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« Asossa », « Birmanie », « Saïo », « Gambela », etc. : Origines et contextes des noms de ces avenues de Kasa-Vubu et Ngiri-Ngiri à Kinshasa
Très peu parmi la population kinoise actuelle se souvient de la Deuxième guerre mondiale. Cette guerre fut, cependant, d’actualité dans la paisible ville de Léopoldville. Les noms des artères de la commune de Dendale, qui englobait à sa création les actuelles communes de Kasa-Vubu et de Ngiri-Ngiri, racontent de la manière la plus belle l’entièreté de l’engagement des troupes congolaises de la Force Publique à ce conflit de portée internationale, aux côtés des Forces Britanniques.

Développée à partir des années 1944, la création de la commune de Dendale a suivi de très peu le début de la deuxième guerre mondiale qui dura du 1er septembre 1939 au 2 Septembre 1945. Au moment de l’établissement de Dendale, la conversation dans Léopoldville, en particulier, et au Congo Belge en général, s’articulait autour de la peur de voir le Congo être envahi par des troupes allemandes, dans ce que les Léopoldvillois appelèrent justement ‘’Guerre ya Lomane’’ qui se traduit simplement par la guerre de l’Allemagne.
La crainte des habitants de Léopoldville atteindra son paroxysme le 28 mai 1940, date de l’annonce de la capitulation du gouvernement de la Belgique face à l’Allemagne Nazi. Une lueur d’espoir apparaitra toutefois lorsque le Gouverneur général de la colonie du Congo Belge, Pierre Ryckmans, confirma que contrairement à la décision prise par la métropole, la colonie rentrera en guerre aux côtés des alliées.
L’action suivra la parole, une déclaration de guerre sera lancée contre l’Italie le 23 Novembre 1940. Pierre Ryckmans portera son choix sur général Auguste-Edouard Gilliaert enfin de mettre sur pied la 1ère Brigade Belge Coloniale de la Force Publique. Forte de 8.000 personnes, la 1ère Brigade partira de l’actuel Beach Ngobila pour le Nord du Congo à Aketi pour finalement faire jonction avec les troupes britanniques venues de Khartoum, capital du Soudan Britannique. Ainsi commença la campagne de l’Ethiopie. Pour commémorer cet événement majeur, une avenue de Kasa-Vubu sera appelée avenue de l’ »Ethiopie » alors que sa continuité dans la commune de Ngiri-Ngiri sera connue sous la dénomination de l’avenue de Khartoum.

Aussitôt arrivée en Soudan, la Force Publique se dirigea vers l’Ethiopie avec comme stratégie de prendre l’armée italienne en tenaille. En partant des Hauts Plateaux éthiopiens, les troupes de Gilliaert prirent rapidement et sans grandes difficultés les villes mineures d’Asossa et de Gambela. Deux avenues de l’actuelle commune de Kasa-Vubu porteront désormais les noms de ces villes éthiopiennes dans le but de garder cet événement vivant dans la mémoire collective du kinois. Il s’agit de « l’Avenue Asossa » et de « l’avenue de Gambela ». Un marché municipal prendra plus tard le nom de l’une de deux villes, le marché de Gambela en l’occurrence, érigé le long de l’avenue du même nom.
La bataille de Gambela-Asossa a été gagnée certes mais la guerre était loin d’être remportée. L’étape suivante étant la plus difficile. La Force Publique, inferieure en nombre prit d’assaut la ville de Saio, bastion de la garnison italienne défendue par des officiers sortis de la plus Haute Ecole Militaire italienne. Le 2 Juillet 1941, après de violentes canonnades, les Italiens demandèrent une trêve et signèrent une capitulation sans condition. L’avenue Saio à l’ouest de Kasa-Vubu remémore le souvenir de cette importante victoire obtenue par la Force Publique dans la bataille la plus déterminante et la plus sanglante de la Campagne de l’Ethiopie.

