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« Loi Tshiani »,  » Kabila-Kamerhe », « Élections », « Gouvernement de l’Union Sacrée », etc.: Moïse Katumbi parle enfin ! ( Interview )

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Officiellement, il est membre de la majorité, mais l’ancien gouverneur du Katanga est soupçonné de nourrir des ambitions présidentielles. Sera-t-il candidat ? Quelles sont ses relations avec Félix Tshisekedi et Joseph Kabila ? Moïse Katumbi s’est confié à « Jeune Afrique » lors d’une interview exclusive.

C’est un peu le musée personnel de Moïse Katumbi. Nichée sur les rives de la Luapula, non loin du lac Moero qui sépare le Haut-Katanga de la Zambie voisine, la localité de Kashobwe abrite toujours le bâtiment du premier magasin tenu par son père, Nissim Soriano. Juif originaire de l’île de Rhodes, ce dernier avait émigré dans les années 1930, fuyant une Europe sur le point de basculer dans la guerre. Presque un siècle plus tard, la maison familiale s’y trouve toujours et une multitude de souvenirs y sont entreposés, comme cette épave de camion, le tout premier que l’homme d’affaires devenu acteur politique a acquis.

Pour l’ancien gouverneur du Katanga, désormais à la tête d’Ensemble pour la République, Kashobwe est un lieu propice à la réflexion. C’est ici, à 2 000 km de Kinshasa et à 300 km de Lubumbashi, que le chairman, comme l’appellent ses partisans, nous a donné rendez-vous en ce milieu de mois d’août.

C’est la première fois depuis que son parti a rejoint l’Union sacrée et fait son entrée au gouvernement que l’ancien opposant, revenu d’exil il y a deux ans, se prête au jeu de l’interview. Il se sait scruté de toutes parts et a longuement pesé le pour et le contre. Les coups, il ne l’ignore pas, pourraient aussi venir de cette vaste majorité hétéroclite traversée, depuis sa création, par des vents contraires.

Du débat autour de la loi Tshiani aux pénibles négociations sur la commission électorale, en passant par ses relations avec le président Tshisekedi et ses propres ambitions pour 2023, Moïse Katumbi a néanmoins accepté de répondre à nos questions.

Jeune Afrique : Plus de cent jours après l’investiture du gouvernement de Sama Lukonde Kyenge, l’Union sacrée va-t-elle dans la bonne direction ?

Moïse Katumbi : Parler des cent jours n’a, selon moi, aucun sens. C’est un concept essentiellement médiatique. La RDC est un pays à terre, où tout est à refaire. Il faut donner du temps à ce gouvernement. Nous ferons le bilan au bout d’un an ou deux.

Pour ce qui est de l’Union sacrée en elle-même, il nous manque pour l’instant un cadre de concertation collectif. Nous n’avons d’ailleurs eu aucune réunion qui nous aurait permis de jauger l’efficacité de notre action.

Diriez-vous, comme certains, que l’état de siège décrété en mai dernier dans l’Est pour lutter contre l’insécurité est un échec ?

Il faut voir ce qui a été bien fait et ce qui ne marche pas. Chaque jour ou presque, on déplore des morts. C’est donc que le problème persiste et nous devons accepter d’en parler entre nous, même si cela gêne certaines personnes.

Sur le plan judiciaire, plusieurs proches de l’ancien président Joseph Kabila sont aujourd’hui poursuivis ou en exil. L’état de droit vous paraît-il sur la bonne voie ?

La justice doit être indépendante et non pas instrumentalisée, en particulier à des fins politiques. C’est ce que nous avions dénoncé avec l’UDPS [l’Union pour la démocratie et le progrès social, de Félix Tshisekedi] quand nous étions ensemble dans l’opposition. La justice ne peut pas se montrer sélective, il faut mettre un terme à la chasse aux sorcières.

C’est de cela qu’il s’agit selon vous, d’une « chasse aux sorcières » ?

Soyons clairs : il est important que les méfaits commis soient jugés. Pour autant, s’il faut condamner, il faut aussi savoir pardonner. La place des Congolais est au Congo. On ne peut se réjouir d’en voir prendre la route de l’exil, quoi qu’ils aient fait. Cela vaut pour Kikaya Bin Karubi, John Numbi, Kalev Mutond et les autres.

