Analyses et points de vue
Débat sur la réforme constitutionnelle : Kabuya et Fayulu, des perspectives antagonistes
Le débat autour de la réforme constitutionnelle en RD Congo s’intensifie, mettant en lumière les divergences profondes entre les figures politiques. Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, a récemment critiqué Martin Fayulu, leader de l’opposition, en le qualifiant de rêveur qui parle de sujets qu’il ne maîtrise pas.
Cette déclaration soulève des questions sur la légitimité des voix qui s’élèvent dans ce débat crucial pour l’avenir du pays. Dans un contexte où la République Démocratique du Congo se débat avec des défis politiques, économiques et sociaux, le discours d’Augustin Kabuya met en avant une position pragmatique face aux aspirations de Martin Fayulu Madidi.

Augustin Kabuya affirme que Martin Fayulu, n’ayant jamais occupé la présidence, n’est pas en mesure de parler avec autorité des enjeux constitutionnels. Cette critique vise à questionner la capacité des leaders de l’opposition à proposer des solutions réalistes face aux problèmes du pays. De son côté, Martin Fayulu défend des idéaux qui résonnent avec une partie de la population désireuse de changement.
Augustin Kabuya le qualifie de « petit gamin dans une salle de cinéma », une métaphore qui suggère une déconnexion avec la réalité. Cette vision pourrait aussi être perçue comme un manque d’ouverture à l’innovation et à la remise en question des structures établies. Pour beaucoup, le « Président élu » Martin Fayulu incarne l’espoir d’une RDC nouvelle, tandis que le SG Augustin Kabuya représente la continuité.
Ce débat sur la réforme constitutionnelle est essentiel pour l’avenir du pays. Les critiques de Monsieur Augustin Kabuya soulignent une vérité : la nécessité d’une expertise et d’une expérience éprouvée pour naviguer les complexités du système politique congolais. Toutefois, ignorer les aspirations et les critiques des leaders de l’opposition pourrait également mener à une impasse.
La confrontation entre Augustin Kabuya et Martin Fayulu sur la réforme constitutionnelle révèle les tensions inhérentes à la politique congolaise. Alors que le SG de l’UDPS Augustin Kabuya appelle à un pragmatisme basé sur l’expérience, le « commandant du peuple » Martin Fayulu Madidi, leader de l’opposition et Président de l’Ecidé représente une voix qui aspire à un changement radical.
Dans ce contexte, il est crucial de favoriser un dialogue constructif, permettant à toutes les voix de contribuer à la construction d’un avenir plus stable pour la RDC. La réforme constitutionnelle ne devrait pas être un simple enjeu de pouvoir, mais un véritable levier pour le progrès du pays. Qui sortira vainqueur de cette joute ? L’avenir politique de la RDC dépend en partie de cette issue.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
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UDPS 2028 : Avant même le crash, ils répètent déjà la scène du pillage de l’épave
Il fallait avoir le cœur bien accroché et le sens de l’absurde chevillé au cervelet pour suivre les derniers épisodes de la sitcom UDPS. On a d’abord vu Peter Kazadi, honorable cadre du parti présidentiel, adresser une lettre incendiaire au Secrétaire Permanent de l’Union Sacrée, André Mbata, oubliant au passage que l’un comme l’autre portent le même maillot.

Puis, summum du vaudeville institutionnel, ce même André Mbata s’est fendu d’un ricanement sardonique après la victoire de son poulain au Sankuru face au candidat du Secrétaire Général Augustin Kabuya, proclamant urbi et orbi que “l’Union Sacrée a gagné contre l’UDPS”. Voilà le décor planté : un parti où la victoire de ses propres structures satellites est célébrée comme une défaite de sa direction. C’est moins une scène de ménage qu’une répétition générale pour un chaos bien plus grand.
La médiocrité de ces querelles byzantines n’est pas un simple défaut de cuirasse ; elle est l’aveu public d’une impréparation stratégique qui donne le tournis. Ce théâtre d’ombres a révélé au monde entier ( et surtout aux Congolais qui attendent encore un projet structurant ) que les cadres au pouvoir ne pensent pas en termes de Nation, mais en termes de casting. Ils ne plancheront jamais sur une vision à 50 ans parce qu’ils sont incapables d’avoir une vision à 50 jours qui ne concerne pas leur propre nomination.

Leur horizon temporel s’arrête au prochain remaniement ministériel ou à la prochaine rotation des mandats provinciaux. Pas un seul d’entre eux n’a porté un débat de fond sur l’industrialisation, la démographie galopante ou la souveraineté énergétique. Non. Leur seul projet structurant, c’est de s’assurer que le voisin de bureau ne récupère pas leur fauteuil. Ce sont des court-termistes purs jus, des opportunistes pour qui le pouvoir est une fin en soi, et non le levier pour transformer un pays.
Ce qui les maintient encore dans une forme de cohésion tectonique, c’est uniquement l’aimant surpuissant de la figure tutélaire de Félix Tshisekedi. Mais 2028 n’est pas une hypothèse d’école lointaine, c’est un mur qui se rapproche à grande vitesse. Le jour où ce point de gravité viendra à disparaître du bulletin de vote, la force centrifuge actuelle n’aura plus aucun frein. Entre Peter Kazadi, André Mbata, Augustin Kabuya, Gecoco Mulumba, Nicolas Kazadi, André Wameso, Judith Suminwa et la longue cohorte des frustrés en réserve, ce ne sera pas une primaire.

Ce sera une curée. Une guerre de tranchées où chacun voudra la peau de l’autre pour hériter des ruines. Ils ont passé huit ans à ne rien bâtir ensemble, et à peine quelques heures à se déchirer pour une élection provinciale. Imaginez ce que donnera la bataille pour le royaume tout entier quand le roi ne sera plus candidat. Ce sera sanglant, et surtout, terriblement inutile pour le Congo.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
