Actualité
Détournement au Sénat : Ultimatum de l’IGF à Thambwe Mwamba
Jules Alingeti, Directeur Général de l’IGF (Inspection Générale des Finances), a accordé 5 jours francs, à dater du 03 février 2021, au Président du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba, ainsi qu’au Questeur, au Questeur adjoint et au Trésorier de cette institution, pour apporter des justificatifs sur l’utilisation des fonds de l’ordre de 107.393.869.128, 82 FC (cent et sept milliards, trois cents quatre-vingts-treize millions, huit cents soixante-neuf mille, cent vingt-huit, quatre-vingt-deux francs congolais), sortis du Trésor public entre janvier 2019 et décembre 2020. Cette somme, qui représente environ 53,5 millions Usd (cinquante-trois-millions cinq cent mille dollars américains) fait remonter, dans la mémoire collective congolaise, le feuilleton du détournement de 58 millions de dollars par le duo Kamerhe-Jammal, lequel leur a valu la condamnation, au premier degré, au niveau du Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe, à vingt ans de travaux forcés.
En ce qui concerne le dossier du président du Sénat, l’opinion publique se demande comment une si haute personnalité, créditée d’une très longue expérience dans la gestion des affaires publiques, du régime de Mobutu à celui de Kabila-fils, a pu tomber dans le piège de la disparition, jusque-là sans trace, d’une somme aussi colossale.
C’est scandaleux dans ce pays où le Congolais moyen vit avec moins d’un dollar américain par jour. C’est là une insulte à la misère des masses laborieuses qui ont placé beaucoup d’espoirs dans des élus qui avaient donné, au départ, l’impression d’être acquis à la vision du Chef de l’Etat axée sur la recherche du bien-être du plus grand nombre mais qui, une fois aux affaires, versent dans le pillage systématique des deniers publics.
Sans pour autant anticiper sur les poursuites éventuelles auxquels s’exposent Thambwe Mwamba et consorts, c’est le lieu de relever que le même cacique du kabilisme fait à la fois l’objet d’une pétition initiée par ses collègues sénateurs et dans laquelle sont consignés, entre autres griefs, celui de la mégestion, mais également d’une interpellation en gestation du côté du Parquet général près la Cour de cassation, qui a déposé une requête auprès du Bureau du Sénat en vue d’ouvrir une instruction judiciaire à sa charge, ainsi qu’à celle du Questeur, de son conseiller financier et du Trésorier, pour des détournements présumés des sommes de 2 millions d’Euros, d’un million de dollars américains et d’un million de francs congolais, retirés par le précité à la BCDC (Banque Commerciale du Congo).
Le groupe devrait expliquer d’une part le transit de cet argent par la résidence privée d’Alexis Thambwe Mwamba, son reversement précipité à la trésorerie du Sénat et l’utilisation qu’on devrait en faire.
Cela fait beaucoup, après la mise à l’écart du Bureau dirigé par Thambwe Mwamba, remplacé jeudi par le Bureau d’âge, ainsi l’entrée en scène imminente de la machine de la justice pour tirer au clair les dossiers noirs des fonds publics à justifier et ceux qui ont échappé, de justesse, à un détournement visiblement planifié mais étouffé dans l’œuf par la lettre du Procureur général près la Cour de Cassation.
Le Phare
Politique
Assemblée nationale : Sous la conduite de Boji Sangara et Djoli Eseng’Ekeli, le temple des lois retrouve sa rigueur constitutionnelle
En recevant, dans le strict respect des formes républicaines, le rapport annuel de la CENI des mains de Denis Kadima, le tandem Aimé Boji Sangara – Jacques Djoli Eseng’Ekeli a offert ce mardi 14 avril 2026 une magistrale leçon de droit parlementaire. Loin des tumultes et des improvisations du passé, le Palais du Peuple démontre qu’il est redevenu le sanctuaire intangible de la procédure.
Ce mardi 14 avril 2026 restera comme l’illustration éclatante qu’un État de droit se construit d’abord par la stricte observance des gestes prescrits. En recevant officiellement Denis Kadima dans l’antre du bureau de l’Assemblée nationale, le Président Aimé Boji Sangara n’a pas seulement ouvert sa porte ; il a ouvert la session de contrôle parlementaire à l’heure exacte où la loi l’exigeait.
Accompagné du rapporteur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, orfèvre constitutionnel dont la présence suffit à garantir l’orthodoxie juridique du moment, ce binôme a transformé une formalité administrative en une démonstration de force institutionnelle : ici, au Palais du Peuple, on ne badine plus avec le calendrier de la démocratie, et chaque échéance légale est honorée avec une rigueur qui force le respect de tous les acteurs politiques.
Le dépôt des 550 exemplaires du rapport annuel — un par député national, ni un de moins, ni un de trop — incarne à lui seul la révolution procédurale silencieuse en cours. Couvrant la période stratégique d’avril 2025 à mars 2026, ce document n’est pas un simple bilan technique ; c’est la feuille de route authentifiée des prochaines échéances électorales. Dans une tradition où les documents se perdaient parfois dans les couloirs ou n’arrivaient que tronqués dans les mains des élus, la précision mathématique exigée par le Professeur Djoli et orchestrée par le Speaker Boji Sangara envoie un signal limpide : le Parlement ne délibère plus sur des rumeurs, il légifère et contrôle sur pièces.
En remettant matériellement à chaque élu la totalité de l’œuvre de la Centrale Électorale, le duo dirigeant de la Chambre basse élève le débat à venir au rang d’examen rigoureux, là où régnait hier l’à-peu-près. Cette image d’un Parlement respectueux de ses propres règles jusqu’au détail protocolaire est la plus cinglante des réponses aux sceptiques de la gouvernance congolaise. La CENI de Denis Kadima n’a pas été convoquée comme un justiciable à la barre, mais accueillie comme une institution partenaire dans le cadre défini par la Loi fondamentale.
En verrouillant ainsi la procédure, Aimé Boji Sangara et Jacques Djoli Eseng’Ekeli ne protègent pas seulement la majorité ou l’opposition ; ils protègent la République elle-même contre ses vieux démons d’improvisation. Dans une Afrique centrale en quête de repères, le message porté ce 14 avril depuis Kinshasa est d’une clarté assourdissante : quand les hommes de droit sont à la manœuvre, les institutions respirent au rythme serein et inébranlable de la Constitution.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
