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RDC/Nord-Kivu : l’insécurité, une approche globale pour son éradication
Cet avis est du cadre de concertation civilo-militaire de la province du Nord-Kivu. Avis émis ce jeudi 28 mars au cours d’un échange entre certains membres de cette structure en province et les journalistes de la ville touristique. L’insécurité en province du Nord-Kivu, généralement, et à Goma particulièrement, nécessite l’apport de tous, militaires et civils, pour l’éradiquer.
La sécurité étant l’affaire de tous, l’armée et la population doivent échanger afin de résoudre tant soit peu le problème de la province du Nord-Kivu qui est surtout sécuritaire. Voilà même ce qui explique l’existence du cadre de cadre de concertation de rapprochement civilo-militaire en province, a commencé par expliquer, aux professionnels des médias, le coordonnateur du réseau provincial pour la réforme du secteur de sécurité et de justice. « L’armée a désormais des canaux officiels de communication. Elle a une porte d’entrée qui est le Service d’éducation civique, patriotique et d’actions sociales, (SECAS) et nous voulons que ça soit un civil qui le dit à un autre civil comme vous l’êtes. Donc si un civil a une communication sécuritaire, il peut la donner au SECAS. Dans ce sens, il aura à participer à la sécurisation de la ville et de toute la province. Nos citoyens ont donc un grand intérêt à s’approcher de son armée pour mettre fin à l’instabilité actuellement décriée dans notre milieu », a éclairé Me GOYO MILEMBA.
Notons que la population souvent alerte les services de sécurité, mais ces deniers n’interviennent pas à temps, se plaignent certains habitants victimes de l’insécurité dans plusieurs coins de la province et de la ville de Goma.
A cette question, le président du cadre de concertation de rapprochement civilo-militaire au Nord-Kivu reconnait qu’aucune armée ne peut réussir au monde sans la collaboration de sa population. Celle-ci ne consiste pas seulement à renseigner pendant que les faits se produisent : « Avant de commettre leur forfaiture, les ennemis de la paix ont toujours le temps de se préparer et à mettre en place leurs stratégies. C’est à partir même de la planification que nous sollicitons l’appui de nos compatriotes pour intervenir et mettre hors d’état de nuire ceux qui veulent troubler la quiétude de la population. Je m’engage aussi à discipliner certains éléments de l’ordre qui veulent briser le lien entre la population et nous en commettant des actes non conformes à la loi à l’égard des paisibles concitoyens », a fait savoir le colonel KIRASI MANGE Théophile qui gère également le service d’éducation civique patriotique et d’actions sociales à la 342è garnison de Goma.
De son côté, le porte-parole dudit cadre et secrétaire technique à la société civile du Nord-Kivu a montré que l’insécurité fait des victimes partout, au sein des militaires et des citoyens. D’où la nécessité de coopérer avec les services spécialisés. Placide NZILAMBA pense que cela est une voie de sortie pour endiguer cette situation d’impasse.
Pendant les échanges, le représentant de l’armée a à cette occasion annoncé l’arrestation d’un groupe de présumés bandits qui insécurisent ce dernier temps la ville de Goma et a coupé court à la rumeur selon laquelle, ce sont les éléments FDLR qui seraient à la base de l’instabilité en ville volcanique.
Pour Major NDJIKE KAIKO Guillaume, communicateur de la 34 région-militaire et de l’opération SOKALA 2 : « C’est vrai, il y a justement des présumés bandits qui sont déjà arrêtés par nos services, mais il est encore tôt d’identifier s’ils appartiennent aux FDLR.Toutefois, nous vous mettrons au courant par apport à leur identité en temps opportun ».
Dalmond Ndungo/CONGOPROFOND.NET
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Affaire des “Enfants Mushobekwa” : Le réquisitoire du Ministère public interroge la justice congolaise
Dès les premières audiences du procès dit des “Enfants chilleurs”, le dossier a révélé des fragilités structurelles qui auraient dû alerter tous les observateurs. La plainte initiale de Madame Marie-Ange Mushobekwa situe les faits au 21 décembre 2025, alors qu’il a été établi devant la Cour que l’intrusion et la rétention des enfants se sont déroulées le 22 décembre 2025.
Et que le prévenu principal, Philémon Mambabua, n’est rentré à son domicile qu’à 4h30 ce jour-là. Cette discordance de date n’a rien d’un détail technique : elle vicie le fondement même de l’action publique. Mais le dossier souffre surtout d’une absence totale de preuves matérielles et irréfutables. Les photos et vidéos produites à l’audience ont été prises par la plaignante elle-même, à son domicile puis à l’hôpital, soit loin du lieu présumé où les violences auraient été perpétrées. Une exploration corporelle a aussi été réalisée par elle-même sans aucune autorisation judiciaire.
