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Forum Médias CHINE-RDC : l’ACP et Xinhua révèlent deux visions médiatiques pour bâtir un récit commun de développement
À l’occasion du Forum Médias CHINE-RDC lancé ce 18 mars à Béatrice Hôtel à Kinshasa, sous le thème « Modernisation à la chinoise et voie de développement de la RDC : exploration de trajectoires gagnant-gagnant », deux voix majeures du paysage médiatique institutionnel, Bienvenu-Marie Bakumanya et le directeur général du bureau régional Afrique de l’Agence de presse Xinhua , Ying Qiang , ont confronté leurs approches sur le rôle stratégique de l’information dans le partenariat sino-congolais.
Une communication à reconstruire, selon l’ACP
Pour Bienvenu-Marie Bakumanya , l’enjeu central réside dans la maîtrise du récit. Il constate que, malgré des investissements importants et des infrastructures visibles en République démocratique du Congo , le partenariat avec la Chine souffre d’un déficit de lisibilité.

Selon lui, cette fragmentation du discours empêche de percevoir pleinement les retombées sociales, économiques et technologiques de la coopération. Il appelle ainsi les professionnels des médias à devenir « les architectes » d’une nouvelle narration, capable de repositionner la RDC comme un acteur du Sud global, innovant et porteur de solutions, et non plus comme un simple fournisseur de matières premières.
Il inscrit cette dynamique dans un cadre institutionnel renforcé, marqué par la collaboration entre Agence Congolaise de Presse et Agence Chine Nouvelle « Xinhua » et qu’il qualifie d’aboutissement d’une volonté politique portée au sommet des deux États.
Une mission historique et culturelle pour Chine Nouvelle
En réponse, le directeur général du bureau régional Afrique de l’agence de presse Xinhua , Ying Qiang adopte une approche davantage ancrée dans la continuité historique et humaine. Il rappelle l’ancienneté de la présence de son agence en Afrique, avec un premier bureau ouvert au Caire en 1956, puis à Kinshasa en 1973, positionnant ainsi son institution comme témoin direct des grandes étapes du continent, de l’indépendance à la modernisation.

Pour lui, la mission des médias dépasse la simple diffusion d’informations : elle consiste à bâtir un « pont d’or » entre les peuples. Dans un contexte mondial marqué par la surabondance d’informations et les perceptions extérieures parfois biaisées.
Son intervention met en avant trois priorités : le renforcement du partage technologique, notamment dans les domaines du numérique et de l’intelligence artificielle ; la pérennisation des échanges médiatiques à travers des mécanismes durables ; et l’implication accrue de la jeunesse journalistique, appelée à devenir le relais de cette coopération.
Deux approches, un objectif commun
Si leurs perspectives diffèrent, les deux responsables convergent sur un point essentiel : la nécessité de reprendre le contrôle du récit sino-congolais.
Là où Bienvenu-Marie Bakumanya insiste sur la valorisation des impacts concrets et la reposition de l’image de la RDC, son homologue de Agence Chine Nouvelle met l’accent sur la profondeur historique, la coopération humaine et la transmission aux générations futures.

Cette confrontation met en lumière une ambition partagée : faire des médias non plus de simples observateurs, mais des acteurs centraux d’un partenariat stratégique, appelé à s’inscrire dans la durée et à redéfinir les équilibres narratifs entre la République démocratique du Congo et la Chine
Bukasa Mawila Glodi
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Est de la RDC : Human Rights Watch accuse le M23 et l’armée rwandaise de graves exactions à Uvira
L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch accuse les rebelles du M23 et des soldats rwandais d’avoir commis de graves violations contre des civils lors de l’occupation de la ville d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans un rapport publié ce jeudi 14 mai, l’ONG évoque notamment des exécutions sommaires, des viols, des disparitions forcées et des enlèvements survenus entre décembre 2025 et janvier 2026.

Des témoignages accablants recueillis sur le terrain
Selon Human Rights Watch, les enquêteurs ont rencontré plus d’une centaine de témoins, survivants et responsables locaux afin de documenter les violences commises après la prise d’Uvira par les combattants de l’AFC/M23 soutenus, selon l’organisation, par des éléments de l’armée rwandaise. L’ONG affirme que plusieurs civils non armés, dont des femmes et des mineurs, auraient été ciblés alors même que les forces gouvernementales congolaises avaient déjà quitté la ville.
Parmi les récits recueillis figure celui d’un père ayant perdu quatre de ses fils, exécutés dans leur maison par des hommes armés accusant les victimes d’être proches des groupes d’autodéfense wazalendo. D’autres témoignages font état de violences sexuelles commises contre des femmes parties chercher de la nourriture dans les zones agricoles autour de la ville.
Human Rights Watch parle de possibles crimes de guerre
Pour l’organisation, la nature des actes documentés pourrait relever de crimes de guerre. Human Rights Watch estime également que le rôle joué par les forces rwandaises dans cette occupation renforce les accusations selon lesquelles Rwanda agirait directement aux côtés du M23 dans l’est congolais, ce que Kigali continue de nier.
L’ONG appelle la communauté internationale à intensifier les enquêtes indépendantes et à sanctionner les responsables présumés des abus. Elle demande aussi une meilleure protection des civils dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, régulièrement secouées par les affrontements armés.
Une situation sécuritaire toujours explosive à Uvira
La ville d’Uvira reste au cœur des tensions dans le Sud-Kivu malgré le retrait annoncé du M23 en janvier dernier. Plusieurs rapports évoquent encore des violences, des déplacements massifs de populations et la découverte de fosses communes après le départ des rebelles. Les autorités congolaises et les groupes armés locaux continuent de s’accuser mutuellement de nouvelles violations contre les civils.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
