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Tribune : Et si « Ba supporters bagangi eh ! » devenait un slogan contestataire du mal congolais
Dans le rétroviseur du temps, ne sait-on pas voir ces types de cris qui ravissent les masses ; ces mots au cœur des sociétés ; ces vocables portant à la fois une gaie banalité et une
puissance psychoactive dans la conscience collective ? Puissions-nous en citer quelques-uns de
notre société, leurs victimes s’y retrouveront : « esopi yo », « yo bongo na nga », « ya boye nde tozo
boya », « okoyanga noix », etc.
Alors que battent encore leur plein « Ewo » et « eh mbadi ! », une vidéo
foudroie la toile avec un cri qui a la côte, qui fait le coq, qui donne du coup de jeune aux Congolais stressés par plusieurs maux et situations : « Ba supporters Bagangi : euhhhhh !!!!! »
Quelle en est l’origine ? Quelle en a été la réception ? Quelle récupération pourrions-nous en
faire ? Telles sont les questions auxquelles nous nous évertuerons de répondre.
Ces derniers jours, c’est l’Olympe dans les réseaux sociaux. Ce foudroyant cri, « Ba supporters bagangi ehhhh ! », s’est dilaté grâce à une vidéo qui laisse voir quelques jeunes que
les colleurs des clichés catégorisent à tort et à travers dans la stratification des preneurs de cet opium en vogue à Kinshasa. Parmi eux agit principalement un, appelé Prêtre Kongo, qui prononce des charabias dans un anglais dont lui seul peut nous communiquer le sens ou mieux son intention. Néanmoins, l’on sait comprendre dans son discours que John Cena serait, lors d’un combat de catch, en train d’impressionner le public par ces coups et cela suscite
l’engouement de la foule. A la fin de ses commentaires, il manifeste la jubilation des « ba supporters » par ces paroles en soulevant les mains : « ba supporters bagangi ehhh !!!! ».
Dans un laps de temps très reduit, le cri est allé à la va comme-je-te-pousse et s’est dilaté au point de devenir les slogans et contenu des statuts, publications de plusieurs personnes. A quelques heures seulement de la sortie de cette vidéo, tant d’autres se sont ensuivies associant
ces vives paroles aux sorties ratées des célébrités, effectivement pour se moquer d’elles. Aussi s’en sert-on pour vanter les belles interventions de certaines célébrités. Et étant en train de repartir les frais de sa révélation avec multiples quidams, il s’est engagé lui-même à la réédition de son cri notamment pour attirer l’attention des gens friqués comme en témoigne une vidéo que Prêtre Kongo lui-même dédie à l’homme d’affaires Abed Achour. Celui-ci d’ailleurs n’a pas résisté au coup de foudre de « Ba supporters bagangi eh » au point de faire une vidéo dans laquelle il reprend à la minute près les mêmes paroles du Prêtre Kongo.
Cependant, si plus d’un Congolais se délectent avec ce cri, il y en a qui râlent en l’écoutant. Ainsi, pensent-ils, l’inélitisme ou la rue est devenu un référentiel ou un influenceur de la société. Mais jetons l’ancre un moment. Le négatif aurait-il un sens ? A cette question, un certain Hegel répond par l’affirmative. C’est ce qu’on rend couramment par : A quelque chose malheur est bon. A quoi « Ba supporters bagangi eh » serait-il profitable pour nous et pour ceux qui le chargent d’immaturité ? Avant de répondre à cette question, analysons cette phrase. Elle est en effet exclamative. De ce fait, elle exprime un sentiment, une émotion. Ce qui s’exprime par l’interjection « eh ! » qui marque soit la douleur, soit la surprise. Attaché au sujet « Ba supporters », cela renverrait à l’expression de la surprise ou de l’étonnement, car un
supporter soutient et encourage une équipe ou un concurrent. Dans le dictionnaire de Lingala
du Père René Van Everbroeck, le verbe ganga revêt plusieurs sens : crier, s’écrier, pousser des cris, hurler, rugir, gronder, invectiver, etc. Ce verbe va dans le sens d’une réaction
contestatrice ou d’une riposte contre un méfait commis.
Autrement dit, cette expression « Ba supporters bagangi eh ! », serait aussi un slogan contestataire du mal qui ronge le Congo. Les Congolais doivent riposter en pensée, en parole et par action contre ceux qui détruisent ce qu’ils devraient encourager et supporter. Nous pouvons seulement constater l’enthousiasme qui accompagne ce cri. Et s’il nous mouvait pour
nous opposer au mal de toute sorte qui nous minent. C’est en ce sens que peut se réaliser la
poéticité de ce slogan. En effet, le terme slogan lui-même est d’origine gaélique : sluagh
(troupe) et ghairm (cri). C’est à l’origine un cri de guerre ou de ralliement des troupes écossaises ou irlandaises, puis le mot d’ordre, la devise de tout groupe. Ainsi, nous devons entrer en guerre contre le mal de notre société, de notre culture.
Kinshasa, désolation…
A voir la réalité à Kinshasa, l’on peut dire que notre culture ou notre société a enterré la honte et s’enlise dans les antivaleurs de toute engeance du cheveu le plus long à la plante du pied.
