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Or congolais, valeur refuge : Cyrille Mutombo ( Kibali Goldmine) appelle à un sursaut stratégique pour faire rayonner la RDC sur l’échiquier minier mondial
En clôture de la journée de ce jeudi 12 juin au DRC Mining Week, un panel au titre évocateur – « Tirer parti des cadres d’assurances mondiaux pour renforcer la réputation de la RDC en tant que pôle minier stratégique » – a mis en lumière les paradoxes et potentiels du secteur aurifère congolais. Parmi les intervenants, Cyrille Mutombo, directeur pays de Kibali Goldmine et membre du comité consultatif de l’événement, a livré une analyse franche, mêlant diagnostic géoéconomique, critique institutionnelle et propositions concrètes.

Quand la géopolitique dicte la courbe de l’or
L’intervenant commence par un rappel clair : les marchés des matières premières, notamment ceux des métaux précieux, ne sont pas seulement guidés par la logique de l’offre et de la demande. Ils sont aujourd’hui traversés par des tensions géopolitiques majeures – notamment la guerre commerciale sino-américaine, les conflits armés et l’instabilité monétaire mondiale – qui alimentent l’incertitude. « Dans ce contexte, l’or s’impose plus que jamais comme une valeur refuge », affirme-t-il.
Citant l’envolée du prix de l’once d’or, qui a flirté avec les 3 500 dollars cette année, Mutombo souligne le rôle croissant des banques centrales dans l’accumulation de réserves aurifères : « Elles se tournent vers l’or pour sécuriser leurs actifs face aux turbulences. » Résultat ? Une demande structurellement haussière, mais instable, car soumise à de possibles retournements liés à une récession mondiale ou à la remontée du dollar.
Un secteur congolais sous-exploité et mal encadré

Face à ce contexte porteur, le directeur de Kibali Goldmine déplore le manque de vision stratégique du gouvernement congolais. « La RDC ne peut pas se contenter d’une seule grande mine d’or, aussi performante soit-elle. Ce pays, qualifié de scandale géologique, devrait avoir une politique minière digne de ce nom pour multiplier les pôles d’exploitation formels », martèle-t-il.
Mutombo pointe la faiblesse de la production artisanale, gangrenée par l’illégalité, l’insécurité et le parasitage par des groupes armés. À l’est du pays, explique-t-il, les conflits sont souvent alimentés par les ressources minières elles-mêmes : des « seigneurs de guerre » s’emparent de zones riches en minerais, les exploitent illégalement, et sapent ainsi les efforts des opérateurs légaux. « Dans certaines régions, les permis d’exploitation légitimes sont purement et simplement ignorés. L’État regarde ailleurs pendant que des filières parallèles prospèrent », regrette-t-il.
L’appel à une gouvernance intelligente et prévisible

Pour Mutombo, la RDC doit s’inspirer des meilleures pratiques internationales, à commencer par l’intégration dans des cadres d’assurance minière globaux, susceptibles de rassurer les investisseurs et de protéger les actifs nationaux contre les aléas du marché. Il appelle également à des politiques fiscales prévisibles : « Quand les cours montent, l’État encaisse davantage via les redevances ad valorem. Mais encore faut-il qu’il sache planifier pour les périodes de vaches maigres. »
C’est d’ailleurs la philosophie qu’adopte Kibali, selon lui : anticiper les cycles, investir dans les périodes de croissance, mais aussi s’armer pour les phases de contraction.
Une mine ne fait pas un pays
À travers cette intervention, Cyrille Mutombo lance un message limpide : la RDC a tout pour devenir une référence mondiale dans le domaine de l’or, mais elle doit sortir d’un schéma rentier, fragmenté et vulnérable. Multiplier les mines formelles, sécuriser les zones d’exploitation, lutter contre le pillage illégal, créer un environnement fiscal et réglementaire stable : autant de conditions pour transformer un potentiel brut en puissance stratégique.
La valeur refuge ne doit pas être seulement celle de l’or. Elle doit devenir celle d’un État qui inspire confiance à ses citoyens, à ses investisseurs et à ses partenaires.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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HGR Kinkole sous tension : Après les violentes échauffourées, les médecins déclenchent une grève dès ce jeudi 16 avril
L’Hôpital Général de Référence de Kinkole a vécu des heures de vive tension dans la nuit du 14 au 15 avril 2026, plongeant le personnel soignant, les malades et leurs gardes dans une situation de panique généralisée. Selon les témoignages recueillis auprès des médecins de garde, des individus venus de Pakadjuma auraient pris le contrôle d’une partie du service de chirurgie, armés notamment de flèches et d’autres instruments jugés agressifs.
D’après les récits du personnel médical, plusieurs portes administratives ont été forcées, notamment celles du secrétariat, du bureau de l’Administrateur Gestionnaire Titulaire (AGT) ainsi que d’autres bureaux centraux. Si les assaillants ne sont pas parvenus à ouvrir certaines pièces, leur présence a suffi à semer la peur dans tout l’établissement. Les malades, les gardes-malades et les soignants ont été pris de panique face à cette intrusion brutale au sein d’un lieu censé être dédié aux soins et à la sécurité.
Le bilan provisoire communiqué par les médecins fait état d’au moins quatre morts alors qu’un premier rapport faisait état de deux décès par balle ainsi que de douze blessés, dont trois cas graves. Plusieurs biens appartenant aux prestataires, patients, stagiaires et accompagnants auraient également été emportés lors des violences. Les blessés ont été transférés à l’hôpital militaire de Kokolo sur décision des autorités communales de N’sele.
Face à cette situation jugée intenable, la quasi-totalité du personnel soignant a quitté l’hôpital et a décrété une grève à compter de ce jeudi 16 avril. Les médecins dénoncent l’absence de garanties sécuritaires et refusent de reprendre le travail tant que leur intégrité physique, celle des patients et celle des infrastructures hospitalières ne seront pas assurées.
Dorcas Mwavita/CONGOPROFOND.NET
