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Analyses et points de vue

Déconfinons le passé colonial et ouvrons les ateliers de la mémoire en RDC !

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Par Alain Parfait Ngulungu, Centre d’Études Politiques, Université de Kinshasa Gertrude Mianda, York University, Toronto, Canada
Didier Gondola, Indiana University, Indianapolis, États-Unis Charles Tshimanga, University of Nevada-Reno, États-Unis

À l’occasion du 60ème anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo (RDC), le 30 juin dernier, le Roi Philippe de Belgique a exprimé, dans une lettre adressée au Président de la RDC, Félix-Antoine Tshisekedi, ses « plus profonds regrets pour les blessures du passé » dont la douleur, déplore-t-il, « est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore présentes dans nos sociétés ».

Alain Parfait Ngulungu ( Chercheur/Centre d’Études Politiques, Université de Kinshasa)


Loin d’offrir ses regrets pour la seule période de l’État indépendant du Congo (1885-1908), durant laquelle « des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective », le Roi a également épinglé « la période coloniale qui a suivi » (1908-1960) avec son lot de « souffrances et d’humiliations » infligées aux Congolais. Qu’un roi belge s’engage à « combattre toutes les formes de racisme », qu’il encourage une réflexion au sein de sa nation « afin que la mémoire soit définitivement pacifiée », voilà une révolution en soi, révolution inachevée, cependant, si elle reste l’œuvre de la Belgique seule, si elle reste confinée en Flandre et en Wallonie. Prenant acte des regrets royaux, le Président Tshisekedi, dans un discours qui se revendique autant citoyen que mitoyen, ni lumumbiste ni kasavubien, s’est évertué à promouvoir la construction d’une mémoire commune en inaugurant les ateliers de la mémoire afin qu’un « travail scientifique réalisé par les historiens des deux pays » raconte « notre histoire commune avec la Belgique et son peuple ».

Gertrude Mianda ( Professeur/ York University, Toronto, Canada)

La genèse de ces regrets rappelle, aux chercheur-e-s que nous sommes, que le jeu et le joug implacables du contexte international ont toujours conspiré à influencer la trajectoire du Congo. De Berlin, où l’avenir du Congo a été scellé en 1885 sous le couvert de la « mission civilisatrice », à la Table Ronde de Bruxelles (janvier-mai 1960) autour de laquelle des politiciens congolais frais émoulus se sont fait damer le pion par des dirigeants belges férus de politique, le destin de ce grand pays a toujours échappé aux mains de ses enfants. En 2020, ce sont les répercussions mondiales du meurtre de George Floyd—une agonie insoutenable survenue dans un contexte pandémique de confinement quasi planétaire—qui font irruption dans les débats mémoriels en Belgique, remuent un passé colonial douloureux que les Belges avaient vainement tenté de liquider et de faire passer par pertes et profits, et forcent la main du Roi. Qu’on ne s’étonne donc pas que cette mort atroce déconfine le passé colonial en Belgique (comme ailleurs). Elle fait sourdre des tréfonds obscurs de « notre histoire commune » l’écume nauséabonde de l’« empire du silence », terme utilisé par l’écrivain belge Oscar-Paul Gilbert pour qualifier la chape de plomb que les Belges avaient maintenue sur leur colonie.

(Didier Gondola/ Indiana University, Indianapolis, États-Unis)


Il faut voir dans les soubresauts causés par le meurtre de George Floyd, et le regain de Black Lives Matter la preuve de la suffocante présence du passé, puisqu’ils nous ramènent sur le lieu du crime ; commis non pas dans les rues de Minneapolis ou les places victoriennes de Bruxelles, mais dans l’archipel colonial des villages dépeuplés par le caoutchouc rouge, dans l’univers paternaliste des villes où règne l’ordre colonial et à travers les poncifs racistes qui parcourent doctement les linéaments pseudo-scientifiques de l’époque coloniale et traitent le Noir tantôt comme un grand enfant, un sauvage, tantôt comme un objet, son cerveau comme une cire molle et inerte que seule l’œuvre missionnaire pouvait façonner a sa guise.