L’expédition de l’Ethiopie tendait lentement vers sa fin, les alliées avait cependant besoin d’une assistance médicale durant la Campagne de Birmanie et de l’Inde où elles combattaient les Japonais. Une unité médicale Congolaise de 370 hommes y sera envoyée. A la Fin septembre 1944, les Congolais furent encerclés par les troupes japonaises à Yazagio dans la vallée de Kabaw, la Force Publique se défendit bec et ongles. Une autre performance qui était en droit de figurer dans les annales, d’où « l’Avenue Birmanie », une autre artère importante de Kinshasa, traversant les communes de Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri et Bumbu.
Vers fin 1944 et début 1945, les troupes congolaises commencèrent à retourner progressivement au Congo. Pour célébrer la victoire qui a couronné la campagne de l’Ethiopie, une marche militaire prit place depuis l’entrée du Camp Leopold, aujourd’hui Camp Kokolo jusqu’à l’actuel Matonge. L’itinéraire suivi sera désormais connu comme « l’avenue de la victoire », une avenue qui est aujourd’hui considérée comme le centre de Kinshasa.

L’expression « Ancien de Saio »
De retour au Congo, les membres de la Force Publique jouirent du statut « des anciens combattants ». Une salle leur sera reservée à l’actuel Marché Gambela. Ils furent aussi appelés « Anciens de Saio » due à l’importance qu’a revêtu la Bataille de Saio. Cette dernière appellation enrichit le langage kinois d’une nouvelle expression « Ancien de Saio » désignant une personne qui ne parait pas grande mais qui est capable des grandes prouesses, telle fut l’exploit des troupes congolaises devant les officiers italiens de grandes Académies Militaires.
Qu’en est-il de ces vaillants hommes qui ont si fièrement combattu pour le Congo Belge ? Une avenue du Sud de la commune de Dendale sera en effet baptisée en leur honneur, il s’agit de l’avenue de « la Force Publique », mieux connue de nos jours comme « Avenue Force ».
Les rues de Kasa-Vubu et Ngiri-Ngiri
De manière générale, les rues des communes ci-haut citées portent les noms des villages du nord du Congo à travers lesquels la Force Publique est passée en route pour l’Ethiopie avec quelques exceptions près notamment le cas de la rue de sport qui fera l’objet de notre prochain article.

Le dernier des Combattants
Monsieur Tchèques Bukasa, le Directeur Général de CongoProfond.net a eu l’honneur de rencontrer ex-caporal Albert Kanyuku Ngoma, le dernier des Anciens de Saio, peu avant le départ de ce dernier vers l’au-délà. Mr. Bukasa a retenu de lui un homme pondéré qui racontait fidèlement les souvenirs de la deuxième Guerre Mondiale, avec un accent particulier sur son interaction avec le commandement britannique à la tête duquel trônait l’Anglais Bernard Montgomery.

Ir. Coco Yoka (Chercheur)
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395 millions USD pour désengorger Kinshasa : Judith Suminwa évalue l’avancement des rocades
La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a effectué, ce mardi 12 mai, une visite d’inspection sur les chantiers des rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa, un ambitieux projet routier de 73 kilomètres destiné à transformer durablement la mobilité dans la capitale congolaise.
Ce vaste corridor reliera l’est et l’ouest de Kinshasa, depuis la commune de Kimbanseke et la zone de l’aéroport international de N’djili jusqu’à Kinsuka Pompage, dans la commune de Ngaliema, en passant notamment par Mitendi et la Route nationale numéro 1 (RN1).
Estimés à près de 395 millions de dollars américains dans le cadre du partenariat sino-congolais issu du programme SICOMINES, les travaux ont été lancés en juin 2024 sous l’impulsion du Président de la République, Félix Tshisekedi, pour une durée prévisionnelle de trois ans.