Tandis que la liste impressionnante de noms d’autorités citées par la plaignante (VPM, MinÉtat, Généraux, Colonels, Auditeur général des FARDC, AG de l’ANR, Député honoraire…) et versée au dossier n’a été suivie d’aucun témoignage en faveur de l’accusation devant la Cour. Le certificat médical, quant à lui, ne révèle “rien de grave ni de particularité”, le médecin traitant Yenga Mbuta Dosh Junior a reconnu n’avoir constaté “rien de spécifique”, et le rapport médico-légal n’a jamais été signé par le praticien.
Les problèmes d’horodatage aggravent cette fragilité : la pièce maîtresse de l’accusation (une clé USB contenant des vidéos et photographies ) porte une date de “mutation” au 29 janvier 2026 pour des faits supposés du 21 décembre 2025, tandis que la chronologie du déroulé demeure confuse, jamais étayée par une reconstitution objective. L’accusation, qui évoque un groupe de cinq, six, sept ou huit policiers pour n’en poursuivre que deux, ironise par ailleurs sur la demande de 3,4 millions de dollars de dommages-intérêts, jugée “impossible à payer”.
Ces incohérences, loin d’être anecdotiques, minent frontalement la crédibilité du dossier. Malgré 12 audiences, des questions pourtant centrales pour la manifestation de la vérité sont restées sans réponse, et l’édifice accusatoire repose sur “les seules déclarations de Marie-Ange Mushobekwa”, qui n’a jamais été témoin oculaire des faits allégués. Une irrégularité particulièrement révélatrice est venue entacher la procédure : les procès-verbaux d’audition de 2 témoins, Claudien et Christopher, fils de la plaignante.
Ces PV sont rigoureusement identiques du début à la fin, mot pour mot, phrase par phrase, comme s’ils avaient été copiés-collés, ce qui contredit toute idée de témoignages spontanés et indépendants. Aucun des renseignants entendus ( Malaïka, Sakina, Christopher, Noah, Clément Kanku ) n’a par ailleurs déclaré avoir perçu un ordre explicite de frapper ou de torturer. Le verbe maîtriser des mots “maîtrisez-les”, que le Ministère public interprète comme l’instruction déclenchant les violences, est lui-même contesté : s’agit-il d’un ordre de violences ou d’une simple injonction de contrôle ?
La Cour militaire n’a pas tranché. L’accusation admet que les enfants “n’ont pas été inquiétés” en quittant la salle de bain et que “Dieu était avec tout le monde”. Plus troublant encore : les enfants présumés torturés pendant plus d’1 heure 30 par un groupe de 7 à 8 policiers auraient ensuite eu le temps de faire une sieste de 10h à 17h avant de se rendre à une consultation médicale ( et non aux urgences ) à 22h !
L’absence de constat médical de torture, le flou persistant sur le nombre réel d’auteurs impliqués et l’impossibilité de déterminer qui a fait quoi dans cette affaire laissent subsister un doute profond sur la matérialité même des violences alléguées. C’est dans ce contexte de fragilité accusatoire, marqué par l’absence de preuves matérielles irréfutables et un récit reposant sur les affirmations d’une personne qui n’a pas assisté aux faits, que le Ministère public (magistrat chargé, en droit congolais, de requérir l’application de la loi et de défendre l’intérêt général au nom de la société ) a prononcé son réquisitoire le 7 mai 2026.
Or, les faits reprochés tombent sous le coup de la loi du 9 juillet 2011 portant criminalisation de la torture, dont l’article 48 bis prévoit une peine de 5 à 10 ans de servitude pénale, et l’article 48 ter une fourchette de 10 à 20 ans lorsque la victime est mineure. Pourtant, le Ministère public a requis deux ans de servitude pénale avec sursis contre Philémon Mambabua, ainsi que des circonstances atténuantes, reconnaissant implicitement que les enfants ont “joué un rôle” et que le prévenu n’avait pas prémédité les faits.
Une telle clémence, dans un cadre légal qui prévoit des peines 4 à 10 fois plus lourdes, interpelle. En qualité d’avocat de la société, le Ministère public a la responsabilité de requérir une peine proportionnée aux preuves réunies. En l’espèce, sa décision de s’écarter aussi nettement du quantum légal semble acter, de facto, l’absence de preuves suffisantes pour caractériser la torture, et confirme le principe fondamental selon lequel le doute doit profiter à l’accusé. Reste à savoir si la Cour militaire de Ndolo, qui a instruit avec impartialité, suivra ce réquisitoire ou s’en émancipera pour affirmer une autre lecture du dossier.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
