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Tribune : Pendant que Tshisekedi défend la Nation, Kabila la livre à Kigali ( Par Dany Mukendi Wa Dinanga/Mouvance Présidentielle)
Le 23 mai 2025, Joseph Kabila a refait surface. Depuis une localisation soigneusement tenue secrète, l’ancien président congolais s’est fendu d’une déclaration incendiaire, accusant le régime actuel de « dictature » après la levée de son immunité parlementaire par le Sénat. L’événement aurait pu prêter à débat démocratique s’il ne s’inscrivait dans un contexte gravissime : l’implication présumée de Kabila dans le soutien au mouvement terroriste RDF/M23, instrument militaire du Rwanda en République démocratique du Congo.
À travers ses mots, Kabila tente de se poser en victime d’un État autoritaire. Mais derrière cette posture de martyr républicain se cache une réalité plus sombre, plus stratégique, et plus dangereuse pour la Nation : Joseph Kabila ne se contente plus de flirter avec la trahison-il y a basculé.
Sénateur à vie : une fonction, des obligations
Pour bien cerner le problème, il faut revenir à la nature du statut actuel de Joseph Kabila : sénateur à vie. Ce titre ne lui a pas été arraché de haute lutte ni même conquis dans les urnes. Il est le fruit d’un compromis politique inscrit dans une loi votée sur mesure, par des parlementaires kabilistes soucieux d’assurer à leur « Raïs » une retraite paisible, sinon dorée. C’est donc une loi de protection, conçue pour éviter qu’un ancien chef d’État ne soit inquiété par ses successeurs.
Mais cette protection exceptionnelle va de pair avec des devoirs. Le sénateur à vie est tenu à la réserve. Il est lié par une exigence de loyauté envers la République, ses institutions, son armée et sa Constitution. En soutenant (directement ou indirectement ) une rébellion armée responsable de massacres, de déplacements de populations et de la déstabilisation de l’Est du pays, Joseph Kabila foule aux pieds cette exigence. Il viole le contrat moral et politique passé avec la République.
La question n’est donc plus de savoir si la RDC a trahi Kabila, comme il semble le suggérer, mais bien si Kabila n’a pas trahi la RDC.
Goma : le nouveau quartier général de la trahison
Installé à Goma, capitale provinciale devenue sous sa houlette un théâtre d’ombres et de manipulations, Joseph Kabila ne se cache même plus. Il organise, hors cadre institutionnel, des consultations « politiques » dont la finalité est tout sauf républicaine. Il entretient une agitation souterraine. Il manœuvre avec ceux-là mêmes qu’il affirmait avoir « neutralisés » en 2013. Il se révèle aujourd’hui leur inspirateur, leur parrain officieux, leur caution politique.
La boucle est bouclée : Kabila est le pompier pyromane par excellence. Il attise la guerre qu’il prétend éteindre. Il dédouane Kigali en déguisant une agression étrangère en conflit interne. Il congolise la rébellion pour mieux masquer sa nature rwandaise. Il brouille les lignes, manipule l’opinion, déplace les responsabilités. Et pendant ce temps, l’armée congolaise, au prix du sang, défend la souveraineté nationale sur les lignes de front.
Tshisekedi au front : le contraste est saisissant
À l’opposé, Félix Tshisekedi, chef de l’État en exercice, assume ses responsabilités de commandant suprême. Il n’est pas à l’étranger, encore moins caché dans quelque résidence discrète. Il est sur le terrain. Depuis plusieurs mois, il multiplie les déplacements sur les lignes de front, au contact des troupes, inspectant les positions, boostant le moral de la garde républicaine comme de l’armée régulière. Son engagement personnel, physique et stratégique dans la défense de la nation, tranche avec le silence coupable et la duplicité de son prédécesseur.
Tshisekedi ne se contente pas de discours ; il agit. Il ne souffle pas sur les braises ; il affronte l’incendie. Il ne pactise pas avec Kigali ; il tient tête. Sa démarche, qu’on l’apprécie ou qu’on la critique, est celle d’un homme d’État soucieux de l’unité nationale et de la dignité territoriale. À travers lui, c’est toute une République qui se bat pour ne pas disparaître.
Une justice qui doit aller jusqu’au bout
La levée de son immunité parlementaire est une première victoire de l’État de droit. Elle ne vaut pas condamnation, mais elle permet aux institutions judiciaires de faire leur travail. Et c’est ce travail qu’il faut désormais laisser se poursuivre jusqu’à son terme : que Joseph Kabila réponde des faits qui lui sont reprochés devant son juge naturel. Ni plus, ni moins.
L’homme qui a dirigé ce pays pendant dix-huit ans doit accepter aujourd’hui ce que tout citoyen accepte : la justice. S’il est innocent, elle le dira. Mais s’il est coupable, l’histoire retiendra qu’en lieu et place d’un père fondateur, la Nation a nourri en son sein un fossoyeur. Un ancien président devenu chef de bande. Un garant devenu traître.