Culture
Clôture « Espace Observé » : Le désormais «Manoir des arts» s’ouvre aux activités culturelles
Vernie le 18 janvier 2025, l’exposition Espace Observé a fermé ses portes samedi 1er février après deux semaines de consommation et de contemplation d’œuvres d’arts concoctées par 7 artistes congolais et mises à la portée du public au Manoir de la Sablière, site touristique à N’sele, dans la partie Est de la ville de Kinshasa.

Pendant deux semaines, un large public a pris d’assaut le Manoir Lodge qui a permis la démocratisation et la décentralisation des arts en milieu rural. «Les gens ont quitté leurs domiciles et sont venus observer l’espace avec nous, nous avons reçu plus de 200 visites.», a fait savoir le curateur du projet Rodrigo Gukwikila, à l’issue de cette expo qui s’inscrit parmi les événements créatifs et marquants de l’année en cours.

À en croire Rodrigo, l’Expo ferme ses portes mais le Manoir ouvre les siennes aux artistes visuels désireux de faire profiter leur talent et leur savoir à la communauté congolaise, particulièrement aux enfants. «Manoir Lodge prend le terme de Manoir des arts. Ça reste un espace de réflexion artistique, des ateliers avec des enfants et des écoles.», a-t-il annoncé.
Un événement en mémoire des héros et en hommage à la population de l’Est
Considérant l’art comme un élément privilégié de la société, ces artistes ont saisi cette occasion pour rendre hommage à la population de la ville de Goma, actuellement attaquée par la coalition M23-AFC-RDF et pour se remémorer tous ses héros qui se sont sacrifiés pour l’amour de la partie. D’où la présence du tableau du général Mamadou Ndala, à l’entrée du Manoir.

«On a revu notre scène, le tableau de Mamadou Ndala coïncide aussi avec la période où Goma est attaquée et c’est tout le pays qui est touché. Mamadou a combattu pour notre pays, il a laissé la guerre, la guerre continue, il nous a laissé un seul mot « nous battre ». En tant qu’artiste notre arme c’est l’imagination afin de donner les résolutions dans le temps. Nous avons décidé d’immortaliser ces moments que traverse notre pays par ce tableau.», a confié Rodrigo.
Et de poursuivre : «Au-delà des armes à feu, nous devons utiliser l’arme mentale, l’arme morale et l’arme spirituelle afin de gagner cette heure.»
Perspectives d’avenir
L’exposition Espace Observé, organisée par la structure Bilanga Mobile va s’étendre jusqu’aux extrémités de Kinshasa avec la même optique, celle de démocratiser et décentraliser les arts visuels afin de les faire profiter à un public qui n’en a pas l’habitude. «Il y a aura une deuxième édition de l’Espace observé à Moanda, au Kongo Central», a annoncé Rodrigo Gukwikila qui s’est dit satisfait du bilan de cette première édition qui a permis à différents artistes et enfants de s’exprimer et de parler des réalités de la communauté congolaise à travers les œuvres d’arts.
Exaucé Kaya
Culture
Culture et Arts : “JE…”, Une poésie de Negue Fly Nsau, incarnée entre Kinshasa et les racines du Kongo-Central
À travers son nouveau projet scénique intitulé JE…, l’artiste poète Negue Fly Nsau propose bien plus qu’un simple spectacle : une immersion intime dans une quête identitaire, portée par la puissance des mots et la profondeur des sonorités traditionnelles. Entre poésie urbaine et héritage culturel, l’artiste kinois livre une œuvre à la fois personnelle, musicale et profondément ancrée dans le territoire dont il est originaire.