Il ne faut pas avoir la mémoire courte : certains de ceux qui sont aujourd’hui en difficultés ont beaucoup apporté à notre pays. Notamment le pasteur Ngoy Mulunda, un homme de Dieu qui a beaucoup œuvré pour la paix, mais aussi Vital Kamerhe, l’un des principaux acteurs de la vie politique ces dernières années, ou encore Augustin Matata Ponyo, qui fut un valeureux Premier ministre.

Le président Tshisekedi a fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités. Quel bilan tirez-vous de son action en la matière ?

Les pratiques d’hier persistent. Le directeur de cabinet du chef de l’État l’a d’ailleurs reconnu en condamnant l’instrumentalisation des institutions par certains conseillers de la présidence. Je le dis parce qu’être membre de l’Union sacrée, ce n’est pas se taire ni fermer les yeux sur ce qui se passe et sur des faits qui sont répréhensibles.

Avec cinq ministres étiquetés « Ensemble pour la République », estimez-vous avoir obtenu votre juste part lors de la formation du gouvernement ?

Nous aurions dû avoir un minimum de douze ministres et vice-ministres. Malgré cela, j’ai estimé, contre l’avis de la majorité de mes députés, qu’il était de notre devoir de ne pas bloquer la machine en retardant davantage la mise en place du gouvernement. Moi-même, on m’a proposé le poste de Premier ministre, mais j’ai décliné.

Pourquoi ?

Je n’ai pas pour habitude de rendre public le contenu de mes conversations avec le président.

Regrettez-vous d’avoir accepté de prendre part aux consultations lancées par Félix Tshisekedi après sa rupture avec Joseph Kabila ?

Je ne regrette jamais ce que je fais. Il fallait donner sa chance à l’Union sacrée sans présager de l’avenir.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de jouer sur les deux tableaux en gardant un pied dans l’opposition et un autre dans la majorité ?

Je suis un homme libre. Quand j’étais avec le président Kabila, j’étais son gouverneur le plus puissant. Cela ne m’a pas empêché, quand je n’ai plus été d’accord avec lui, d’aller le voir et de le lui dire. Je ne suis pas un hypocrite. Quand j’ai défendu notre Constitution, c’était sur la place de la Poste à Lubumbashi. Je ne cache jamais mes intentions. Nous n’avons pas rejoint la majorité pour applaudir. Il faut avoir le courage de dire tout haut ce qui ne marche pas.

Votre retour au sein de la majorité et le passage de Kabila dans l’opposition constituent-t-il une revanche ?

Je suis chrétien, je ne peux être dans une logique de vengeance. Je laisse cela à Dieu. Mais lorsque l’on est dans la majorité, on ne doit jamais oublier que le pouvoir est passager et qu’un jour, la situation peut s’inverser.

Avez-vous pardonné à l’ancien président les quatre années d’exil auxquelles vous avez été contraint ?

Entre Kabila et moi, il n’y a jamais eu de problème. C’était avec son entourage que cela coinçait. Il se passe la même chose au sein de l’Union sacrée. Il y a des gens qui pensent que, quand vous êtes proche de quelqu’un, c’est pour prendre son poste. Moi je ne suis pas un demandeur d’emploi.

Avez-vous échangé avec Kabila ces derniers mois ?

On ne s’est jamais reparlé depuis que j’ai quitté la majorité, en 2015. Mais si un jour le besoin s’en fait sentir, je chercherai son numéro et je l’appellerai.

Depuis plusieurs semaines, la loi Tshiani, qui vise à interdire la fonction présidentielle aux Congolais nés d’un parent étranger, fait réagir. Estimez-vous, comme certains de vos collaborateurs, qu’il s’agit d’une manœuvre du pouvoir pour empêcher certaines candidatures en 2023 ?

Je ne peux pas accuser le pouvoir en place, mais je peux accuser une partie de l’Union sacrée, parce que ce projet de loi est porté par un député issu de ses rangs. La RDC de 2021 n’a pas besoin d’une loi comme celles qui furent votées en Afrique du Sud dans les années 1940. Notre pays ne s’honorerait pas à être le seul au monde à adopter un texte raciste, ségrégationniste et inconstitutionnel.

Vous sentez-vous personnellement visé ?

Des Moïse Katumbi , il y en a des millions en RDC ! Quelle famille ici n’a pas un parent, un cousin, un fils ou une fille, une nièce ou un neveu qui n’est pas congolais d’origine ? Nous partageons neuf frontières avec nos voisins, ce qui est un cas unique en Afrique. Chaque année, des milliers de mariages mixtes sont célébrés.