Une visite de terrain pour mesurer l’état réel du projet
Accompagnée du Gouverneur de Kinshasa, du Ministre de l’Aménagement du territoire ainsi que de la Ministre déléguée en charge de la Politique de la ville, la Cheffe du Gouvernement s’est rendue sur plusieurs sites afin d’évaluer personnellement l’évolution des travaux.
Pour Judith Suminwa Tuluka, cette descente sur terrain était indispensable afin de confronter les rapports administratifs à la réalité du chantier.
« Il y a presque deux ans, en juin 2024, le Chef de l’État avait lancé les travaux de ces rocades. Il était important pour moi de venir voir personnellement comment les choses évoluent sur le terrain. Nous recevons régulièrement des rapports, nous suivons les images et les vidéos, mais rien ne remplace le constat de visu », a déclaré la Première Ministre.
Un périphérique stratégique pour décongestionner Kinshasa

Pensées comme un véritable périphérique urbain, les rocades Sud-Est et Sud-Ouest doivent permettre de désengorger les principaux axes routiers de la capitale, particulièrement la RN1, saturée par le trafic en provenance ou en direction du Kongo Central, du Grand Bandundu et de l’aéroport international de N’djili.
Au cours de sa visite, Judith Suminwa Tuluka a parcouru plusieurs tronçons déjà ouverts ou en cours d’aménagement, notamment entre le quartier Ndjoku et Mitendi, où un important échangeur est en construction.
« Cette rocade est conçue comme un périphérique qui permettra de désengorger Kinshasa. À Mitendi, la rocade passera sous la Nationale numéro 1 tandis que la RN1 passera au-dessus. Ce type d’infrastructure va profondément transformer la mobilité dans la ville », a expliqué la Cheffe du Gouvernement.
Des infrastructures modernes pour renforcer la connectivité

La Première Ministre a également salué les dispositifs techniques mis en place pour lutter contre les érosions et sécuriser durablement les infrastructures routières.
Murs de soutènement, importants travaux de terrassement et tracé en deux fois deux voies figurent parmi les aménagements prévus pour améliorer la fluidité de la circulation et les conditions de déplacement des habitants de Kinshasa.
« Nous avons vu les travaux de stabilisation ainsi que le tracé de cette future route à deux fois deux voies. Tout cela permettra d’améliorer durablement les déplacements des Kinois », a-t-elle souligné.
Judith Suminwa Tuluka a par ailleurs replacé ce projet dans la vision nationale de modernisation des grands corridors routiers portée par le Chef de l’État afin de renforcer la connectivité entre les provinces et les espaces économiques du pays.
Le défi des indemnisations au cœur des préoccupations

Malgré l’avancement des travaux, la Première Ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer les opérations d’expropriation et d’indemnisation des populations concernées afin d’éviter tout retard dans l’exécution du projet.
« Le principal défi aujourd’hui reste l’expropriation et l’indemnisation des populations concernées sur certains tronçons. Nous nous sommes entendus avec notre partenaire chinois, dans le cadre du programme SICOMINES, pour finaliser ces opérations afin de permettre l’achèvement du projet dans les délais prévus, idéalement d’ici septembre 2027 », a-t-elle indiqué.
Le partenariat sino-congolais mis au service des infrastructures

La Cheffe du Gouvernement a enfin salué les retombées du partenariat sino-congolais revisité sous l’impulsion du Président de la République, estimant que celui-ci permet désormais d’accroître les investissements dans les infrastructures structurantes au bénéfice direct des populations.
« Aujourd’hui, les résultats commencent à être visibles. Les travaux ne concernent pas seulement Kinshasa. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large de connexion des provinces et des grands corridors économiques du pays », a-t-elle conclu.
Le projet des rocades s’inscrit dans le troisième pilier du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028 consacré à « l’aménagement du territoire national en vue d’une connectivité maximale », avec pour objectif de renforcer les infrastructures stratégiques et d’améliorer durablement la mobilité urbaine et interprovinciale.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
