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Analyses et points de vue

Baudouin Ngaruye : le nouveau pantin de Paul Kagame prend ses fonctions

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Dans le grand théâtre d’ombres du Kivu, où les ambitions géopolitiques se parent du masque de la rébellion, une nouvelle marionnette s’apprête à entrer en scène. Le général Baudouin Ngaruye, présenté par les agences de communication bien huilées du RDF/M23 comme le successeur naturel du très nocif et depuis indisponible Sultani Makenga.

Ce nouveau pantin incarne avec une fidélité presque caricaturale la relève docile dont Kigali a besoin. Car si Sultani Makenga avait encore la peau tannée par vingt ans de maquis et une once de cette aura romantique du chef de guerre, Baudouin Ngaruye, lui, a déjà tout du fonctionnaire zélé d’une multinationale de la prédation. On cherche encore sur son visage de marbre la trace d’une conviction personnelle qui ne porterait pas le cachet de l’état-major rwandais.

Son seul fait d’armes véritablement établi ? Avoir suivi les consignes sans poser de questions, une qualité rare qui, dans cette partie d’échecs mortelle, vaut tous les brevets militaires. Il faut désormais suivre à la lettre les faits et gestes de ce nouveu représentant de Kagame en RDC. Le plus risible dans cette passation de pouvoir officieuse, c’est cette volonté manifeste de la RDF (Rwanda Defence Force) de vouloir “officier” la relève en lui donnant des airs de légitimité populaire.

Comme si le peuple congolais, qui a vu défiler plus de mouvements rebelles que de présidents, pouvait être dupe de ce remplacement de gérant. Baudouin Ngaruye n’est pas le fils spirituel de Sultani Makenga ; il est le produit d’un vivier bien tenu à Kigali, formaté pour ne pas broncher quand il faudra ouvrir le robinet des minerais en échange de la protection diplomatique occidentale. C’est cette entreprise macabre qu’il faut démanteler.

Là où Sultani Makenga incarnait une certaine rébellion, aussi condamnable soit-elle, Baudouin Ngaruye ne représente qu’une transition administrative : on passe du stade de “seigneur de guerre” à celui de “chef de projet sécuritaire” pour compte-rendre d’exploitation. L’homme est si transparent qu’on devine déjà, derrière son uniforme trop neuf, le costume-cravate du consultant en sécurité qui viendra, après la guerre, légaliser la spoliation.

Alors, saluons bien bas l’arrivée de ce nouveau “leader”, symbole parfait d’une rébellion devenue aussi robotique que ses combattants. Avec Baudouin Ngaruye, le RDF/M23 atteint enfin son stade ultime d’évolution : celui du mouvement purement administratif, débarrassé des derniers scrupules nationalistes qui auraient pu subsister chez les vétérans. Triste épilogue pour une rébellion qui n’a jamais été que la vitrine armée d’une invasion.

Sous ses ordres, attendez-vous à des communiqués encore plus policés, des offensives encore mieux synchronisées avec l’agenda de Paul Kagame, et une communication de crise digne d’une entreprise du CAC 40. Le successeur de Sultani Makenga ne viendra pas libérer le Congo ; il viendra s’assurer que les dividendes de la guerre continuent de tomber dans la bonne escarcelle, avec la froide efficacité d’un comptable passant ses écritures.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Analyses et points de vue

La matrophagie : l’instinct cannibale ou la maternité dévorée

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La matrophagie n’est pas un mythe oublié, ni une simple figure échouée sur les rives de la psychanalyse. Elle est le geste inaugural, trop souvent tu, de notre rapport à l’origine. Manger la mère, c’est d’abord tenter d’absorber ce qui nous a précédés pour ne plus lui être redevable : un monde sans dette, sans filiation, sans cet importun rappel que nous venons toujours d’ailleurs que de nous-mêmes.

Dans cette ingestion symbolique, l’enfant devenu adulte croit s’émanciper en digérant celle dont le corps fut le premier territoire. Mais le prix de cette autarcie est l’oubli de la vulnérabilité constitutive — celle qui nous lie aux autres par ce que nous avons reçu avant même de savoir vouloir. La matrophagie n’est donc pas un acte, mais un silence : celui d’une culture qui célèbre l’autonomie tout en ensevelissant les mères sous le poids de ce qu’elles ont donné sans jamais pouvoir être remboursées.

Car la matrophagie n’a pas besoin de crocs ni de feux de bois : elle s’exerce froidement, dans les interstices du quotidien. Elle se niche dans l’injonction faite aux mères de s’effacer dès lors que leur utilité a servi — après le sevrage, après les nuits blanches, après que leur corps a été morcelé par les attentes sociales. On loue leur abnégation tout en la leur reprochant dès qu’elle devient trop visible. On les somme de donner sans compter.

Puis on les accuse d’étouffer lorsqu’elles osent encore vouloir exister pour elles-mêmes. La matrophagie, c’est cette double contrainte qui transforme la mère en ressource, puis en gêne : source de vie réduite à l’état de vestige, une fois son capital de sollicitude épuisé. Elle révèle ainsi la contradiction brute d’une société qui sacralise la maternité comme fonction mais abandonne la mère comme personne. Ce que la matrophagie déchire, c’est le lien même qui pourrait fonder une politique de la vulnérabilité partagée.

En faisant de la mère le lieu du don sans retour, on installe au cœur du monde une dette impossible à honorer, et que l’on préfère donc effacer en effaçant celle qui l’incarne. Mais refuser la matrophagie, ce n’est pas simplement rendre hommage aux mères : c’est refuser la logique sacrificielle qui exige que le commencement soit dévoré pour que le continuateur puisse se croire autosuffisant.

C’est soutenir qu’aucun commencement ne doit être ni mangé ni oublié, mais porté comme ce qui nous empêche à jamais de nous prendre pour des dieux. La mère digérée hante les cultures qui l’ont avalée ; la mère reconnue, en revanche, pourrait devenir le premier maillon d’une chaîne où donner et recevoir ne s’opposent plus, où l’on cesse enfin de croire qu’il faut tuer ce qui nous a faits pour devenir quelqu’un.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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