Un projet introspectif : dire “je” pour toucher le “nous”
Avec JE…, Negue Fly Nsau explore une écriture de l’inachevé. Le titre lui-même, suspendu par des points de suspension, évoque une identité en construction.
« Je suis une phrase qui cherche encore sa fin », confie-t-il.
Pensé comme une autobiographie en mouvement, le spectacle interroge l’humain dans sa fragilité, ses doutes et ses aspirations. C’est une plongée dans l’intime, où l’artiste se met à nu, sans artifice, dans une démarche sincère et assumée.
Kinshasa comme muse, matrice et tension créative
Au cœur du projet, une ville : Kinshasa. Ville de contradictions, à la fois “bruit” et “berceau”, elle devient une véritable protagoniste du spectacle. L’artiste y puise son inspiration, décrivant une relation complexe, faite d’amour et de lutte : « Je ne vis pas à Kinshasa, c’est elle qui vit en moi. »
Dans JE…, Kinshasa est à la fois une mère nourricière et une blessure persistante. Elle façonne l’artiste autant qu’elle le met à l’épreuve, nourrissant une poésie brute, authentique, profondément urbaine.
Le mandara : une mémoire vivante au cœur de la création

L’originalité du projet réside aussi dans l’intégration du mandara, musique traditionnelle du Kongo-Central.
Loin d’être un simple accompagnement, cette musique devient un véritable partenaire de scène. Guitare, percussions et piano dialoguent avec la voix du poète, créant un univers sonore hybride où tradition et modernité se rencontrent.
« Le mandara n’est pas un fond sonore, c’est un personnage. »
Ce choix artistique traduit une volonté forte : reconnecter l’art contemporain aux racines culturelles, dans une démarche de transmission et de valorisation du patrimoine.
Une écriture organique, entre langues et territoires
Negue Fly Nsau revendique un processus d’écriture vivant, nourri par le quotidien kinois.
Ses textes naissent dans le tumulte de la ville : taxis, bars, ponts, rues. Ils oscillent entre lingala, français et kikongo, reflétant la diversité linguistique et culturelle de son environnement.
Le critère ultime ? La musicalité : « Si un mot ne peut pas être dansé par les percussions, je l’enlève. »
Cette exigence donne naissance à une poésie incarnée, rythmée, profondément sensorielle.
Une œuvre engagée, au service de l’humain

Sans revendiquer un militantisme frontal, l’artiste inscrit son travail dans une forme d’engagement humaniste.
Ses textes défendent le droit à la vulnérabilité, à la quête de soi, à l’amour d’une ville imparfaite. Ils dénoncent aussi, en filigrane, l’oubli progressif des cultures locales.
Dans un contexte où la parole peut être contrainte, la poésie devient un espace de liberté : « Elle dit tout haut ce que la rue pense tout bas. »
Une expérience scénique totale
« JE… » n’est pas un projet destiné à rester sur papier. Il prend tout son sens sur scène, dans la rencontre avec le public.
Chaque représentation devient un moment unique, où le souffle du poète se mêle aux vibrations musicales et aux réactions des spectateurs.
À Kinshasa, le public joue un rôle central : « S’il ne sent pas, il sort de ta vibe. »
Cette interaction constante nourrit l’évolution du spectacle, faisant de chaque performance une recréation.
Un tournant décisif dans le parcours de l’artiste
Avec JE…, Negue Fly Nsau franchit une étape importante de sa carrière.
Là où ses précédents travaux s’ouvraient sur le monde, ce projet marque un retour vers soi, plus risqué, plus intime. Il affirme pleinement son identité de poète kinois, enraciné dans le Kongo-Central. « C’est un point de non-retour. »
Perspectives : faire voyager la poésie et les racines

Porté par une réception déjà forte, le projet ambitionne désormais de s’étendre au-delà de Kinshasa.
L’artiste envisage une tournée nationale, voire internationale, ainsi qu’une captation filmée du spectacle. L’objectif : faire voyager le mandara et ses mots, et inscrire cette œuvre dans une dynamique de diffusion plus large.
Une œuvre entre fragilité et puissance
Avec JE…, Negue Fly Nsau signe une création profondément humaine, où l’intime devient universel.
Entre Kinshasa et le Kongo-Central, entre poésie et musique, entre quête personnelle et mémoire collective, l’artiste propose une œuvre sincère, vibrante, et essentiel.
Une chose est certaine : ici, le “JE” ne reste jamais seul. Il devient écho, miroir, et finalement… un “NOUS”.
Tim Katshabala/CONGOPROFOND.NET
