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Cuivre du Haut-Katanga : Barrick affine sa stratégie minière en RDC
Déjà présente dans l’or, la multinationale minière Barrick Gold accélère son ancrage dans le secteur du cuivre en République démocratique du Congo. Dotée depuis 2024 de plusieurs permis d’exploration dans le Haut-Katanga, la société affirme être en phase avancée dans la mise en œuvre de ses activités, selon son Directeur pays, Cyrille Mutombo.

Ce jeudi 12 juin 2025, Mutombo a livré un témoignage à la presse, au retour d’une visite de terrain sur l’un des sites concernés, effectuée en compagnie de ses équipes techniques. Il en ressort une volonté manifeste d’allier transfert de technologies, main-d’œuvre locale, et expertise étrangère, pour faire émerger une industrie du cuivre performante en RDC.
« Avant d’arriver ici, je n’avais jamais vu de mes yeux la construction d’échappées, ces éléments techniques fondamentaux dans l’extraction », raconte Mutombo, visiblement impressionné par l’état d’avancement des travaux. « Des Australiens nous ont accompagnés dans cette phase, preuve que nous allons chercher les compétences là où elles se trouvent. »
Une stratégie d’ouverture maîtrisée

Dans un ton à la fois pragmatique et diplomatique, le patron de Barrick en RDC défend une vision équilibrée entre souveraineté nationale et ouverture aux capitaux étrangers.
« Deux lois flexibles sont nécessaires : l’une pour faire avancer l’agenda de transformation du pays, et l’autre pour accueillir ce qui vient de l’extérieur. C’est cet équilibre qui n’est pas toujours facile à faire », estime-t-il. « Certains nationalistes pensent que le Congo, c’est pour les Congolais. C’est vrai. Mais cela ne veut pas dire fermer la porte à l’expertise. »
Pour Mutombo, le rôle de l’État est crucial : il doit se positionner comme facilitateur, afin de créer un climat propice à une coopération efficace entre entreprises internationales et partenaires locaux. « Si l’État joue pleinement ce rôle, nous pourrons aller beaucoup plus loin », martèle-t-il.
Un pari de long terme

Ce positionnement n’est pas nouveau. Déjà en février dernier, en marge du forum Mining Indaba en Afrique du Sud, Cyrille Mutombo annonçait l’entrée active de Barrick dans le secteur du cuivre congolais.
« La prochaine activité de Barrick en RDC, à côté de l’or, sera le cuivre. Nous avons depuis l’année passée quelques permis dans le Haut-Katanga. Nos géologues sont déjà sur place, les travaux ont commencé. Mais il s’agit bien d’exploration, ce qui prend du temps. »
Barrick, qui détient déjà quatre des dix plus grandes mines d’or du monde, mise sur sa solide expérience dans les projets complexes à long terme. En Zambie, voisine de la RDC, l’entreprise a investi plus de 3 milliards USD pour agrandir un complexe cuprifère. Au Pakistan, un autre gisement d’or et de cuivre permettra, selon les projections, près de 100 ans de production. « C’est toute cette expertise que nous mettons aujourd’hui au service de la RDC », conclut Mutombo. « Nous voulons avancer notre agenda cuivre comme nous l’avons fait avec l’or. »
Le Haut-Katanga, nouvel eldorado stratégique

Avec une demande mondiale de cuivre en hausse — tirée par les énergies renouvelables et l’électrification des transports —, le Haut-Katanga redevient un territoire hautement stratégique. Barrick, à l’instar d’autres géants du secteur, veut s’y ancrer durablement. Mais l’enjeu va au-delà des rendements financiers : il s’agit aussi de repenser le modèle minier congolais, entre industrialisation locale, responsabilité environnementale, et cohabitation pacifiée entre intérêts publics et privés.
Dans cette équation complexe, le témoignage de terrain de Cyrille Mutombo sonne comme une profession de foi pour une minière plus responsable, plus inclusive et plus technologique. Un pari ambitieux — mais peut-être nécessaire — pour l’avenir du cuivre concongolais.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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HGR Kinkole sous tension : Après les violentes échauffourées, les médecins déclenchent une grève dès ce jeudi 16 avril
L’Hôpital Général de Référence de Kinkole a vécu des heures de vive tension dans la nuit du 14 au 15 avril 2026, plongeant le personnel soignant, les malades et leurs gardes dans une situation de panique généralisée. Selon les témoignages recueillis auprès des médecins de garde, des individus venus de Pakadjuma auraient pris le contrôle d’une partie du service de chirurgie, armés notamment de flèches et d’autres instruments jugés agressifs.
D’après les récits du personnel médical, plusieurs portes administratives ont été forcées, notamment celles du secrétariat, du bureau de l’Administrateur Gestionnaire Titulaire (AGT) ainsi que d’autres bureaux centraux. Si les assaillants ne sont pas parvenus à ouvrir certaines pièces, leur présence a suffi à semer la peur dans tout l’établissement. Les malades, les gardes-malades et les soignants ont été pris de panique face à cette intrusion brutale au sein d’un lieu censé être dédié aux soins et à la sécurité.
Le bilan provisoire communiqué par les médecins fait état d’au moins quatre morts alors qu’un premier rapport faisait état de deux décès par balle ainsi que de douze blessés, dont trois cas graves. Plusieurs biens appartenant aux prestataires, patients, stagiaires et accompagnants auraient également été emportés lors des violences. Les blessés ont été transférés à l’hôpital militaire de Kokolo sur décision des autorités communales de N’sele.
Face à cette situation jugée intenable, la quasi-totalité du personnel soignant a quitté l’hôpital et a décrété une grève à compter de ce jeudi 16 avril. Les médecins dénoncent l’absence de garanties sécuritaires et refusent de reprendre le travail tant que leur intégrité physique, celle des patients et celle des infrastructures hospitalières ne seront pas assurées.
Dorcas Mwavita/CONGOPROFOND.NET