Ce déconfinement de l’histoire de la colonisation, de sa mémoire tronquée par certains et refoulée par d’autres, ne peut se faire sans préconiser un certain nombre de garde-fous, sans remettre en question un rapport de force qui n’est pas seulement politique et économique, mais aussi scientifique, sans proposer de nouveaux paradigmes. Avant de les aborder, considérons que les Subaltern Studies, initiées dans le milieu des intellectuels des pays d’Asie anciennement colonisés par la Grande Bretagne, notamment l’Inde, ont ouvert la voie à l’adoption d’un tel changement paradigmatique dans la mesure où ce groupe d’intellectuels exige une relecture du savoir accumulé en Occident. Il s’articule en outre autour de l’idée fondamentale que la décolonisation ne s’est pas traduite par la remise en question du monopole discursif et du savoir occidentalo-eurocentrique sur les sociétés dites du Tiers-Monde. Il s’attelle également à déconstruire les grands récits élaborés en Occident en soulignant les limites de leurs prétentions universalistes. On passe ainsi d’une réfutation totale du savoir singulier et univoque à une revendication radicale de savoirs pluriels et plurivoques.

Charles Tshimanga ( Professeur/University of Nevada-Reno, États-Unis)


Ce faisant, on rétablit et légitime les voix jusqu’alors marginalisées, voire réduites au silence. Hormis quelques exceptions, peu de chercheurs dans les pays francophones, notamment en Belgique, ont émulé ce travail de déconstruction mené pourtant depuis deux décennies dans le monde anglophone, en particulier aux États-Unis. Il est vrai qu’en Belgique, les enjeux du savoir se confondent de façon singulièrement consubstantielle avec des enjeux de pouvoir. Ainsi, une révolution des savoirs qui conteste ce que Césaire disait être « l’humanité réduite au monologue » est ressentie comme un assaut contre l’hégémonie et le magistère que l’Europe continue à exercer en Afrique et au détriment de la Diaspora africaine en Europe.
En Belgique, cette connivence entre savoir et pouvoir demeure omniprésente dans la production et l’organisation des connaissances sur la RDC, prolongeant et perpétuant ainsi le rapport de force colonial dans un confinement postcolonial où les Congolais restent marginalisés. Espace et moment hybrides par nature, parce que l’impact de la colonisation a été trop intégral, trop pesant pour être à la fois dépassé et distancé par un simple préfixe (post), la postcolonialité s’impose aux Congolais comme un avatar, une énième réincarnation, une métamorphose de ce long cauchemar qui commence lorsqu’un roi lointain et inconnu invente de toutes pièces un lieu (le Congo), nomme des peuples, oblitère leurs cultures, décime des villages entiers et fait main basse sur les richesses du sol et du sous-sol.
Déconfiner ne doit pas se réduire simplement à la collaboration entre chercheurs congolais et chercheurs belges, collaboration qui existe d’ailleurs depuis plusieurs décennies.

Quel chercheur congolais de quelque acabit n’a pas consulté les archives africaines en Belgique et assisté à des conférences dans une université ou un centre de recherche belge ? Qui n’a pas collaboré avec un(e) collègue belge dans une relation souvent léonine où c’est le chercheur belge qui tient le haut du pavé dans un modus operandi extractif suranné ? Qui n’a pas visité le fameux MRAC (Musée Royal de l’Afrique Centrale, rebaptisé Africa Museum à l’issue de sa rénovation) et, peut-être même, soupiré devant les tombes des sept Congolais exhibés à l’Exposition Universelle de 1897 lorsque les zoos humains faisaient fureur dans L’Europe triomphante ? Ainsi, la commission « Vérité et Réconciliation » que vient d’établir le parlement belge et dont le noyau comprend les chercheurs du MRAC, autour duquel orbitent quelques caciques congolais, risque de se réduire à un dialogue à sens unique et d’accoucher d’une souris (à l’instar de la Commission d’Enquête sur l’assassinat de Patrice Lumumba de 2001) si l’ombre du pouvoir écorne et étouffe la quête du savoir et de la vérité. En donnant le change, cette commission, il faut oser le dire, oblitère, côté congolais, l’impératif préconisé par le philosophe Paulin Hountondji, celui de ne pas seulement parler de l’Afrique (en l’occurrence du Congo), mais avant tout de discuter entre Africains (Congolais).

