâtisseur de l’Ordre.

Ensemble, après avoir quitté le GOC en 1986, ils fondèrent la Respectable Loge « Le Carrefour », première pierre d’un projet plus ambitieux : la création, en 1994, de la Grande Loge Nationale du Congo (GLNC). Sur le plan profane, Henri Kitenge a exercé plusieurs fonctions ministérielles sous le régime du maréchal Mobutu Sese Seko, notamment comme :

Ministre des Postes, Téléphones et Télécommunications (PTT), Ministre de l’Information et Ministre du Commerce extérieur. Plus tard, il fut nommé Haut Représentant et Conseiller spécial du Président Félix Tshisekedi, en 2019. Mais c’est dans la sphère maçonnique qu’il s’est illustré avec le plus de constance et de grandeur, en accédant à la dignité de Très Puissant Souverain Grand Commandeur de l’Ordre du Rite Oriental Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.

Ordre qu’il dirigea avec hauteur jusqu’à son passage à l’Orient Éternel en 2021. À sa suite, dans l’esprit de fidélité et de transmission, son compagnon de route et Frère de toujours reprit le flambeau. Bernard-Claude Mbu Ne Letang était le diplomate de la Fraternité. Lui aussi initié au GOC, Bernard Mbu Ne Letang fut reconnu très tôt pour sa droiture, sa discrétion et sa force morale.

Homme de vision, Frère de cœur, il mena un parcours exemplaire à travers plusieurs obédiences majeures : du GOC à la Grande Loge Régulière Française (GLRF), puis à la Grande Loge de France (GLDF). Inlassable artisan de l’unité maçonnique africaine, il joua un rôle central dans plusieurs initiatives structurantes : la signature de l’Appel de Casablanca, un des initiateurs des Rencontres Humanistes et Fraternelles d’Afrique et de Madagascar.

Mais aussi la Déclaration de Libreville, la 21ᵉ édition des Rencontres Humanistes et Fraternelles d’Afrique et de Madagascar (REHFRAM), organisée à Kinshasa en 2013, les Accords de Lubefu de 2011. À travers ces jalons historiques, il a préparé le terrain pour une concertation maçonnique souveraine en RDC, ancrée dans les valeurs africaines et les exigences universelles de la régularité.

Il eut une complicité fraternelle au-delà du voile. Henri Kitenge Yezu et Bernard Mbu Ne Letang ont connu des cheminements initiatiques distincts, mais tous deux sont nés du même creuset : le GOC. Leurs routes se sont croisées, éloignées, puis retrouvées dans une fraternité silencieuse, profonde, fidèle. Aujourd’hui, réunis à l’Orient Éternel, ils poursuivent un même chemin de Lumière, dans la spiritualité traditionnelle, la régularité, et l’universalité.

Face à leur disparition, notre devoir n’est ni la résignation ni la mélancolie. Il est celui de la relève et du leg. C’est le temps du relai et de la transmission. C’est dans cet esprit que la GLNC, fidèle à leur vision, a engagé dès 2021 une réforme ambitieuse : Séparation stricte entre les Hauts Grades et les loges symboliques bleues, Adoption de quatre rites : REAA, RER, Émulation, York, Abandon de la mixité et Adhésion aux principes de la régularité maçonnique.

Mais surtout, ces réformes visent à préparer une nouvelle génération de maçons congolais, capables d’honorer et de prolonger cet héritage. C’est dans cette logique que s’inscrit la concrétisation des Accords de Lubefu, à travers la création de la Conférence des Puissances Maçonniques Congolaises Indépendantes et Souveraines (CPMCIS). Henri Kitenge Yezu et Bernard Mbu Ne Letang nous ont légué une œuvre.

À nous désormais de l’assumer, de la faire fructifier. À la jeunesse maçonnique congolaise revient la mission de poursuivre la structuration d’une maçonnerie digne, rayonnante, ancrée dans les valeurs universelles et les traditions africaines. Leur mémoire, leurs actions, leur fraternité demeurent vivantes. Ils continuent de marcher avec nous, invisibles mais présents, à chaque allumage des feux, à chaque transmission de la Lumière, à chaque engagement pour l’élévation de l’humanité. J’ai dit.

R… K… M…
Très Puissant Souverain Grand Commandeur
Ordre Universel – Rite Oriental Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm

Analyses et points de vue

Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique

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C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.

Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.

La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.

C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.

Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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