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Affaire « Nicolas Kazadi »: Le Congo démocratique est-il un État défaillant ? ( Tribune de Tytho Awetimbi, Stratège/Observateur républicain)

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Il y a quelques jours, Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances, a donné une interview choc. Acteur majeur dans l’échiquier politique, ses révélations ont secoué plus d’un Congolais. S’agissait-il d’un diagnostic ou d’une autopsie ?
Il a relevé – ou plutôt révélé – des pans hideux de la gouvernance de notre pays ! La phrase incisive qui a tout enflammé : « Nous sommes un régime de jouisseurs ! »

Jouisseurs, parce que les projets de l’État ne sont pas exécutés ; les fonds sont détournés et partagés, au lieu de servir à la réalisation desdits projets. Il est lui-même empêtré dans un scandale de détournement, de surfacturation, et finalement de non-exécution de projets pourtant lourdement financés !

Et selon ses dires, en marchant dans les rues de Kinshasa – pour ne pas étendre le constat à chaque ville du pays –, il est interpellant de constater le contraste saisissant entre l’énergie vibrante des habitants vivant à l’informel, et l’inaction inquiétante, sinon criminelle, des institutions. De là à nier, sinon infirmer, les propos de l’ancien ministre, personne de sensée ne saurait : l’évidence est que la poursuite du pouvoir et de la richesse par une minorité l’emporte sur le bien-être collectif, le bien-être de la nation.

Les scandales financiers à répétition, qui renvoient à une image odieuse d’injustice sociale, permettraient-ils de diagnostiquer notre pays comme un État défaillant ?
Possiblement, car parmi les acteurs politiques, ceux jugés ont pour la grande majorité été blanchis, puis sont revenus à des fonctions publiques ; et ceux dont la clameur publique aurait dû entraîner l’ouverture d’une instruction judiciaire ne sont jamais inquiétés… « La justice est malade », avait affirmé le président Tshisekedi dans une de ses sorties médiatiques.
Oublions un peu cette triste réalité…

Dressons nos fronts longtemps courbés, et imaginons un Congo où la justice n’est pas juste un mot, mais une expérience vécue. Où la police protège et sert – pas une minorité, mais tous les citoyens. Où les hôpitaux sont équipés pour guérir, et pas juste pour stabiliser ; et surtout, accessibles à tous. Où les écoles sont des temples de savoir, en phase avec l’évolution technologique, et inspirent les jeunes esprits. Où l’emploi est accessible, mais aussi convenablement rémunéré.

Ce n’est pas juste un rêve : c’est le Congo que nous méritons. C’est le Congo de la grandeur, que le Père Boka a traduit en écrivant l’hymne de notre solidarité !
De ce rêve, de ce vœu exprimé par chaque souffle, le réveil à la réalité est terrible.

La notion de justice sociale est un tabou ; la règle de droit est souvent pliée pour servir les intérêts de ceux qui sont au pouvoir. La corruption s’infiltre à tous les niveaux de la société, étouffant les opportunités et l’espoir.

Sorti du pays en immigration professionnelle, j’ai pu parcourir le monde, et j’ai vu comment les autres ont fait et font. Je ne spécule pas. Je ne me pose pas en donneur de leçons ; j’interroge, j’essaye de comprendre, de situer notre situation.

À quel vivre-ensemble aspirions-nous, et quel genre d’État construisons-nous maintenant ? Un État où une petite minorité de privilégiés récolte tous les bénéfices, tandis que la majorité lutte pour survivre ?

Nous ne parlons pas seulement d’indicateurs économiques ou d’instabilité politique. Nous parlons de la vie des gens.
Ceux-là, aux visages émaciés, dont les droits fondamentaux les plus basiques sont ignorés, bafoués.
Ceux-là, réduits à une vie misérablement pauvre, des nécessiteux qui ne savent, sinon ne peuvent entreprendre, car les chances ne sont pas équitables.

Certains pourraient dire : « Mais nous faisons des progrès ; Rome ne s’est pas construite en un jour ! »
Nous avons eu des moments d’espoir : le pays a été réunifié après plusieurs rébellions, quelques cycles d’élections plus ou moins pacifiques, et récemment une alternance pacifique au sommet de l’État – jamais vécue dans l’histoire de notre pays !
Et cela est vrai… enfin, presque !

Seulement, le progrès n’est pas juste une question de changement progressif en rampant comme l’escargot – car la tortue semblerait pressée ! Le progrès est une question de direction. Et en ce moment, notre direction est floue.
Y a-t-il vraiment un pilote dans l’avion ?

D’autres pourraient argumenter : « Qu’en est-il de la sécurité ? » La sécurité est cruciale.
Mais la sécurité n’est pas juste une question de militarisation ; c’est aussi une question de justice, de responsabilité et d’opportunité.
Et à vrai dire, qu’en est-il vraiment de cette sécurité ? Est-ce que le Congolais se sent en sécurité dans son pays, quand bien même s’apitoyer sur son sort ou dire la vérité sur le quotidien ouvre les portes des geôles des services de renseignements ?
Rien que ça, pour ne pas s’étendre !

Alors, la RDC est-elle un État en défaillance ? Pas dans le sens classique, peut-être.
Mais dans le sens où nous échouons : nous-mêmes d’abord, nos enfants ensuite, et inéluctablement notre avenir.
Absolument. Nous devons affronter cette réalité, non seulement pour le bien de notre pays, mais pour notre propre dignité.

Alors, debout Congolais, unis par le sort mais aussi dans l’effort. De ce don béni des aïeux, bâtissons un pays plus beau et garantissons sa grandeur, aujourd’hui et maintenant !

 

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HGR Kinkole sous tension : Après les violentes échauffourées, les médecins déclenchent une grève dès ce jeudi 16 avril

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L’Hôpital Général de Référence de Kinkole a vécu des heures de vive tension dans la nuit du 14 au 15 avril 2026, plongeant le personnel soignant, les malades et leurs gardes dans une situation de panique généralisée. Selon les témoignages recueillis auprès des médecins de garde, des individus venus de Pakadjuma auraient pris le contrôle d’une partie du service de chirurgie, armés notamment de flèches et d’autres instruments jugés agressifs.

D’après les récits du personnel médical, plusieurs portes administratives ont été forcées, notamment celles du secrétariat, du bureau de l’Administrateur Gestionnaire Titulaire (AGT) ainsi que d’autres bureaux centraux. Si les assaillants ne sont pas parvenus à ouvrir certaines pièces, leur présence a suffi à semer la peur dans tout l’établissement. Les malades, les gardes-malades et les soignants ont été pris de panique face à cette intrusion brutale au sein d’un lieu censé être dédié aux soins et à la sécurité.

Le bilan provisoire communiqué par les médecins fait état d’au moins quatre morts alors qu’un premier rapport faisait état de deux décès par balle ainsi que de douze blessés, dont trois cas graves. Plusieurs biens appartenant aux prestataires, patients, stagiaires et accompagnants auraient également été emportés lors des violences. Les blessés ont été transférés à l’hôpital militaire de Kokolo sur décision des autorités communales de N’sele.

Face à cette situation jugée intenable, la quasi-totalité du personnel soignant a quitté l’hôpital et a décrété une grève à compter de ce jeudi 16 avril. Les médecins dénoncent l’absence de garanties sécuritaires et refusent de reprendre le travail tant que leur intégrité physique, celle des patients et celle des infrastructures hospitalières ne seront pas assurées.

Dorcas Mwavita/CONGOPROFOND.NET 

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