Un autre paradigme qui va désormais dicter l’histoire coloniale du Congo doit battre en brèche la nature ectopique de sa production. Comment en 2020 ne pas s’émouvoir de cette histoire ex situ dont l’objectif a été avant tout de perpétuer et de pérenniser des hyperboles destinées à enfler les dimensions exiguës de la petite Belgique ? Comment alors s’étonner de ce déni d’histoire qui a frappé le Congo ? Comment en 2020 peut-on encore exonérer Léopold II des crimes odieux perpétrés contre des enfants congolais sous le prétexte sidérant qu’il n’a jamais mis les pieds au Congo ? Aujourd’hui, en 2020, l’histoire doit dire son mot et accomplir le vœu révolutionnaire de Lumumba : penser, écrire et enseigner l’histoire du Congo au Congo. Est-ce trop demander ? Est-ce une revendication audacieuse et téméraire, en 2020 ? Déconfiner cette histoire va ainsi de pair avec une « provincialisation » de la Belgique, concept que l’on doit à l’auteur postcolonial Dipesh Chakrabarty. On a beau battre le buisson qu’on peine à trouver un seul chercheur congolais qui s’est profondément interrogé sur la place centrale qu’occupe la Belgique dans la production des savoirs sur le Congo. Or, en 2020, l’histoire du Congo ne peut plus être à la remorque de l’histoire de la Belgique. La Belgique ne doit plus regarder cette histoire dans son rétroviseur. Le Congo, quant à lui, ne doit plus la laisser s’étioler dans l’oubli. Seule une « provincialisation » peut remédier à ce confinement à travers 1) une mise en place des mécanismes destinés à un partage équitable des archives coloniales déposées dans les maisons d’archives belges.

Ces documents sont un patrimoine culturel commun qui appartient aux deux pays, et dont l’accès devrait être accordé, sans restriction, aux chercheurs congolais ; 2) une écoute attentive de ces voix oubliées, notamment celles des soldats congolais qui se mutinèrent à Luluabourg en 1944 et proclamèrent leur désir de liberté ; celles des enfants nés de pères européens et de mères congolaises, rebuts de la colonisation, qui doivent aujourd’hui résonner au cœur de notre histoire douloureuse ; celles des femmes congolaises, souvent marginalisées dans une histoire qui a privilégié les hommes 3) la restitution des œuvres d’art acquises par la Belgique très souvent sans le consentement des Congolais ; 4) la résolution du contentieux financier belgo-congolais, dont le fonds constituerait le financement de nombreux projets de développement en RDC.

Enfin, le déconfinement du passé colonial et du moment postcolonial requiert aussi de l’audace et de l’inventivité. Il appelle à la résurrection des « lieux de mémoire » et à la mise en place, au Congo, des « Ateliers de l’Histoire », des forums qui serviraient à la rencontre et aux échanges des scientifiques, artistes et activistes congolais et d’origine congolaise. Le déconfinement appellera aussi à l’amélioration des conditions matérielles des scientifiques congolais, dont un grand nombre ont abandonné le champ de l’expertise scientifique et pratiquent la politique du ventre en se mettant au service d’élites politiques qui ont précipité la chute de ce géant de l’Afrique, dilapidé son patrimoine historique et hypothéqué l’avenir de ses enfants.