En effet, le mal est structuré et la démon-cratie se contente du minimal, la boucherie humaine ne va qu’en s’accroissant : rétrocession dans le système de gestion de ce pays muté en jardin de « madesu ya bana » ; peuple ardent dans ses stresses ; incompréhensions dans les routes entre les conducteurs, roulages et agents de l’ordre ne disons pas de fortune ; injures obscènes devenues salutations et reproches ; les marchands d’illusion des prédications et campagnes partout et en tout temps ; désolante hyper-religiosité aveugle ; la rue a pénétré les milieux universitaires : lidabo, PST (Point sexuellement transmissible), loi du moindre effort ; déficit
dans la politique et initiative des constructions des routes et cités ; tintamarres festifs et nocturnes des bars ; vol d’argent embelli dans l’éloquence de la médiocrité la plus abjecte ;
corruption et tribalisme de tout acabit ; désordre organisé même dans l’aula des élus du peuple ;
trafic d’influence avec le principe « lobela ye français » : tu ne me connais pas petit ; course au pouvoir ; faible rémunération et taux de chômage grossissant ; érotisme aussi bien réel que virtuel sans honte : le ridicule ne tue pas ; pollution d’eau et détérioration des caniveaux, ruelles
et avenues en y jetant immondices, déchets, eau et reste de vaisselle sans citer les fosses
septiques sous la pluie ; kuluna, zododo, aguéné, bombé avec des mesures d’éradication à court terme et l’on revient à la case-départ ; le théâtre des guerres devenues mode de vie tout en développant en certains jeunes, comme le disait Arendt, une banalité du mal. Ainsi, pour Jean-Pierre Chrétien, c’est la transformation en tueurs de dizaines de milliers de jeunes gens sans avenir, qui ont été pris dans une sorte d’hystérie de la guerre et du travail bien fait, mais aussi du pillage licite, du sadisme encouragé et la cruauté calculé. Ce qui s’applique aussi chez tous les autres jeunes hors-la-loi.
Devant ce portrait sombre de l’homme Congolais, ne devrions-nous pas manifester notre indignation ? Ne crierions-nous pas
contre ces pénombres qui font baisser le jour et tomber le soir sur notre société tant et si bien
que se lève sous peu un jour nouveau ? Tous les acteurs sociaux, surtout ceux ayant une grande
influence sur les masses : pasteurs d’âme, intellectuels, politiciens, professeurs, écrivains,
acteurs sociaux, journalistes, artistes cinéastes, danseurs, comédiens et surtout musiciens, sont devenus ces dernières décennies érotiques et sexistes, etc. Puissions-nous attiser la conscience
du peuple Congolais, à telle enseigne qu’elle crie « eh, eganga eh », par son attitude de revendication
et non de naïve acceptation de béni-oui-oui contre soi-même d’abord, l’entourage, la société et
tout ce qui empêcherait aux supporters de se réjouir.
En effet, parfois les bourreaux tant moraux que sociaux ne sentent pas la nécessité de se
rendre et fléchir par manque de pression des opprimés. Cette nécessité arrive quand les bruits se font sentir. Alors, « Ba supporters ba ganga ehhhh », comme si l’arbitre n’avait pas accordé à leur équipe un pénalty valable dans un match très important. Abats les « Kiyuma na Nkolo », ce piétisme naïf et populisme idéologique, le nzambeakosungisme qui entérine la maxime marxiste : « la religion est l’opium du peuple ». Disons-le aussi pour le cas de notre société : le fanatisme politique est l’opium du peuple. Abats la culture de la peur et de l’adhésion naïve. Effectivement, cette attitude contestatrice engendrera, je le crois, une considération et la peur du ridicule qui aboutira à l’esprit de la culpabilité.
Œuvrons pour une culture de l’honneur dans laquelle l’honorabilité ne se déclare pas, mais s’acquiert par une tenue et conduite acceptables. Et que vive l’Exode éthique de notre
société !!! « Ba supporters bagangi eh !!!!! »
Salem ALUMBA
G2 Théo/Jean XXIII
Séminariste ArchiKin.
À la Une
395 millions USD pour désengorger Kinshasa : Judith Suminwa évalue l’avancement des rocades
La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a effectué, ce mardi 12 mai, une visite d’inspection sur les chantiers des rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa, un ambitieux projet routier de 73 kilomètres destiné à transformer durablement la mobilité dans la capitale congolaise.
Ce vaste corridor reliera l’est et l’ouest de Kinshasa, depuis la commune de Kimbanseke et la zone de l’aéroport international de N’djili jusqu’à Kinsuka Pompage, dans la commune de Ngaliema, en passant notamment par Mitendi et la Route nationale numéro 1 (RN1).
Estimés à près de 395 millions de dollars américains dans le cadre du partenariat sino-congolais issu du programme SICOMINES, les travaux ont été lancés en juin 2024 sous l’impulsion du Président de la République, Félix Tshisekedi, pour une durée prévisionnelle de trois ans.