Si une telle loi venait à s’appliquer, cela signifierait que demain, concrètement, des jeunes Congolais ne pourraient pas prétendre aux plus hautes fonctions bien qu’étant compétents et méritants. Cela porte un nom : le racisme.

Quitteriez-vous l’Union sacrée si cette loi venait à être adoptée ?

Oui, il s’agit clairement d’une ligne rouge. Si elle venait à être ne serait-ce que programmée pour être débattue au Parlement, nous quitterions la majorité.

Attendez-vous que le chef de l’État se positionne sur la question ?

Je crois qu’il a dit aux sénateurs qu’il n’était pas d’accord avec cette proposition de loi, mais le débat public continue. Il faut sonner la fin de la récréation.

Comment avez-vous réagi à la condamnation du président de la Ligue des jeunes de votre parti, Jacky Ndala, qui avait critiqué la loi Tshiani ?

Cette condamnation est inadmissible et injuste. D’abord parce qu’un politicien qui n’est pas critiqué, c’est un politicien mort. Et puis d’autres ont tenu des propos autrement plus dangereux et sont toujours en liberté. On les invite même très souvent sur les plateaux de télévision.

En refusant d’envoyer vos délégués à la Commission électorale nationale indépendante [Ceni], ne contribuez-vous pas à retarder le processus électoral ?

Ce n’est pas nous qui retardons les choses mais ceux qui manœuvrent pour faire en sorte que ce scrutin ne soit ni équitable, ni transparent, ni inclusif. Je parlais tout à l’heure de ligne rouge. La désignation du président et des autres membres de la Ceni en est une autre. Leur nomination doit être consensuelle et conforme à la loi. Ce qui signifie qu’il faut laisser les confessions religieuses travailler sans pression, menace, intimidation ou manipulation, et qu’il faut tenir compte du poids de chacun des partenaires au sein de la majorité.

La nouvelle loi électorale dépolitise-t-elle suffisamment la Ceni ?

Non, et je me rappelle très bien du discours du président disant qu’il allait le faire pour éviter les erreurs du passé. Cela m’avait encouragé, mais nous sommes en train de nous éloigner. Que l’on se rappelle 2006, 2011, 2018… Les mêmes causes produiront les mêmes effets en 2023. Nous voulons que, si le président Tshisekedi gagne les prochaines élections à la régulière, tout le monde puisse le reconnaître et l’applaudir. Idem s’il s’agit de quelqu’un d’autre.

Les élections pourront-elles se tenir en 2023 ?

Ce n’est pas une option mais une obligation, et il revient aux institutions de se conformer au calendrier électoral plutôt que d’essayer d’adapter la Constitution à je ne sais quel agenda politique.

Au sein de l’Union sacrée, certains mettent en doute votre loyauté envers le chef de l’État…

Mes relations avec lui sont empreintes de franchise. Quand j’ai quelque chose à lui dire, je le lui dis ouvertement et sans détour.

Plusieurs ténors de la majorité, tel Modeste Bahati Lukwebo, le président du Sénat, ont déjà formulé leur soutien à la candidature de Félix Tshisekedi en 2023. Pas vous. Pourquoi ?

Bahati Lukwebo est libre de se prononcer au nom de son parti. Jean-Pierre Bemba [le président du Mouvement de libération du Congo, MLC] l’est tout autant, et c’est la même chose pour moi. C’est cela, la démocratie. Assimiler à un manque de loyauté le fait que je ne me sois pas encore prononcé sur le sujet, c’est de l’escroquerie politique.

Serez-vous candidat ?

Si j’avais déjà décidé de me présenter en 2023, je le dirais ouvertement. La décision n’a pas encore été prise, ni dans un sens ni dans un autre.

Aujourd’hui, je suis à la tête d’Ensemble. Nous avons des instances, dont un comité directeur et un bureau politique. La décision ne pourra donc être prise qu’à l’issue de notre congrès et de manière collective.

Quand vous étiez dans l’opposition, vous estimiez que le président serait le seul responsable de son bilan. Qu’en est-il maintenant que vous appartenez à la majorité ?

En tant que membre de l’Union sacrée, nous assumerons notre part de responsabilité, mais seulement celle-ci. Ne nous voilons pas la face : le responsable numéro un aux yeux des Congolais, ce sera Félix Tshisekedi.

Au regard des dynamiques politiques actuelles, un rapprochement entre Ensemble et le FCC est-il possible ?