Analyses et points de vue

RDC : Quid de la réinsertion familiale et la protection des enfants ? (Par Zagor Mukoko Sanda)

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Le profil social de Kinshasa est caractérisé par la pauvreté, les inégalités, les disparités dans les conditions de vie entre les différentes couches de la population. Dans la Ville de Kinshasa, on compte plusieurs catégories de groupes vulnérables : enfants et femmes en situation difficile, personnes du troisième Age, personnes vivant avec le VIH, personnes avec handicap, déplacés, malades mentaux, les personnes victimes de sinistres et calamités naturelles.

Les activités dans ce secteur sont assurées par le Ministère des Affaires sociales, en partenariat avec les Organisations non gouvernementales avec l’appui des organisations humanitaires internationales. Ces activités visent principalement l’assistance sociale, la récupération, la réinsertion socio-professionnelle.

En optant pour l’accompagnement des acteurs sociaux dans le travail social , le CEPEF s’est orienté principalement dans l’analyse des phénomènes sociaux et des pratiques professionnelles ,la vulgarisation des normes et standards de prise en charge des enfants en situation difficile et les activités de renforcement des capacités des acteurs sociaux dans le domaine de réinsertion et la protection des droits des enfants et leurs familles dont certaines ont élues domicile dans la rue.

CEPEF, structure de réflexion pour des pratiques innovantes

Il faut noter que le CEPEF est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs, les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.

Le CEPEF a pour ambition de faire le point sur les savoirs et des pratiques professionnelles du travail social au profit de ses bénéficiaires. Il se focalise sur les rôles et les fonctions des travailleurs sociaux dans les structures publiques et dans celles du mouvement associatif congolais. Le CEPEF s’appuie sur les réalisations professionnelles dans une perspective actualisée qui permet d’entrevoir ce qui est effectivement reconduit aujourd’hui et ce qu’il faut impérativement faire advenir demain pour une coresponsabilité dans la protection de l’enfant dans la société.

Le Processus de Réinsertion

Un des objectifs du CEPEF est, d’une part, de renforcer les compétences de l’acteur social à mieux accompagner l’enfant en rupture familiale à s’intégrer réellement dans la société et rétablir la relation entre cet enfant et dans sa famille grâce au processus de réinsertion « IDMRS » à travers la scolarisation, l’intégration des enfants dans les différents mouvements de jeunesse.

A propos de l’aspect « rétablir la relation entre l’enfant et la famille « , il importe de faire remarquer qu’il renvoie au départ de la relation entre l’enfant et l’éducateur social ou l’assistant social. Le premier contact avec l’enfant, selon les acteurs sociaux, est très déterminant car il peut favoriser la réussite du processus en cas d’acceptation mutuelle. Pour parvenir l’acteur social utilise ses techniques professionnelles de base marquées par sa disponibilité à savoir : l’observation, l’entretien et l’écoute. Grace à l’identification de l’enfant, le travailleur social prend connaissance de l’enfant puisque ce dernier est appelé à décliner son identité, celle de ses parents, ses ambitions et son problème.

Par les enquêtes sociales, l’acteur social prend connaissance de la famille biologique ou élargie, jauge la possibilité de réunification familiale, établit un contact direct avec la famille, cherche l’implication effective de la famille au projet de réinsertion à court ou long terme de l’enfant.

Le processus de réinsertion demande beaucoup des moyens humains, matériels et psychologiques. Chaque enfant est un cas qui demande des moyens selon la gravité de sa situation car chaque enfant à son histoire spécifique.

Suivi psychologique pour les violences

Les cas les plus difficiles pour l’aboutissement de la réinsertion sont dans l’accompagnement psychosocial des enfants victimes des violences psychologiques, verbales ou physiques. L’apport des psychologues cliniciens est très déterminant pour redonner la confiance en soi annulée. L e CEPEF s’appuie l’expertise de l’équipe des psychologues cliniciens sous la responsabilité de la Sœur Professeur Jacky BUKAKA PhD et de la CT Etiennette Mukwanga.

La formation continue ou le renforcement des capacités est très indiqué, gage d’un bon résultat dans la protection de l’enfant dans les centres d’hébergement du territoire.

Zagor Mukoko Sanda

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