Une visite de terrain pour mesurer l’état réel du projet
Accompagnée du Gouverneur de Kinshasa, du Ministre de l’Aménagement du territoire ainsi que de la Ministre déléguée en charge de la Politique de la ville, la Cheffe du Gouvernement s’est rendue sur plusieurs sites afin d’évaluer personnellement l’évolution des travaux.
Pour Judith Suminwa Tuluka, cette descente sur terrain était indispensable afin de confronter les rapports administratifs à la réalité du chantier.
« Il y a presque deux ans, en juin 2024, le Chef de l’État avait lancé les travaux de ces rocades. Il était important pour moi de venir voir personnellement comment les choses évoluent sur le terrain. Nous recevons régulièrement des rapports, nous suivons les images et les vidéos, mais rien ne remplace le constat de visu », a déclaré la Première Ministre.
Un périphérique stratégique pour décongestionner Kinshasa

Pensées comme un véritable périphérique urbain, les rocades Sud-Est et Sud-Ouest doivent permettre de désengorger les principaux axes routiers de la capitale, particulièrement la RN1, saturée par le trafic en provenance ou en direction du Kongo Central, du Grand Bandundu et de l’aéroport international de N’djili.
Au cours de sa visite, Judith Suminwa Tuluka a parcouru plusieurs tronçons déjà ouverts ou en cours d’aménagement, notamment entre le quartier Ndjoku et Mitendi, où un important échangeur est en construction.
« Cette rocade est conçue comme un périphérique qui permettra de désengorger Kinshasa. À Mitendi, la rocade passera sous la Nationale numéro 1 tandis que la RN1 passera au-dessus. Ce type d’infrastructure va profondément transformer la mobilité dans la ville », a expliqué la Cheffe du Gouvernement.
Des infrastructures modernes pour renforcer la connectivité

La Première Ministre a également salué les dispositifs techniques mis en place pour lutter contre les érosions et sécuriser durablement les infrastructures routières.
Murs de soutènement, importants travaux de terrassement et tracé en deux fois deux voies figurent parmi les aménagements prévus pour améliorer la fluidité de la circulation et les conditions de déplacement des habitants de Kinshasa.
« Nous avons vu les travaux de stabilisation ainsi que le tracé de cette future route à deux fois deux voies. Tout cela permettra d’améliorer durablement les déplacements des Kinois », a-t-elle souligné.
Judith Suminwa Tuluka a par ailleurs replacé ce projet dans la vision nationale de modernisation des grands corridors routiers portée par le Chef de l’État afin de renforcer la connectivité entre les provinces et les espaces économiques du pays.
Le défi des indemnisations au cœur des préoccupations

Malgré l’avancement des travaux, la Première Ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer les opérations d’expropriation et d’indemnisation des populations concernées afin d’éviter tout retard dans l’exécution du projet.
« Le principal défi aujourd’hui reste l’expropriation et l’indemnisation des populations concernées sur certains tronçons. Nous nous sommes entendus avec notre partenaire chinois, dans le cadre du programme SICOMINES, pour finaliser ces opérations afin de permettre l’achèvement du projet dans les délais prévus, idéalement d’ici septembre 2027 », a-t-elle indiqué.
Le partenariat sino-congolais mis au service des infrastructures

La Cheffe du Gouvernement a enfin salué les retombées du partenariat sino-congolais revisité sous l’impulsion du Président de la République, estimant que celui-ci permet désormais d’accroître les investissements dans les infrastructures structurantes au bénéfice direct des populations.
« Aujourd’hui, les résultats commencent à être visibles. Les travaux ne concernent pas seulement Kinshasa. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large de connexion des provinces et des grands corridors économiques du pays », a-t-elle conclu.
Le projet des rocades s’inscrit dans le troisième pilier du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028 consacré à « l’aménagement du territoire national en vue d’une connectivité maximale », avec pour objectif de renforcer les infrastructures stratégiques et d’améliorer durablement la mobilité urbaine et interprovinciale.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
