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Coach des « Diables Rouges »(Congo/Brazza), Isaac Ngata formel : « La RDC fait partie des équipes les plus complètes de cette CAN ! »
Brazzaville, décembre 2025 — En séjour de travail à Brazzaville, la rédaction des sports de CONGOPROFOND.NET a rencontré Izaac Ngata, sélectionneur de l’équipe nationale du Congo-Brazzaville et ancien entraîneur du DCMP, à quelques heures du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des Nations. Entretien exclusif.

CONGOPROFOND.NET : Coach, selon vous, quelle équipe est favorite pour cette CAN ?
Coach Isaac Ngata : Favorite ? Équipe favorite, on va mettre le Maroc en conséquence. Le Maroc, aujourd’hui, c’est fort. C’est fort. Et puis voilà. Il peut y avoir des surprises. Le Maroc est le plus grand favori ici.
CONGOPROFOND.NET : Quels outsiders peuvent créer la surprise ?
C’est l’équipe de cœur. La RDC a un gros potentiel aujourd’hui pour répondre aux besoins du peuple. Et puis le Sénégal, c’est toujours le top. Parce que c’est bon, c’est bon, c’est fort. La RDC pour le cœur. Je mettrais quand même le Sénégal. Le Sénégal peut surprendre la CAN. Donc le Sénégal peut créer la surprise dans cette CAN. Pourquoi pas la gagner pour le cœur ? Ce serait pas une surprise que le Sénégal gagne la CAN. La grande surprise serait, si tu me dis, je prends au hasard comme ça, les Comores ou le Cap-Vert gagnent la CAN, c’est une grande surprise. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Maroc, la RDC, c’est plus une surprise. C’est une surprise qui est pas attendue par beaucoup, mais c’est pas une surprise.
CONGOPROFOND.NET : La RDC a-t-elle les moyens de gagner ?
C’est une très bonne question. Je pense que c’est l’une des plus complètes de cette CAN. Entre les joueurs de terrain, il y a un groupe énorme. Et non, je pense pas qu’il y ait déjà eu autant de bons joueurs qui sont venus en RDC, au même moment, dans la même compétition, avec le même esprit, surtout, pour avoir bossé pendant deux ou trois ans sur un projet comme ça.
CONGOPROFOND.NET : Qu’est-ce qui fera la différence dans cette CAN ?
Je pense que ça va être la CAN du jeu collectif. Il n’y aura pas un qui va gagner au début, je pense pas. Je pense qu’il va y avoir de bons éléments qui vont faire la différence collectivement.
CONGOPROFOND.NET : Comment jugez-vous le niveau global du football africain ?
… L’ouverture vers le professionnalisme en Afrique fait que le football évolue. Même si pour beaucoup d’équipes chez elles, il n’y a pas encore trop de joueurs locaux, ça veut dire qu’on doit encore améliorer le football africain. Mais on voit des améliorations. Il y a des équipes qui progressent. Il y a des équipes qui baissent. Il y a des équipes qui travaillent sérieusement. Dans quelques années, tu vas avoir des surprises comme le Botswana, où il y a déjà quatre équipes qui jouent au foot. C’est le travail qui fera la différence. Et aujourd’hui, les grandes nations ont un travail qui est fait, et qui est fait en dehors de l’Afrique. Ça veut dire que les joueurs évoluent en Europe ou à l’étranger. Donc ça donne du caractère. Mais l’Afrique, ça va de mieux en mieux. L’organisation, ça va de mieux en mieux. C’est pas mal. Quand tu regardes les différents championnats, y a plus de grosses équipes comme avant. Les écarts se réduisent. Ça veut dire que les autres qui sont devant avancent, et ceux qui sont derrière, ceux qui sont nouveaux, montent en niveau.
CONGOPROFOND.NET : Les joueurs locaux sont peu représentés dans les sélections. Est-ce un problème de niveau ?
J’ai une difficulté. Je ne considère pas les joueurs locaux. Je considère les joueurs nationaux. C’est-à-dire, on est Congolais. Qu’on soit à Lubumbashi ou à Bordeaux, on est Congolais. Effectivement, de plus en plus de jeunes Africains qui ne sont pas nés dans leurs pays d’origine, qui ont grandi avec une nationalité, qui reviennent vers l’Afrique… Il y a un métissage naturel qui fait qu’aujourd’hui, il y en a très peu qui utilisent les joueurs locaux. Sauf s’ils sont dans l’obligation, comme en Éthiopie, en Ouganda, où c’est un championnat local, mais très peu de joueurs à l’étranger. Mais ici, il y a dix équipes à l’étranger. Donc c’est d’autant plus compliqué pour les joueurs locaux, parce qu’on n’a pas les mêmes exigences de travail, par rapport à la santé, à la récupération, par rapport à la qualité du terrain, au nombre d’entrées, au temps de récupération, aux conditions de vie, etc. Il y a tous ces paramètres-là. Maintenant, les autres qui arrivent, ils sont dans toutes les bonnes conditions. Évidemment, il y a un écart de niveau. Ça veut pas dire que tous sont pas au niveau. Dans le cas de la RDC par exemple, même si le niveau n’est pas exceptionnellement élevé selon la population, les gens du pays aimeraient voir un ou deux de leurs fils dans un groupe de 27. Oui, c’est possible. Parce qu’il y a de très bons joueurs, et d’autres jeunes que j’ai suivis pendant le championnat, qui pourraient facilement intégrer cette équipe, ce groupe de travail.
CONGOPROFOND.NET : Pourquoi privilégier les expatriés ?
Maintenant, les exigences de la RDC, c’est de gagner. Donc c’est les meilleurs du moment qui sont là. Et profiter des expatriés, parce qu’ils sont ensemble depuis trois ans. Et aujourd’hui, comme on a vu dans le cas de notre meilleure équipe aujourd’hui, on sait que c’est beaucoup. La pression, on l’a prise, c’était compliqué à gérer. Donc, à très haut niveau, il y a aussi ce phénomène de pression. C’est plus facilement géré par nos joueurs qui sont expatriés, parce qu’ils ont l’habitude de jouer avec beaucoup, ils ont la pression et jouent contre des joueurs qui ont joué la Coupe du monde, etc.
Propos recueillis par Rex Owamba Désiré à Brazzaville
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Tribunal pénal économique et financier : Pour Me Carlos Ngwapitshi, la restitution des fonds détournés doit devenir la priorité
Depuis plusieurs décennies, la République démocratique du Congo est confrontée à une criminalité économique persistante. Détournements massifs de fonds publics, corruption systémique et blanchiment d’argent fragilisent les institutions et nourrissent un profond sentiment d’impunité dans l’opinion.
Pourtant, le droit congolais prévoit des sanctions sévères pour ces infractions : jusqu’à 20 ans de travaux forcés, la confiscation spéciale des biens et la restitution des fonds détournés.