Je ne peux pas exclure a priori une coalition avec qui que ce soit. Quand nous étions dans l’opposition, Jean-Pierre Bemba et moi, qui aurait pensé que nous pourrions finalement nous retrouver dans la majorité ? Quand je négocie, je le fais toujours au grand jour. Si je constate que l’intérêt de la population ne réside plus dans l’Union sacrée, je le dirai.

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« Descendez au refuge ! » : À Kyiv, j’ai vécu 2 alertes aériennes qui m’ont fait comprendre le quotidien des Ukrainiens sous les bombes (Carnet de voyage CONGOPROFOND.NET)

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Pendant 3 heures d’échanges riches et passionnants avec des universitaires, des diplomates et des journalistes, nous avons eu l’opportunité exceptionnelle de découvrir les initiatives académiques et scientifiques portées par l’Ukraine en direction de l’Afrique, grâce au précieux accompagnement du Centre d’études africaines de l’Université nationale Taras Chevtchenko et de nombreux partenaires engagés.

Mais au-delà des discussions scientifiques et diplomatiques, c’est une expérience humaine forte qui marquera durablement ma mémoire.

Quand les sirènes interrompent la science

Alors que les échanges se déroulaient dans une atmosphère studieuse et conviviale, les sirènes d’alerte aérienne ont retenti à 2 reprises. À chaque fois, nous avons dû interrompre la conférence pour rejoindre en urgence un refuge anti-bombes.

Ces moments ont suscité en moi des émotions intenses. Descendre dans un abri souterrain alors que l’on participe à une conférence universitaire est une expérience qui dépasse l’imagination de ceux qui vivent loin du conflit. Cette réalité, je ne l’avais jusqu’alors observée qu’à travers les médias. La vivre personnellement m’a permis de mieux comprendre les conditions actuelles de l’Ukraine et les défis quotidiens auxquels les Ukrainiens sont confrontés depuis le début de l’agression russe.

Sur le chemin menant au refuge, une question me traversait l’esprit. J’ai alors demandé à notre hôte si les frappes russes visaient uniquement des objectifs militaires. Sa réponse fut aussi simple que percutante : « Que faut-il en penser lorsque nous sommes obligés, avec des étudiants et des chercheurs, de descendre dans un abri anti-bombes alors que nous discutons de science ? »

Cette interrogation résume à elle seule la réalité d’un pays où la guerre s’invite jusque dans les amphithéâtres, les salles de conférence et les espaces dédiés au savoir.

Le courage d’informer malgré la guerre

 

Cette visite a également été marquée par la présence d’une importante délégation de journalistes africains. Je tiens à saluer le courage et le professionnalisme de mes confrères venus de plusieurs pays du continent. Leur décision de se rendre en Ukraine en cette période particulièrement difficile témoigne d’un véritable engagement envers la recherche de la vérité et la compréhension des réalités du terrain.

Choisir de visiter un pays en guerre ne relève pas seulement du devoir professionnel ; cela exige aussi une part importante de courage personnel. Leur détermination à voir l’Ukraine de leurs propres yeux mérite d’être reconnue.

Cette visite m’a permis de découvrir une autre facette de l’Ukraine : celle d’un peuple qui continue d’enseigner, de rechercher, d’innover et de dialoguer avec le monde malgré les menaces permanentes. J’espère sincèrement que cette expérience contribuera à une meilleure compréhension des réalités que vivent quotidiennement les Ukrainiens et renforcera les liens entre l’Afrique et l’Ukraine dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de la coopération internationale.

Une expérience qui rapproche l’Afrique et l’Ukraine

Au cours de cette tournée de presse, des journalistes venus du Bénin, de la République démocratique du Congo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Sénégal et du Togo ont eu l’opportunité de couvrir les activités organisées à l’Université nationale Taras-Chevtchenko de Kyiv et de découvrir de près la réalité ukrainienne. Leur présence a donné à cette mission une dimension véritablement panafricaine, favorisant les échanges d’expériences et le partage de regards sur les défis contemporains auxquels fait face l’Ukraine.

Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude à Saleck Zeid, Josiasse Assemon, Arnauld Kassouin, Aliya, Mohamed Diop, Robert Kra, Bernadette Ayelo Ablavi Ayibe, Paul Joel Kamtchang, Mor Amar, Eddy Tshiala Katala qui ont participé à cette tournée de presse en Ukraine. Leur professionnalisme, leur courage et leur volonté de témoigner des réalités du terrain ont contribué au succès de cette mission et à une meilleure compréhension mutuelle entre nos peuples. Ensemble, nous avons vécu une expérience marquante qui restera gravée dans nos mémoires bien au-delà de ce voyage.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET

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