Des sanctions théoriques, une restitution quasi inexistante
Dans une analyse récente, l’avocat Carlos Ngwapitshi Ngamashi met en lumière les limites de ce dispositif répressif.
Selon lui, les procès aboutissent souvent à des condamnations spectaculaires, mais rarement à une réparation effective du préjudice subi par l’État. « Le condamné purge sa peine, mais à sa sortie, les millions dissipés ne sont pas restitués », déplore-t-il, pointant ainsi un système judiciaire qui punit sans véritablement récupérer les ressources publiques perdues.
Les failles du système judiciaire actuel
Plusieurs facteurs expliquent cette inefficacité. D’abord, l’absence de mécanismes juridiques contraignants pour forcer la restitution des fonds détournés. Ensuite, la confiscation des biens reste généralement limitée à ceux officiellement enregistrés au nom du condamné, alors que les capitaux illicites sont souvent dissimulés à travers des prête-noms. Enfin, la corruption judiciaire peut conduire à une réduction significative des peines en appel, affaiblissant davantage l’effet dissuasif des sanctions.
La création d’un tribunal spécialisé

Face à ces limites, le président Félix Tshisekedi a récemment promulgué une loi instituant le Tribunal pénal économique et financier, accompagné d’un parquet général spécialisé.
Cette réforme dote le pays d’un instrument judiciaire dédié à la lutte contre la criminalité économique et financière, avec l’ambition de renforcer l’efficacité des poursuites contre les crimes en col blanc.
Les conditions d’une justice crédible
Cette innovation institutionnelle est saluée comme une avancée importante dans la lutte contre la prédation financière.
Toutefois, son efficacité dépendra de plusieurs conditions essentielles : garantir l’intégrité et l’expertise des magistrats appelés à siéger au sein de cette juridiction, assurer une rémunération conséquente accompagnée de primes éventuellement indexées sur les fonds récupérés, et offrir une protection sécuritaire renforcée aux responsables chargés de ces dossiers sensibles.
Un tournant décisif pour la justice congolaise

Pour Carlos Ngwapitshi, la création de ce tribunal doit s’inscrire dans une réforme plus ambitieuse. Il plaide notamment pour l’introduction de mécanismes tels que la médiation pénale, la confiscation générale des biens acquis illicitement, l’imprescriptibilité des crimes économiques ou encore la prison à perpétuité pour les cas les plus graves.
Le message serait alors clair pour les auteurs de détournements : restituer les fonds publics ou s’exposer à la perte totale des biens et à des sanctions irréversibles.
Dans un pays où la corruption a longtemps sapé la confiance citoyenne, la réussite de cette juridiction spécialisée pourrait marquer un tournant historique dans la restauration de l’autorité de l’État.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
